‹ Le probleme de l'actionChapitre 8 sur 86 · Cf. plus bas, ili. V · texte numérisé non relu

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élément légal, élément intellectuel ou moral, élément matériel, élément injuste, ils posent la réalité vivante de la conscience agissante, le drame intérieur dont on a essayé ici de préciser les conditions.

On ne saurait trop insister sur ce point : c'est ce drame seul qui intéresse la morale. Le moraliste n'est ni un savant ni un historien, ni même un législateur, il est un juge. Etre moral ou faire œuvre morale, ce n'est pas constater, ce n'est môme pas légiférer, c'est apprécier, c'est évaluer. Nous avons cherché à déterminer avec le plus de rigueur possible les éléments de cette appréciation , les principes de cette évaluation.

Tout nous ramène donc à ^^ conscience, à la conscience au moment de l'action. Ne substituons pas un problème à un autre. Nous ne nous plaçons pas, tels les sociologues, en face d'un donné, la nature sociale. Nous recherchons les fins préférables et non, comme eux, les fins qui, en fait, ont été préférées. Leur point de vue est parfaitement légitime, mais à condition qu'il ne se donne pas pour ce qu'il ne peut pas être, un point de vue moral. C'est un point de vue scientifique qui éclaire ia morale, qui peut être appelé à la transformer, mais qui ne diffère en rien du point de vue du mathématicien, du naturaliste. On poursuit ici un autre objet, non celui de la science des mœurs, mais celui de l'art moral, de la pratique morale. On ne se propose d'ailleurs pas de décrire dans leur détail les prescriptions morales, les obligations particulières, de tracer, comme l'a Jtenté par exemple M. Del volve, un « schème d'organisation de la

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conscioiiro niornlc ^ » On voudrait siiuploiinMil (hMcrininer ratlilude morale et ses conditions générales. Ou'estce que « se conduire » et comment l'agent, l'individu s'assurera-t-il que sa conduite est morale? Comment, dans quel cspril résoudra-l-il les diriicullés de l'aclion? Il ne s'agit pas de construire un système, une théorie? morale. Au contraire, nous nous demanderons comment, en dehors de toute conception systématique , d(; tout a priorisme conventionnel, la conscience peut dctermi-^ ner son orientation, comment elle tentera de concilier l'unité de la règle avec la diversité des cas. Nous nous proposons, en un mot, non pas de formuler des principes ou des préceptes, non pas de fournir un contenu aux règles morales, mais simplement d'indiquer une direction. Inutile d'ajouter que c'est bien dans « l'expérience morale » que nous puiserons les éléments de notre conviction, mais c'est uniquement cette conviction de l'agent moral dans la valeur de son œuvre que nous voulons, s'il est possible, justifier.

Notre méthode est donc subjective, puisqu'elle porte directement sur le sujet de la moralité, mais elle atteint à l'objectivité, car elle cherche à éclairer la conscience individuelle en la confrontant sans cesse avec cette conscience collective qu'expriment nos différents (Iodes. La loi, c'est le mode d'action de l'humanité; la jurisprudence, c'est cette action même, c'est la loi vivifiée dans son contact avec les faits, c'est la règle appliquée aux cas, la forme incarnée dans un corps. La vie intense du droit, en apparence si rigide dans ses prescriptions,

1. Dolvolvé. L'ni'fjtuiisnlion de la conscience morale. ?* p.irtie (F. Alcan.

en réalilé si souple dans ses adaptations et dans ses transformations, c'est la vie même de la morale objectivement considérée ; non pas de la morale faite, devenue objet de connaissance, mais de la morale qui se fait, de la morale dans son devenir. La vie du droit, ses hésitations, ses défaillances, ses progrès, c'est la morale en action, c'est l'action cherchant, essayant les formes idéales sous lesquelles elle devra se produire, c'est la conscience humaine avec toutes ses inquiétudes et toutes ses aspirations. Si, comme nous pensons l'avoir montré, le problème moral revient toujours à déterminer, pour chaque individu et pour chaque cas, l'attitude convenable, la réaction préférable, le Code, en prévoyant un certain nombre d'attitudes normales et de réactions spéciales, adopte à l'égard des éventualités qu'il prévoit la position même de la conscience. 11 porte sur le « faire » et non pas sur l'u être )),il pose des « normes » et non des « lois ». Tout Code est, à un moment donné de l'histoire, une conscience fossilisée.

La façon dont nous entendons traiter le problème moral offre à nos yeux les avantages de l'objectivité scientifique sans en avoir les inconvénients. Elle en a les avantages, car la conscience se dépouille de ce qu'il peut y avoir en elle de purement subjectif, de trop individualisé : elle trouve dans la loi positive à la fois une limite à ses écarts possibles et une image matérialisée de ses propres prescriptions, elle se référera à ce modèle afin de calquer sur lui, dans les cas imprévus, la maxime de son action. Par contre, on évite de fausser, soit à dessein, soit involontairement, les données du problème moral en le transposant dans les termes, absolument

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(liiTérents, du problème scientifique; on ne risque plus do confondre V « à faire » avec le « tout fait ». A In fois on impersonnalisc la conscience et on la maintient comme conscience. En nous attachant à créer en nous Taltitude même que prévoit le législateur, celle en somme qu'il impose à toute l'humanité ou plutôt que l'humanité, par son effort séculaire, s'est imposée à elle-même, nous pensons être dans le sens de la vérité morale, nous croyons donner son sens plein à la maxime kantienne ; « Universalise ta conduite ». Nous réfléchissons notre action, mais nous la réfléchissons comme action, et non comme pensée. C'est toujours à l'individu vivant, réalisant sa vie par des actes, que nous ramène notre analyse. La morale, ce n'est pas la société, c'est l'homme.

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