Rauh, L^expénence morale^ p. 222 sqq
vue sur Faction, une anticipation de l'expérience idéale. L'individu conçoit une formule de vie qu'il éprouve au contact des faits. Toute hypothèse est une question et non pas une réponse. C'est l'esprit qui pose la question, c'est la réalité seule qui fournit la réponse. Et elle la fournit en développant son contenu, en déroulant ses phénomènes. Au moraliste de confronter sans cesse, à l'instar du savant» les résultats expérimentaux et les conclusions qu'il a tirées a priori de sa formule, à lui de constater leur conformité ou leur divergence. Pas plus que la science, la morale n'est une certitude acquise; comme elle, elle est un grand Peut-être.,
Au fur et à mesure de ce développement parallèle de l'idéal et du réel, du conçu et du donné, l'hypothèse primitive s'éprouve et se corrige. Le progrès scientifique n'est que le redressement progressif des erreurs initiales. Erreurs utiles, erreurs fécondes, car elles ont été source de découvertes, principe de création : l'astronomie ne s'est-elle pas constituée sur l'erreur initiale de la terre immobile et du soleil en mouvement? Et à tous les avantages positifs qu'elle offre, l'hypothèse ajoute celui de se détruire, une fois son office rempli et sa tâche achevée. Il ne faut pas dire que « l'hypothèse commode* » de Copernic a ruiné « l'hypothèse incommode » de Ptolémée, mais que l'hypothèse de Ptolémée, d'abord « commode », nécessaire pour fonder la science astronomique, a dégagé en se développant ses insuffisances, ses lacunes, ses « incommodités » ; c'est elle-même qui s'est finalement expropriée pour laisser la place à un mode d'expli-