‹ Le problème de DieuChapitre 28 sur 32 · AE PR · texte numérisé non relu

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chercher, je le répète, où elle est, sinon achevée, à tout le moins naissante et sous forme d’un effort positif et concret, d’un effort dûment organisé de réalisation progressive. C’est une étape nouvelle qui s'ouvre devant nous.

Mais nous nous heurtons tout de suite à une objection possible, à une difficulté. Existe-t-il nécessairement une Église plus particulière que l'humanité elle-même prise dans son ensemble ? Ne se pourrait-il pas que la seule vie religieuse essentielle fût la vie ordinaire de l’humanité en tant qu’elle est progrès vers l'esprit, que les seuls actes essentiels de cette vie fussent les efforts de l’homme dans les voies de la sagesse, de l’art, de la science, de la philosophie, de la civilisation matérielle et morale ?

Oui, en un sens, l'humanité est déjà cette Église que nous cherchons ; et ce que je vais dire ne l’exclut nullement. Le but, la fonction propre de la religion, nous avons précédemment conclu que c'est de nous spiritualiser toujours davantage, de nous faire être de plus en plus et de mieux en mieux esprits. Dès lors, toutes les activités spiritualisantes, — vie pratique, civilisation, art, science, philosophie, — dans la mesure où elles s’orientent vers cette fin suprême et concourent à nous faire accomplir notre destinée spirituelle, — toutes ces activités sont religieuses et font œuvre religieuse. Mais elles ne suflisent pas. Ce que nous cherchons et ce que nous devons trouver, c’est l'humanité en tant qu'organisée pour la vie religieuse ; c’est l'organe concret qu’elle possède pour vivre cette vie. Il faut qu'il y en ait un, sans quoi la religion ne serait pas cette fonction essentielle, cette œuvre collective et transhistorique de l’humanité que nous avons reconnu qu’elle

était. Les conditions suffisantes ne sont pas ici les mêmes, notez-le, que pour la science par exemple : car il ne s’agit plus seulement d'idées pures, mais d'action commune effective, et d’action dont le but est de nous transformer nous-mêmes, non de régner par domination extérieure sur les choses. À quoi il faut ajouter que, par nature, la religion s'adresse à tous et ne saurait donc s’accommoder d’une situation qui, en pratique, la réserverait à une élite.

Toutefois je ne dis pas encore, — ce serait prématuré, — que l’organe en question, l’organe de la vie religieuse dans l'humanité, soit uneinstitution proprement dite, une société particulière au sein de la société humaine générale. Tout ce que je prétends, c’est qu’il doit exister une suite de la religion : non pas seulement une continuité chronologique de l’expérience religieuse, mais une continuité organique, un effort qui se poursuit et se prolonge, qui dure, qui se grossit de lui-même incessamment à la façon d'une mémoire, un effort de maturation progressive dont les phases graduelles soient unies par un lien vivant et interne, bref une tradition religieuse organisée.

Voilà ce que nous pouvons déjà prévoir : et voilà ce qu'il nous faudrait maintenant vérifier, si une telle recherche ne dépassait le plan de ces conférences. D'ailleurs, il en a été dit assez pour qu’on entrevoie comment serait obtenue finalement une explicite réponse aux difficultés en cause, quelle attitude est seule désormais légitime devant elles, et que la foi en Dieu reste hors de leurs atteintes, puisqu’une issue est ouverte qui permet d'y échapper. C’est un résultat que d’être parvenu à comprendre le devoir de rejoindre pratiquement le courant traditionnel de la religion parmi les

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hommes. Qu'il me suflise d’avoir posé ainsi une pierre d’attente ! Plutôt que d’anticiper avec trop de hâte sur de futures études, je crois préférable d’en venir — dans les mêmes limites — à l’examen d’une dernière objection, vraiment maîtresse, que les réflexions précédentes laissent peut-être pressentir, mais qui demande un exposé de quelque ampleur.

Nous sommes partis de l'inquiétude humaine et du problème qu’elle pose ; puis nous avons trouvé Dieu comme réponse. Dieu, en soi, — autant qu'on peut alors employer des mots, — est liberté, puisque tout en dépend et qu'il ne dépend de rien. En nous, il est don de vouloir créateur. À la lettre, il faut dire que, sous le voile de notre volonté profonde, il se donne lui-même à nous comme principe de valeur et ainsi nous fait être, nous donne nous-mêmes à nous-mêmes, par un acte initial qui est essentiellement amour’. Telle fut notre conclusion suprême : au fond et en réalité, une grande lumière. Mais, pour beaucoup, ce n’est encore qu’une lueur incertaine, vacillante et confuse, que voilent bien des nuages, que traversent et contrarient bien des ombres.

Il y a un centre où la nuit du mystère se rassemble et s’épaissit, un centre de doute et de scandale. Une objection se dresse là, dont l’écho arrive de toutes parts. Non pas simple objection curieuse de théoricien détaché, mais objection humaine, concrète, vécue, qui étreint au plus vif du cœur. Elle est réelle, plus grave même encore peut-être qu’on ne la voit communément. C’est l’objection du mal,

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