‹ Le probleme de l'actionChapitre 31 sur 86 · Cf. Durkhcim, I^'Sîncvc/e, passim (F. Alcan · texte numérisé non relu

Cf. Durkhcim, I^'Sîncvc/e, passim (F. Alcan

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intégration rt djins une discrimination : intégration de règles, de principes d'action, de connaissances exactes permettant de résoudre plus sûrement les difficultés; discrimination de cas, d'espèces, d'aspects nouveaux et inattendus. La conscience est chaque jour mieux armée pour aborder les problèmes, mais les problèmes deviennent chaque jour de plus en plus nombreux. Mieux on connaîtra les lois de la réalité sociale, plus on disposera d'éléments pour régler sa conduite, mais plus aussi Ton verra surgir d'éventualités insoupçonnées. Il est autrement malaisé de se diriger ù travers le dédale des articles du Code que d'appliquer brutalement la loi du talion ou le tarif des compositions pécuniaires dressé par la loi salique. La délicatesse de conscience n'est pas autre chose qu'une jurisprudence subjective, Tapplication du Code intérieur aux cas personnels. La conscience délicate, mieux informée que la conscience grossière, n'en est que plus hésitante. Plus on sait, mieux on agit sans doute, mais plus il est difiicile d'agir.

Résignons-nous donc; à l'inévitable. Les conflits moraux ne sont pas des exceptions appelées à disparaître avec le progrès de la morale, l'éducation de la conscience, mais des applications de la règle qui deviendront d'autant plus nombreuses qu'on aura un sens plus juste des diverses modalités de l'action. Il ne faut ni en méconnaître, ni davantage en exagérer l'importance. 11 ne faut surtout pas s'y complaire. L'essentiel, c'est d'aboutir, c'est-à-dire d'agir, et l'action commande une solution précise, condamne l'indécision prolongée. Mais une certaine indécision est pourtant nécessaire, et son vrai nom

est réflexion. L'indécision doit être en morale ce que le doute est aux yeux de Descartes, une méthode, une épreuve, une pierre de touche. La vérité, c'est ce qui finalement résiste à tous les assauts du doute, ce qui s'impose à moi malgré moi, ce qui force ma pensée rebelle. La moralité, ce sera en même façon ce qui s'imposera malgré ses résistances à la conscience incertaine, ce qui forcera pratiquement sa décision. Reste à indiquer, dans la mesure du possible, à quel signe la conscience pourra reconnaître la solution qui s'impose.

Pour essayer de résoudre les conflits profonds, il faut d'abord avoir le courage de les accepter, et de les accepter comme conflits. C'est au fond une conception puérile que celle qui tente de les nier au nom d'un dogme aussi factice qu'absolu, et trop souvent le rigorisme qu'on afl'ecte recouvre simplement une incapacité radicale de comprendre les données du problème ou la capitulation d'une volonté trop lâche pour les formuler et pratiquant, en matière morale, la politique de l'autruche: les difficultés ne sont pas supprimées de cela seul qu'on a fermé les yeux pour ne pas les voir. Nous devrons donc adopter une attitude critique en présence des conceptions contradictoires qui nous sollicitent.

Le conflit intime des devoirs, c'est en somme le conflit dupasse et du présent^ parfois même de l'avenir, dans la conscience de l'agent. C'est « l'antagonisme... des représentations anciennes qui subsistent dans les

ad es vi dans les senlimeiits dont elles étaient accompagnées, et des représenta lions j)his récentes (jiii lendiMil à introduire des actes et des sentiments nouveaux'. » Souvent, en elVet, les croyances survivent aux représentations qui les ont créées. La thèse du géocentrisme est scientifiquement ruinée el n'est plus acceptée même parles masses; mais les conceptions religieuses qui y étaient attachées et qu'elle avait suscitées persistent, sous la forme d'une foi qui ne se discute pas, dans la plupart des consciences contemporaines. De môme, le christianisme impose souvent ses solutions aux pires anticléricaux. La tendance à l'égalité sociale, rinterdiction de la peine de mort et des chi\timents corporels furent des articles de foi; ils sont inscrits aujourd'hui dans les programmes socialistes et radicaux. Cet antagonisme des devoirs et des époques est un fait devant lequel on doit s'incliner. La première vertu morale, c'est de se résigner au relativisme moral.

11 en est une seconde, celle qui consiste à prendre parti en n'étant pas sûr que le parti qu'on prend soit nécessairement le meilleur qu'on puisse prendre. Si je suis sincère envers moi-même, il est le meilleur pour moi, au moment où je le prends, sans que j'aie à rechercher s'il est le meilleur en soi, sans que j'aie à regretter ou à me repentir si, par la suite, il m'apparaît comme le pire. Ma morale consistera surtout à savoir m'éprouver, à me mettre face à face avec moi, en évitant tout parti pris d'absolutisme. Le danger du « Fais ce que dois » kantien, c'est de poser une limite, non pas seule-

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