Code pénal, arl
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lion, (• est {lùlre la synllièse do. la pensée et du moiivemeiit, de prolonger la pensée en mouvement; l'idéal pratique, l'idéal de l'action, ce sera donc la représentalion anticipée, au sein môme de la pensée, de ces mouvements à réaliser. L'assassin qui lue transforme son idée en une chose, et c'est celte transformation, celte objeclivation qui constitue le crime comme tel. Il a œuvré et mal œuvré, mal, c'est-à-dire conlrairemenl à la norme. De même le potier qui façonne un vase, le peintre qui fait une loilc, le médecin qui tente une cure. Ils ont également matérialisé leur conception, elle est réussie ou manquée selon qu'elle est, ici encore, conforme ou contraire à l'idéal qu'ils se sont proposé.
Pas de TTsiîîv sans un rpaTTsiv, pas de -paTTîiv sans un -suîv. « Que dois-je faire? » telle est la question que se pose le moraliste, mais telle est aussi la question que se posent le médecin, l'artisan, le laboureur, l'industriel, l'officier, quiconque s'est proposé une lâche et recherche les moyens qui lui permettront de l'accomplir. Tous ont à prendre parti entre plusieurs décisions contraires, à adopter celle qui finalement leur apparaîtra comme la meilleure. Déterminer l'ordre des préférables, voilà le trait commun. Lequel est préférable, d'une masure ou d'un palais? de la santé ou de la maladie? de la vengeance ou de la pitié? La réponse sera toujours la même : l'un vaut mieux, l'autre vaut moins. Et, en ce sens, on doit dire de toute pratique, même matérielle, qu'elle est une morale. Toute pratique revient en effet à déterminer, entre plusieurs attitudes également possibles, quelle est la mieux appropriée au but qu'on poursuit, quelle est la bonne attitude.
phatiqul: morale et PUATIQUKS MATÉIUKLLKS 37
Entre le ttouîv et le Trpa—îtv, il existe sans doute une différence, mais une simple différence de points de vue. Tous deux portent sur la môme réalité, mais ils ne l'envisagent pas sous le même angle. Le r.oiziv, le faire ^ s'attache à l'œuvre comme telle, au résultat. Qu'importe la volonté droite ou torve de l'ouvrier dès l'instant que l'œuvre est faite et bien faite? La personnalité de l'auteur n'est généralement pas en cause : que tel maçon ou tel autre ait reconstruit mon mur, que j'aie acheté ma maison à Pierre ou à Paul, c'est tout un; le mur n'en est pas moins restauré, la maison n'en est pas moins devenue mienne. Mais que Pierre ou Paul ait tué, c'est tout autre: ici le 7:pdcTT£iv, Vagir passe au premier plan, l'intention apparaît comme plus importante que le résultat, la considération de l'agent prime celle de l'œuvre. Dans un cas on envisage l'acte abstraction faite de l'agent, dans l'autre on recherche l'agent dans l'acte.
La moralité est donc bien de l'essence de tout acte, de toute pratique : il n'y a pas, à la rigueur, d'actes absolument indifférents ou amoraux, car il n'en est pas qu'on ne puisse envisager du point de vue de l'agent, en s'attachant à l'intention d'où ils procèdent. Mais, en fait, le caractère « moral » de l'action est presque toujours négligeable, sans intérêt ni pour l'auteur ni pour autrui. Le danger d'un moralisme excessif est précisément de faire rentrer dans la sphère de la moralité des actions moralement indifférentes, de développer à l'excès le scrupule, par suite de multiplier les prohibitions et de prolonger les indécisions. La vie exige, au contraire, des solutions fermes et des décisions promptes, la vie n'est pas une attente qui s'éternise, mais une série de réali-
-- LE PROBLfcMK DE 1/ ACTION
salions pour la plupart immédiates ou tout au moins rapides. Il y a donc à éviter un « mauvais usage de la moralité ». C'est en mésuser que de l'appliquer à loul propos et hors de propos, à des actes dont ce <|iii importe ce n'est pas le caractère intentionnel, mais TclTet utile. Les juristes l'ont bien compris et tout leur eiïort consiste à isoler, parmi l'infinité des actions possibles, celles-là seules qu'il conviendra d'afTecler d'un cocflicient moral, d'une coloration morale qui les distinguera de la masse grise des actions indiiTérentes, donc licites. La moralité, la normalité devient alors, non plus la règle, mais l'exception. Seront morales, à l'exclusion de toutes les autres, les actions sanctionnées par la loi. On ne les atteint pas parce qu'elles constituent des infractions, mais elles deviennent des infractions du jour où on a décidé de les poursuivre.
La conscience, individuelle ou collective, agit en même façon que le législateur. Chacun de nous fait le départ entre les actes qu'il juge interdits et ceux qu'il estime permis ; chaque société, à chaque époque, el dans chaque société chaque caste, chaque classe, chaque groupement corporatif agit instinctivement de même, codifie implicitement un certain nombre de prescriptions. Tantôt simpliste et tantôt éclairée, cette conscience de l'individu ou de la masse étend à plus ou moins d'actions ce caractère spécial, la moralité, la normalité. On juge bon ce qu'on se commande, mauvais ce qu'on s'interdit, indifférent ce qu'on se permet sans se l'interdire ni se le commander. Selon qu'on élargit ou qu'on resserre la sphère d'application de la norme, la morale s'amplifie ou se limite. Jamais, on fait, elle