‹ Le probleme de l'actionChapitre 7 sur 86 · V. Rodrigue», L'idée de relation, p. 50 sqq, el p. 143 sqci · texte numérisé non relu

V. Rodrigue», L'idée de relation, p. 50 sqq, el p. 143 sqci

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morale disparaît. Tel est le cas chez le sauvage, l'aliène, l'animal. L'homme seul se juge, seul il universalise sa conduite, se demande ce qui, dans les mêmes circonstances, lui paraîtrait s'imposer à toute autre conscience que la sienne. Il est le seul être en qui puisse surgir le conflit entre la préférence passionnelle et la préférence idéale.

Préférence impersonnelle, donc préférence obligatoire. L'obligation morale n'a rien en soi de mystérieux ni même de spécifique : elle exprime la contrainte exercée sur l'esprit de l'homme par la force d'une idée ou pour mieux dire d'une vérité. II est aussi vrai moralement que tuer pour s'enrichir est un crime qu'il est vrai logiquement que 2 + 2^== 4. Je puis sans doute, cédant à des mobiles sensibles, contredire ma pensée par mon action, je puis tuer par cupidité. Je ne puis pas faire, quels que soient les sophismes dont je me leurre, que mon acte m'apparaisse comme juste, c'est-à-dire comme fondé rationnellement, comme vrai d'une vérité pratique. J'ai pu l'accomplir, je n'ai pas pu, au sens propre du terme, le vouloir, contraindre mon entendement à l'accueillir, à l'accepter. Il y a de ma part un refus intellectuel, une protestation idéale contre ma propre décision. L'obligation exprime cette résistance de ma raison, même vaincue, à ma nature, même triomphante.

Les conditions psychologiques du problème sont ainsi précisées. Elles ne sont pas simples, elles sont au contraire extrêmement complexes, bien que je les saisisse en moi par une intuition immédiate, sans me méprendre ni sur la nature, ni sur les caractères des injonctions morales. Ces conditions impliquent :

l* Le conllit de deux représentations contraires (tuer, ne pas tuer; mentir, ne pas mentir).

2** Une préférence idéale allachée à Tune de ces représentations et un nouveau conflit entre cette préférence idéale et la préférence réelle de l'agent |)our la représentation adverse (ainsi, // esl préférable idéalement de ne pas tuer, de ne pas mentir, mais il se peut que, par intérêt ou pour toute autre raison, /> préfère réellement et personnellement mentir ou tuer).

3° Une obligation, c'est-à-dire une nécessité morale, idéale, représentative, de faire triompher, s'il y a lieu, la préférence impersonnelle sur la préférence égoïste.

Tels sont les états de conscience que l'observation révèle et que l'analyse dégage. Les sociologues reprocheront sans doute à cette analyse d'être formelle et subjective. Il est vrai, mais elle n'en est pas moins vivante, au contraire. Elle cherche l'action à sa source, dans la conscience de l'agent, elle ne l'atteint pas dans ses produits, dans le fait matériel par lequel elle s'est exprimée. Ce n'est pas une analyse scientifique, l'analyse d'un donné statique, mais ce n'en est pas moins une analyse positive, l'analyse juridique, l'analyse dynamique delà volonté au moment où elle se réalise dans son acte. Le problème moral se pose en termes psychologiques si peut-être il se résout en termes sociaux. Notre point de vue n'est pas celui du savant qui étudie du dehors, dans les institutions et dans les faits, l'origine et l'évolution d'une croyance collective. C'est celui du juge qui apprécie les mobiles d'une action, qui n'a à connaître que d'une espèce. Pour éclairer son verdict, il lui faudra rattacher l'acte à l'agent, donc essayer de pénétrer.

comme nous l'avons fait, dans la conscience de celui-ci. En réalité, c'est bien l'analyse qu'il tente à propos de chaque cas. 11 en reconstitue à la fois les éléments objectifs, les effets, et les éléments subjectifs, les causes, et il cherche, par une induction purement psychologique, à établir le rapport des uns aux autres. Les faits ne sont pour lui^ surtout en matièi*e criminelle, que les signes, les symboles de Tintention. C'est elle seule qu'il vise en eux.

L'étude des législations positives, antiques ou modernes, met en relief cette opposition du point de vue scientifique et du point de vue juridique. Le droit n'est pas moins positif que la sociologie, mais il l'est autrement. La sociologie est une connaissance, le droit est une prescription ; la sociologie constate, le droit légifère. Le rôle du juge est donc tout autre que celui de Téconomiste ou du statisticien, il établit une perpétuelle comparaison entre ce qui est et ce qui doit être. Aussi les Godes, envisagés sous un certain angle, ne sont-ils pas autre chose que des psychologies de l'action. Psychologies sommaires sans doute, et à dessein, psychologies schématiques d'une volonté ramenée à quelques traits fondamentaux, psychologies constructives et déductives d'un homo juridicus idéal. Psychologies positives pourtant, aussi concrètes à leur façon que les équations mécaniques ou physiques et, comme elles, exprimant et atteignant des réalités : la psychologie juridique fixe le cadre dans lequel doit se déployer l'action comme les lois physiques fixent le cadre dans lequel se développent les faits. Déjà le Code civil^ pour régler les conflits qui mettent aux prises les intérêts privés, contient une théorie

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générale de la volonté, de son essence, le consentement de son existence ou de son inexistence, des vices qui, sans la supprimer, peuvent l'altérer : erreur, dol, violence ; il tient compte de la bonne ou de la mauvaise foi des contractants, il détermine les modalités de l'action : terme, condition, alternative ; la nature des clauses, licites ou illicites, etc. . . Le Code civil est une psychologie objective de la volonté contractuelle. Plus encore, le Code pénal aj^paraît comme une psychologie objective de la volonté délictuelle. L'apparition d'un élément nouveau, ridée de peine substituée à celle de dommage^ accuse plus fortement le caractère subjectif, masqué par l'impersonnalité apparente des textes. Les analyses des jurisconsultes pour déterminer les éléments de l'incrimination et de l'imputabilité diffèrent par leur forme de celle que nous avons tentée. Ils ne procèdent pas en effet, au moins en apparence, selon la même méthode que nous ; ils partent de l'acte, une fois accompli, pour remonter aux conditions de sa production, ils vont de l'acte à la conscience et non de la conscience à l'acte. Mais cela tient uniquement à ce qu'ils jugent, après coup, l'action d'autrui, tandis que nous jugeons, avant qu'elle soit, notre propre action. Mais ils se contentent de parcourir en sens inverse la même route, leur travail de reconstitution consiste à retracer fidèlement notre travail de production. Aussi n'aurons-nous par la suite ' qu'à nous référer aux résultats de leur analyse objective pour retrouver en eux les éléments essentiels de notre analyse subjective. Sous ces termes juridiques :

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