PRATIQUE MOIIALE ET PRATIQUES MATÉRIELLES
suffit à elle-même, celle du second, plus avertie ou plus scrupuleuse, veut, pour s'y conformer, connaître Tordre social auquel elle doit s'adapter.
La morale ne sera donc rationnellement constituée que le jour où, comme les autres arts, elle s'appuiera sur la science correspondante. Et, en ce sens, la tentative de M. Lévy-Bruhl pour la rattacher à la science des mœurs lui assigne une base solide et montre, de façon décisive, l'insuffisance du subjectivisme kantien. La science des mœurs n'est pas la morale, mais elle en est la préface indiquée, comme la biologie est la préface de la médecine, comme la mécanique est la préface de l'architecture. Et sans doute la préface n'est pas absolument indispensable au livre. On jetait des ponts sur les rivières avant de connaître les lois de la mécanique, on soignait les malades et même on les guérissait parfois avant que la biologie se fût constituée comme science. De même, on a agi avant de connaître les règles de l'action. La vie n'a pas attendu la science, pas plus en morale qu'en médecine. Mais la science a modifié la vie. L'empirisme a eu d'heureuses rencontres, des divinations géniales, et surtout il s'imposait par la force des choses : il fallait vivre, la vie imposait ses solutions, fausses peut-être, en tout cas suspectes, mais certainement nécessaires. Désormais, cet empirisme a fait son temps. Et l'on vit mieux aujourd'hui parce qu'on sait, que. jadis quand on ignorait. Du moins vit-on d'une vie matérielle meilleure. De même, • on vivra d'une meilleure vie morale, d'une vie à la fois mieux ordonnée et plus intensive, à rendement plus fort, lorsqu'on saura demain ce qu'on ignore aujourd'hui. Les ponts métalliques et les sky-scrappers ont