‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 36 sur 44 · AVENIR DE L'AVIATION · texte numérisé non relu

AVENIR DE L'AVIATION

immobile dans Tair par ses propres moyens, avec un appareil plus lourd que l'air. »

Les orthoptères ou ornithoptères ainsi que les hélicoptères n'ont pourtant pas donné jusqu'à présent de résultats comparables k ceux des aéroplanes. Certains auteurs très compétents en matière d'aviation prétendent qu'on ne pourra obtenir qu'une imitation plus ou moins grossière de cette machine naturelle constituée par la structure anatomique de l'oiseau. Si l'on supprime l'une de ses qualités essentielles, la souplesse des organes, il ne reste plus, comme le dit M. Banet-Rivet, qu'un moteur de faible rendement compliqué d'organes sans nombre. D'ailleurs, si le pigeon et autres volateurs de taille moyenne pratiquent le vol ramé, les volateurs tels que l'aigle utilisent leurs ailes comme aéroplanes, trouvant dans les mouvements de l'air l'énergie suffisante pour entretenir leur vitesse. Il n'est cependant pas sans intérêt de signaler les appareils actuellement en expérience et basés sur les principes qui régissent le vol ramé. Tels sont l'appareil a ailes battantes de M. Albert Bazin et l'ornithoptère de M. CoUomb.

Travaux et Expériences des frères Wright.

Nous avons été de ceux qui, sans contester l'existence des remarquables travaux des frères Wright, n'ont pas cru aux résultats, qui paraissaient alors fantastiques, des expériences de 1905, notamment de celle où ils avaient effectué un vol de plus de 38 kilomètres. Nous partagions avec beaucoup d'autres et on peut dire avec la presque unanimité des membres des sociétés aéronautiques françaises, et de l' Aéro-Club en particulier, le doute et le scepticisme qu'avait produits l'annonce bruyante des journaux américains. Si l'on avait été convaincu du succès des frères Wright, aurait-on montré autant d'enthousiasme le 22 novembre 1906, jour où, à Bagatelle, M. Santos Dumont accomplit son parcours sensationnel de 220 mètres, et M. Archdeacon, qui

avait été au début au courant des essais des frères Wright, se, serait-il exprimé avec tant de chaleur au banquet offert à M. Santos Dumont pour célébrer sa victoire? A cette époque tout le monde était d'accord pour reconnaître que M. Santos Dumont était le premier homme qui se fût élevé du sol et eût plané dans l'espace avec un appareil plus lourd que Tair.

Or, aujourd'hui le voile qui cachait les recherches des frères Wright est tombé, et les expériences qu'ils viennent de faire, l'un Orville aux États-Unis d'Amérique, et l'autre Wilbur près du Mans en France, permettent de juger de l'importance de leurs travaux. Il convient donc dans une étude consacrée k l'aviation de leur faire une place au moins égale à celle de leurs émules en Europe; tel est l'objet du chapitre complémentaire de cette nouvelle édition.

M. François Peyreyqui, avec un talent littéraire agréablement imprégné de poésie, présente dans le journal VAuto, au fur et à mesure qu'ils se produisent, les progrès de l'aviation, s'est fait l'historiographe des frères Wright et a écrit une brochure très attrayante sous le titre : Les premiers hommes-oiseaux.

Faut il comme lui et sans réserve leur accorder cette qualification en l'absence d'un contrôle précis des expériences faites de 1903 a 1905 au delà de l'Atlantique? Evidemment les frères Wright étaient maîtres de leur secret, d'ailleurs bien gardé; c'était leur droit. Mais ils s'exposaient ainsi à perdre la paternité et la gloire d'une découverte qu'ils sont en fait obligés de partager avec M. Santos Dumont.

Quiconque a approché M. Wilbur Wright et échangé quelques mots avec lui déclare que c'est un homme d'un caractère droit et franc, incapable de ne pas dire la vérité. Si donc on veut être édifié sur l'origine et la suite des travaux exécutés avec son frère, on peut s'en rapporter au récit qu'il en a fait récemment à un journaliste du Matin, Nous en reproduisons les principaux passages :

« C'est en 1900, a une époque où l'aviation paraissait morte, que les frères Wright se sont livrés .à leurs premiers travaux. De grandes choses avaient été faites par des hommes de génie : Langley et Chanute aux États-Unis, Maxim, Philipp et Pilcher en Angleterre, Marey, Mouillard et le colonel Renard en France, et Lilienthal en Allemagne. La mort de deux d'entre eux, Lilien-

Page 1