Voir l’Appendice I à la fin du volume
humaine, c’est le même besoin d’âme que nous satisfaisions. Aujourd’hui, un nouveau progrès nous a fait dépasser l’anthropomorphisme. Ne croyez pas cependant qu'’aient changé les conditions de la vie religieuse effective. Quoi qu'on fasse, il n’y a pas de religion sans images ; et la pensée la plus haute que l’homme puisse avoir de Dieu est encore une idole, au sens premier du mot, où il essaie de loger l'infini’. Telle est la condition humaine, contre laquelle il serait vain de s’insurger. L’homme, dit Pascal, n’est ni ange ni bête; et vous savez ce qu'il ajoute sur ceux qui veulent faire l'ange. Les symboles anthropomorphiques nous sont pratiquement nécessaires. Mais il faut qu’ils correspondent à quelque vérité profonde pour que notre raison puisse les admettre, fût-ce à titre d’auxiliaires et de moyens. Et c’est pourquoi toute la vie religieuse de l’humanité a toujours gravité autour d’une idée d’incarnation divine.
Considérez notamment la prière. Il n’est pas impossible sans doute, mais qu’il est difficile de prier le Dieu philosophique si haut et si loin, le Dieu ineffable que ne sauraient exprimer aucune image, aucun concept ! La prière véritable veut être colloque, entretien familier, cœur à cœur. Il nous faut un Dieu que nous puissions aimer, qui nous soit un appui, à qui nous osions confier nos inquiétudes, nos faiblesses, nos misères, nos joies et nos douleurs, nos rêves et nos espérances, qui nous épargne l'horreur d’avoir à vivre et à mourir seuls. Il nous faut donc un Dieu qui ait avec nous quelque mesure. Et nous voici par là de retour encore au vœu d’une incarnation divine.