‹ Le probleme de l'actionChapitre 15 sur 86 · A. Fi'ance, Le jardin cVÉpiciwe^ p · texte numérisé non relu

A. Fi'ance, Le jardin cVÉpiciwe^ p

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prt'iiiiônîs étaiLMit pour la penst'e anlifjiio des lins, les secondes ne sont pour la pensée moderne que des moyens. Elles ont un but différent d'elles-mêmes, et ce but c'est riiomme : non pas seulement Thomme pensant, mais riiomme vivant, mais tout l'homme. Et avant tout riiommc agissant, l'homme en présence des autres hommes.

Dès lors, les théories sociologiques, les grandes hypothèses sociales viseront, comme les théories et les grandes hypothèses des autres sciences, les faits et les actes de riiomme. Elles revêtiront un aspect concret, phénoménal, expérimental. Elles différeront profondément par là des anciennes conceptions morales, abstraites, constructives, a priorisiiqiies, dont la prétention n'avait d'égale que l'impuissance.

Quel est en effet le vice commun de tous les systèmes moraux? C'est leur parfaite inutilité, conséquence inévitable de leur mode de constitution. Ils se sont formes dans les mêmes conditions que les physi- (jues d'autrefois, ils ont prétendu atteindre la réalité sans lavoir étudiée, on a tenté de déduire la morale comme on avait voulu déduire la science. Les mêmes errements devaient aboutir aux mêmes déceptions. Chercher le principe de la morale, le situer dans l'égoïsme ou dans l'altruisme, dans le devoir ou dans le bien, c'est exactement, dans un autre ordre d'idées, la même entreprise que celle du physicien cherchant le principe de la matière dans le plein ou dans le vide, dans le feu, dans l'eau ou dans Vù-iipz^/. Et, plus encore que leur opposition, c'est leur stérilité qui condamne ces « métamorales >k

Si on les analyse, on voit en effet qu'elles s'attachent

IMIATIQUE MOI\ALK ET 1>IIAT1UL'KS MATKI'.IKLIJIS 47

toutes à cette œuvre vaine : justifier ce qui est, non à cette tâche féconde : déterminer ce qui doit être. Comme les métaphysiques, elles veulent expliquer, et non, comme les sciences, découvrir. Aussi, malgré la divergence des principes, sont-elles d'accord sur les conclusions. Au terme de leur effort dialectique, logiciens et métaphysiciens posent, sous le nom d'être, de substance, d'absolu, le monde même dans lequel nous vivons. En même façon, le dernier mot de la dialectique morale est le premier mot de la conscience naïve : Sois juste, ne tue pas, traite autrui comme fin. Tous les moralistes, en lin de compte, professent la même morale au nom d'un idéal différent. C'est donc qu'ils subissent tous à leur insu l'effet des mêmes lois. Ainsi, la diversité des théories prouve l'ignorance du déterminisme social et l'identité des pratiques en certifie l'existence.

Toutefois, cette unité d'action, précisément parce qu'elle n'est qu'empirique, s'établit malaisément, par à peu près, par à coups, tille procède d'un sentiment confus, d'un besoin instinctif d'adaptation au milieu. Il faut vivre, voilà le postulat sous-entendu sous tous les postulats formulés, il faut, non que l'absolu soit, selon l'orgueilleuse conception de Kant, mais que soit l'homme, tout simplement. Et pour qu'il puisse être, il ne faut pas qu'il entre en lutte ouverte contre la société dont il fait partie. Une doctrine qui heurterait de front, violemment, la conscience publique ne serait pas viable : ou elle resterait sans action sur les faits, et l'on n'y verrait alors qu'un paradoxe sans conséquence, ou on prétendrait y conformer sa conduite, et l'on ne serait ni compris ni toléré. L'antisocial est un inadapté. Vodà le secret bien

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simple d'un art'oril en appai'cnce si ni\ sleiirux. Si le?i principes les plus divers conduisent aux niènies conséquences, c'est que les conséquences seules importent à la conservation sociale, et par contrecoup à la conservation et au dévelopjK'nient de l'individu dans la société. Il n'eu reste pas moins prolondémenl regrettable qu'on trouve ce désaccord fondamental à la racine de l'action. 11 nous expose à toutes les défaillances de l'instinct, à toutes les erreurs de l'empirisme. Les divergences entre des législations voisines, par exemple les conceptions toutes différentes de la loi française et de la loi allemande sur la morale sexuelle, Tune épargnant les invertis, Taulrc les frappant, les incertitudes de la jurisprudence trahies par les conflits d'interprétation qui s'élèvent sans cesse, les hésitations surtout des consciences individuelles, tous ces faits prouvent notre ignorance profonde de ce qu'il importe le plus de connaître, les règles de l'action humaine. Justes en gros, dans les conditions normales de l'existence, lorsqu'il s'agit des réactions habituelles, nos principes nous font brusquement défaut dans les cas épineux, dans les circonstances difficiles. Nous avons une morale là où nous n'avons que faire d'en avoir une, là où nous agissons en quelque sorte en automates, mais elle se dérobe au moment précis où elle devient nécessaire, à l'instant où le problème se pose. Je sais, par exemple, que je ne dois pas dépouiller mon voisin ni brûler sa maison ; mais de quel intérêt est pour ma conscience une telle injonction? Elle ne songe même pas qu'elle pourrait l'enfreindre. Par contre, vienne à éclater un mouvement révolutionnaire comme celui qui, il y a quelques années, a surgi en Russie; il pourra se faire

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