Hauh, op. cil., 1». V
LE PROBLÈMP: de L'ACTION H
y a une nature, ici parfaite et là imparfaite, mais il n'y a qu'une nature. Au point de vue moral, aucune différence entre la pierre qui tombe et ne peut pas ne pas tomber et le sage socratique qui ne peut pas faillir, qui, sachant le bien, ignore le mal et subit l'attraction irrésistible, l'entraînement de la perfection. La morale suppose la possibilité de faillir et l'effort pour éviter la chute. La morale, c'est la volonté qui s'oblige ou qu'on oblige. La morale, c'est la prescription.
Or, la prescription n'a de sens que pour qui agit, non pour qui est. L'homme est moral parce qu'il n'est qu'une partie de ce qu'il veut être, parce qu'il se contrainte être plus que ce qu'il est. Dieu n'est pas moral, il est, il est son être. Le problème moral, c'est donc le problème pratique^ le problème de l'action. Ramener l'action à un autre terme, l'identifier soit au sentiment, comme le font utilitaires et altruistes, soit à la pensée, comme le veulent les intellectualistes, c'est tout un. Et sur ce point encore, la position du kantisme est très forte : c'est à juste titre (ju'il met sur le même rang toutes les doctrines morales, des plus égoïstes aux plus désintéressées. L'homo homini lupus de Hobbes est moralement le nïême que le héros de Spencer, ivre de sacrifice. L'un et l'autre sont « hors la loi » : qu'importe que l'un se développe en hideur et l'autre en beauté ! L'un et l'autre ils sont ce qu'ils sont, ils ne se font pas ce qu'ils doivent être. Une humanité où se déchaînent les appétits ne diffère pas en son essence d'une humanité où se déploient les héroïsmes, c'est toujours une humanité sans frein, sans règle, une humanité anarchique. Si le saint est un innocent, l'animal en est un autre, et pour les mêmes raisons. Le saint qui n'a pas-
vréé sa s^iiih'h' r>l im niiiniMl sublime, il n'o>l j»a> tm homme.
Aussi la inorale les ignore-t-elle lous deux. La loi positive ne vise que des agents responsables, des in- <lividus auxquels elle puisse iniputcM* buirs actes. On n'impute pas ses actes à la bêle, on ne les impute pas au saint. Au sens strict du terme, on ne peut môme dire qu'ils agissenty ils s'expriment, ils se réi)andent. 11 n'y a, dans l'anarcbie primitive comme dans Tanarcbie finale, que des irresponsables soutenant entre eux de simples relations de fait. Moralité et responsabilité ne se conçoivent que pour des êtres entre qui existent des liens juridiques, des rapports de droit.
Le domaine propre de la morale, ce sera le domaine humain. Et cela veut dire deux choses. D'abord, que l'obligation n'a de sens que pour l'homme. Elle n'en a ni pour ce sous-homme, l'animal, ni pour le surhomme, qu'on l'entende à la façon de Nietzsche ou à la façon de Spencer. Quiconque vit « par delà le bien et le mal* », quiconque appartient à cette « pépinière de plantes étranges et rares... assez forte pour pouvoir rejeter la tyrannie de l'empire du devoir », ne relève plus ni de l'humanité ni de la moralité, n'est pas « immoraliste », mais proprement « amoraliste ». Les Hellènes furent des Nietzschéens d'avant-garde. Aristote plaçait au second rang les humbles vertus de la morale pratique, tempérance, courage, tous ces justes milieux : la vraie morale est sur les cîmes, c'est la vertu intellectuelle du sage, l'éternelle contemplation de la pensée par elle-même,
1. Nietzsche, cité par H. Lichtenberger, dans Éludes sur la philosophie morale au XIX* siècle (F. Alcan), p. 256.
l'àGavaT^îiv. Le penseur grec prétend opposer une morale (rhommes libres à une morale d'esclaves. En réalité, il supprime toute morale pour l'élite. Toute morale est un esclavage, une limitation partielle de sa liberté, La morale existe pour qui s'impose un frein, non pour qui se réalise sans contrainte, sans obstacles.
Mais dire de la morale qu'elle est humaine, c'est affirmer davantage, c'est préciser la nature de ces obstacles, de cette contrainte. La morale n'est pas sur les cimes, mais, comme on l'a dit, à mi-côte. Elle suppose la mise en présence d'hommes réels, d'intérêts contradictoires, de chocs et de heurts constants. Son rôle est de les prévenir ou de les amortir, sa mission de les régler. Et cela, sans en rechercher, au moins en principe, l'origine et les caractères. Les altruismes peuvent entrer en conflit aussi bien que les égoïsmes. La question sera toujours de limiter les libertés les unes par les autres ; il y a des enthousiasmes qu'il faut savoir contenir, des^ sacrifices qu'on doit empêcher. La morale, par exemple, ne saurait tolérer qu'une liberté se renonce à jamais, le droit ne reconnaît ni les vœux éternels ni les engagements à durée indéfinie. Mais ce sont surtout les empiétements volontaires des forts sur les faibles, des habiles sur les maladroits, des avisés sur les imprudents, qu'il faut prévoir, empêcher ou punir. Sans ces conflitspossibles de volontés, la morale serait un non-sens. Elle ne se constitue pas dans l'abstrait, dans une conscience isolée ; l'hypothèse est contradictoire, la conscience est fonction du milieu qui agit sur elle et sur lequel elle réagit. La morale, c'est un homme en présence d'un autre, une volonté face à face avec une autre volonté.
!'. I.K l'IloliLK.MK l>K 1. A(,lln.N
Sa lAclio sera (Jonc une lAclio coiirn'lc, iiHxN'slf». Elle <iélermincra les concessions nccessainis cl les revendications légitimes de ces volontés aux prises les unes avec les autres : concessions qu'elle impose sous forme de devoirs, revendicalions qu'elle appuie sous forme de droits. Son postulat initial, c'est le contrai tacite supposé par tous les autres, la balance des créances et des dettes telle que l'élablit la conscience et telle qu'elle l'accepte. Hefuse-t-elle de se considérer comme débitrice? Elle ne peut plus faire valoir aucun droit d<; créance sur autrui ; le contrat est résolu de plein droit pour inexécution des charges. N'admet-elle pas — hypothèse plus rare, mais pourtant concevable — qu'elle soit créancière des autres consciences? Par là même elh; supprime sa dette. En l'absence de tout droit, où sera le devoir? Mais ce sont là de pures hypothèses théoriques que la pratique dément. En brisant ainsi le pacte humain, on s'interdit proprement de vivre. En fait et par cela seul qu'en effet nous vivons, nous acceptons la morale et la loi. Nous pourrons différer sur les solutions à donner au problème, mais nous nous accordons du moins sur la façon de le poser.
Un ensemble d'obligations définies imposées à l'individu par la loi positive, par l'opinion courante ou par sa conscience, voilà l'objet de la morale. 11 est bien du même ordre que l'objet du droit, il offre les mêmes caractères de contrainte, il unit également le devoir et la sanction. Le problème moral se pose exacteinent comme le problème juridique.
LE PROBLEME DE L'AGTfO>;
Et par suite il se. pose dans de tout autres lermes que le problème sociologique. Il y a sur ce point à dissiper une confusion contre laquelle ne nous ont pas toujours suffisamment prémuni, même quand ils ont distingué avec soin la théorie sociale de la pratique morale^ les partisans des nouvelles doctrines.
On connaît la conception de la « nature sociale » développée par M. Lévy-Bruhl. De même que nous avons, dit-il, deux représentations de la « nature physique », l'une sensible et subjective, l'autre conceptuelle et objective, de même nous devrions avoir deux représentations de la « réalité morale », l'une sous forme de conscience, l'autre sous forme de lois naturelles. De même que les sons et les couleurs ont été remplacés par les ondes de l'air et de l'éther, de même nos sentiments et nos obligations seraient remplacés par des équivalents objectifs. Les faits moraux, rangés parmi les faits sociaux, deviendraient ainsi objet de science. La nature morale serait soumise au même déterminisme que la nature physique*.
Présentée sous cette forme, la thèse est irréprochable et l'on peut en accepter toutes les conclusions, elles nous paraissent être l'évidence même. Les faits sociaux sont scientifiquement déterminables, les mœurs, les langues, les religions, tous les produits de l'activité
1. Lévy-Bi'uhl, La morale <H la science des mœurs ^ {)[>. 27 sqq. y. Alcan),
1t> LE PROBLflME DE L'ACTION
hninaine sonl, au inôinc liLic (|ue les plK';noiii<'iic^ physiques, régis par des lois conslanlf^s. Une sociologie plus parfaite ramènerait li; monde moral à un sclième intelligible comme une |)liysi([ue [)erfectionnée a résolu l'univers matériel en une grande vérité mathémaficpie. Mais si Ton a ainsi répondu à la cpiestion scicnti/i(pii\ on n'a pas répondu à la question morale. On ne Fa même pas eflleurée. Il ne s'agit pas en morale d'étudi<'i- !<> produits de notre activité, mais de nous placer au moment même de \c\iv production. Nous n'examinons pas ce qui est posé, ni même comment nous le posons : Vagi est pour nous sans intérêt, Vagir seul nous préoccupe. Ce qui disparaît avec M. Lévy-Bruhl, ce qu'il écarte de parti pris, c'est précisément le point de vue moral, et la morale est toute en ce point de vue. Si c'est le droit du sociologue de le négliger, c'est le devoir du moraliste de le retenir.
Pour nous, pour la conscience qui les saisit, les é(iuivalents objectifs des faits moraux ne sont pas les faits moraux au sens où l'on peut dire des équivalents objectifs de nos sensations qu'ils sont nos sensations. Car une ondulation éthérée, par exemple, représente dans sa réalité ce que la couleur blanche de la feuille de papier ne me laisse saisir que dans son apparence, c'est la même chose qui se trouve être désignée, ici subjectivement et confusément, là objectivement et distinctement. Rien de semblable dans la prétendue objectivation du « fait moral ». Ce qui est objectivé, c'est bien le «fait », mais non le « moral » comme tel, la conformité idéale à la loi; c'est la matière de mon obligation, ce à quoi je suis obligé, ce n'en est pas le caractère obligatoire, le
fait que je me sens obligé. On a tout objectivé de l'obligation, hormis l'obligation elle-même.
Quel serait en effet l'équivalent objectif de l'obligation? Qu'est-ce qu'une « prescription » exprimée par un simple « fait' » ? On ne peut pas plus retenir la réalité d'un (( acte » dans un « donné » qu'on ne retient la réalité du mouvement dans la trajectoire immobile. La distinction classique et irréductible de ce qui est et de ce qui doit être met en relief cette impossibilité. Les données de la nature sociale expriment ce qui est, seul l'ordre de la •conscience pose ce qui doit être. On peut exprimer des « choses internes » par des « choses externes », des prescriptions définies de ma conscience, « respect de la vieillesse », « solidarité familiale », « dignité personnelle», par des réalités sociales, telle coutume religieuse, tel article du Code ; on n'exprimera pas par des choses ce qui n'est pas une chose, mais une forme, l'obligation €n général, le fait de s'obliger ou d'être obligé. Un ordre moral est par son contenu un objet pour la conscience : à cet objet peut parfaitement répondre au dehors une loi, une institution, un rite, un autre objet. Mais l'ordre en tant qu'ordre est une relation purement idéale, ce qui n'est pas donné, un principe purement formel, une manière d'être, ou plus proprement en l'espèce une manière d'agir. Or, si mes intuitions peuvent donner un contenu à une forme, il n'y a pas, par hypothèse, d'intuition de la forme comme telle. Il n'y a pas dans l'expérience d'équivalent de l'obligation, c'est-à-dire de la moralité.
Il faut donc restituer à la conscience et le sens et la place que les tentatives objectivistes mal interprétées ou
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poussées à 1 extrcnit! risqucraienl (h; lui l'aire perdre. 1/iinporlancc considérable de la science des mœurs ne doit pas nous faire illusion. Elle offre à la morale un point d'appui sans doute indispensable, mais elle n'est pas la morale ni même elle ne la remplace. 11 n'y a morale que pour et |)ar la conscience, pour la pensée réfléchie prenant position avant d'agir.
La conscience, seule en cause quand il s'agit de se déterminer, d'adopter une décision, pose en effet le problème moral ou plutôt ramène tout le problème moral à une simple question de position : position de la volonté à l'égard des différentes fins possibles de l'action, attitude à prendre dans une circonstance donnée. Comparaison et évaluation des solutions éventuelles et choix de la solution préférable, voilà le probR'me à résoudre. La morale est donc bien une détermination d'attitude, la question morale est une question de préférence. Lequel vaut le mieux : Tuer ou ne pas tuer? Mentir ou ne pas mentir? (Jue dois-je faire? Et que dois-je éviter?
Par là, le problème moral se distingue nettement du problème scientifique. Une théorie peut être nécessaire pour fonder une pratique, elle ne l'absorbe pas. Or, le matérialisme moral risque de créer cette confusion. Bien <iu'ils s'en défendent, les sociologues tendent, peut-être à leur insu, à éliminer la conscience en prétendant l'éclairer. L'acte n'est plus qu'un fait comme les autres, son aspect subjectif est négligeable, son rapport à la volonté illusoire, sa face objective seule les intéresse. Sous couleur d'expliquer la morale, on la supprime, car elle tient toute dans ce qu'on écarte, dans Voperari et non dans Vesse. Si la science établit des lois, la morale édicté
LE PROBLÈME DE L'ACTION iî)
des règles. L'une institue ou plutôt retrouve dans une réalité donnée des relations de causalité, de fait à fait; l'autre pose, en vue d'une réalité à produire, des relations de finalité, de fait à volonté, ou plutôt de volonté à fait. L'une dit : Ceci est, et fautre : Fais ceci. Concluons : H y a une morale.
Ce retour à la conscience n'implique pas sans doute que la conscience se suffise. Toute forme suppose une matière et la matière morale n'est pas, quoi qu'en pense Kant, donnée a priori; le rôle de l'expérience est de fournir un objet à l'action comme à la pensée, la catégorie morale du devoir ne produit pas plus les obligations concrètes que les catégories intellectuelles ne produisent les phénomènes. Mais la forme de l'action n'en présente pas moins d'essentielles différences avec la forme de la pensée. Elle est, comme elle et plus qu'elle encore, une donnée originale, au sens propre du terme, la donnée humaine. Le « Je dois » s'impose à toutes mes déterminations, même à celles qui refusent de s'y plier, comme le « Je pense » à toutes mes représentations.
En quoi consiste cette forme morale ? Ou, plus simplement, quand la conscience morale intervient-elle et quelle est la nature de son intervention?
Je suis sur le point d'agir. Agir^ ce n'est pas seulement faire^ effectuer une opération matérielle. Tout acte est un fait, mais tout fait n'est pas un acte. L'acte, c'est le fait rattaché à une intention volontaire. Porter son verre à ses lèvres pour boire, ouvrir son parapluie s'il pleut, serrer la main d'un ami qu'on rencontre, ce sont là, non des actions, mais de purs réflexes dans lesquels la
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volonlé n'iiilcrvionl i)as. J/iinuge rlanl posée, le mouvement suit. Pour qu'il y ait action, il faut qu'entre la représentation et le mouvement s'intercale une représentation nouvelle susceptible de déterminer un mouvemeni différent. Ainsi, dans les exemples cités, je puis, au moment de boire, avoir une hésitation, marquer un temps d'arrêt; j'aurai pensé qu'il peut être imprudent d'apaiser ma soif trop brusquciwent, d'absorber une eau qu'on dit <'ontaminée, etc.. De môme, aux premières gouttes de pluie qui tombent, la paresse d'ouvrir le })arapluie pour le refermer peut-être l'instant d'après suscitera une représentation contraire à celle qui s'évoquait en moi spontanément. Cette hésitation, ce temps d'arrêt, si couris soient-ils et quel que soit en fait le mouvement exécuté, suffisent à transformer le réflexe en action. Il y a action dès l'instant qu'il y a choix, l'action suppose la représentation d'une dualité, ou même d'une pluralité de décisions possibles et contradictoires. •
La conscience morale n'interviendra évidemment pas dans le cas du réflexe. Il peut y avoir, nous l'avons vu, des réflexes héroïques, il n'y a pas de réflexes moraux. Se jeter au feu ou à l'eau pour sauver autrui n'a rien de moral s'il s'agit là d'une impulsion et non d'une décision : l'acte est beau, il n'est pas bon. Le premier mouvement n'est que naturel, le second mouvement seul est moral ou, plus souvent peut-être, immoral, parce qu'il exprime la reprise de la raison sur la nature. Le premier n'est qu'un fait, le second seul un acte. La morale ne connaît que les seconds mouvements.
Mais de ce qu'elle j)ortc sur les actes seuls, il ne s'ensuit pas que la morale les vise tous. La plupart d'entre
eux, même parmi les plus importants, échappent à sa juridiction, n'intéressent pas la conscience, sont moralement indifférents. Il faut d'abord écarter les actes futiles, ceux qui méritent à peine ce nom : le choix d'un habit ou celui d'un appartement. D'autres sont plus graves, mais non pas plus moraux : le choix d'une carrière, l'éventualité d'un mariage. L'hésitation peut se prolonger, la délibération est souvent pénible, angoissante, la réflexion tendue, mais les motifs moraux n'interviennent pas ou n'interviennent que secondairement.
La morale suppose ainsi quelque chose de plus que l'action. Elle a ses conditions propres. Agir moralement, c'est se conformer à un certain idéal, c'est admettre une hiérarchie des fins, poser un ordre de préférences. La question : « Que dois-je faire ? » se ramène donc à celleci : « Que dois-je vouloir ? » et celle-ci môme à cette troisième: «Que dois-je préférer? »
Mais, à son tour, la préférence morale a besoin d'être définie. De prime abord, la réponse paraît étrange. La morale n'ordonne-t-elle pas le plus souvent de faire le contraire de ce qu'on préfère? Et si, comme on l'a dit plus haut, elle est toute dans la contrainte qu'elle impose au vouloir, n'apparaît-elle pas au moment précis où elle met le veto à nos préférences personnelles ? Mais il faut précisément distinguer entre ce qu'on préfère et ce qui est préférable, entre la préférence subjective et la préférence objective. La préférence morale est une préférence idéale, impersonnelle, celle du « spectateur impartial » d'Adam Smith. Se poser vis-à-vis de soi comme si l'on était autrui, adopter une attitude d'impartialité à l'égard de ses propres actions et de ses propres
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seiitiinonis, tel c^sl Tidéal moral. Pour me juger, il laul que je me distingue de nioi-nirmc «pic jf^ iiif Iraih' comme un objet.
L'éveil de la conscience morale coïncide avec celui de la réflexion, c'est-à-dire avec la faculté de s'opposer, non seulement aux autres, mais même à soi. Kt en ce sens le « Je pense » de Descartes enveloppe la première con dition de la moralité. Penser, c'est se situer par rapport à soi-même, c'est se détacher de ses états, de ses sentiments, cesser de se confondre avec sa nature, donc devenir capable de la juger. Non qu'il faille substantialiser cette position de l'être à Tégard de lui-môme, la transformer avec les métaphysiques en un « en soi » distinct ou même avec Kant en un lien formel étranger par son origine pure aux états empiriques qu'il unit. Nous avons cherché à dénoncer ailleurs le danger et l'illusion de Vapriorisme métaphysique ou moral *. Mais nous nous en tenons à la simple constatation d'un fait. L'homme est capable de se déprendre de soi, de ses tendances spontanées, de se distinguer de son action au moment même où il agit ou lorsqu'il est sur le point d'agir. Ce dédoublement, d'ailleurs naturel, de l'individu, que son expérience; personnelle révèle à chacun de nous, fonde la morale et le droit. On ne peut imputer l'acte à l'agent que si l'agent ne se confond pas avec son acte, que si ce qu'on fait ne se confond pas avec ce qu'on est. Tuer n'est pas de la nature de l'homme comme tomber est de la nature delà pierre, comme faire son nid est de la nature de l'oiseau. Partout où se produit une telle confusion, la