‹ Le probleme de l'actionChapitre 37 sur 86 · Durkhoim. Le suicide, p. 4?t> si · texte numérisé non relu

Durkhoim. Le suicide, p. 4?t> si

comme jadis le droit romain primitif avec la stipulation verbale, un moule uniforme et strict imposé à tous les contrats, il prévoit des modalités de plus en plus spéciales réglant la diversité des cas. Et, à la racine de cette diversité, se précise de plus en plus l'idée que la personnalité du contractant : mineur, femme, ouvrier, est un élément déterminant de la nature de l'obligation contractée. Ulntuitus personœ est en quelque façon universalisé par le Code et surtout par la législation subséquente. Toutes les théories des incapacités, des lésions, plus graves pour le mineur que pour le majeur, trahissent ce souci profond : le devoir est tout autre vis-à-vis de la femme mariée et vis-à-vis du mari, vis-à-vis de Tinterdit, du mineur non émancipé, du mineur émancipé, de l'individu muni d'un conseil judiciaire, etc.. Ce qui est permis à l'égard de l'un est interdit à l'égard de l'autre, ne cesse de l'être à l'égard d'un troisième que sous certaines conditions. Inversement, le principe célèbre d'après lequel l'incapable s'oblige par ses délits mais non par ses contrats montre que si, en tant qu'objet du devoir d'autrui, il est soumis à un régime d'exception, en tant que sujet de devoirs vis-à-vis d'autrui il est également dans une situation spéciale et favorisée. Mais ce principe même comporte mille restrictions. Plus nombreuses et plus strictes sont les obligations du mineur commerçant que celles du mineur non-commerçant même émancipé; de même aussi pour la femme mariée commerçante, pour celle qui dispose, depuis la loi récentede 1907, du produit de son salaire. La morale s'individualise ainsi du dehors en s'adaptant de plus en plus étroitement à celui qui en est l'objet.

Et par suite, eîl'e s^rndîvidualise anssi du dedans, aux yeux du sujet qui s'inrpose des prescriptions de plu-s en plus minulieuses, qui modifie son point de- vue* sur les autres hommi*s, qui se considère comme plus te«u à regard da^ uns, comme n^oins tenu vis-A-vis des autres, qui surtout, selon' le rang qu*il occupe, exige pins ou moins d'e soi'. « La véritable- loi morale doit individualiser, c'est-à-dire exiger de chacun le travail qu'il dort donner*. » Cette idée d'un « travait » à fournir, d'une tâche à accomplir, d'un effort à donner tend à remplacer dan« la conscience celïe d^un conformisme extérieur et passif à une loi purement abstraite. On se sent tenu de faire, de réaliser, et lïon seulement de s'abstenir. Ma morale int;érieure est d'abord sans doute un système de prohibitions mais elle est aussi, et de plus en plus, un ensemble d'obligations positives. On comprend par îà qu'elle varie selon Ifes individus. Tant que la morale est purenrent négative, elle apparaît plus aisément universelle. Il n^'y a qu'une façon de ne pas faire, de ne pas tuer, de ne pas voler, etc.. Faire, au contraire, non seulement suppose des degrés à l'infini, mais encore comporte des variétés sans nombre. Être bienfaisant, remplir sa fonction sociale, etc.. c'est ouvrir à l'individu mille directions analogues mais pourtant différentes. En se donnant un contenu, en cessant d'être toute formelle, la morale à la fois s'enrichit et se diversifie. Or, telle est bien la tendance qu'elle accuse. Les devoirs d'assistance posent dans notre conscience autrui comme une fin, comme un être vers lequel nous devons tendre. L'individu mesure mieux la somme

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