TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DES FRÈRES WRIGHT
thaï et Pilcher, tués au cours de leurs expériences, les énormes sommes d'argent englouties dans des recherches telles que celles de Maxim et Ader, arrêtèrent net l'élan des débuts et ce cycle héroïque prit fin dans le découragement.
(( Mis par des livres et des brochures au courant des travaux et des expériences de leurs devanciers, les frères Wright, étudiant les causes de leurs échecs, pensèrent que beaucoup de leurs erreurs pouvaient être évitées. Attirés par l'aviation qu'ils considérèrent d'abord comme un sport agréable, ils choisirent pour leurs essais Ketty Hawk, dans la Caroline du Sud, près des dunes qui s'étendent sur une large superficie désolée le long de l'Océan Atlantique où les vents sont forts et réguliers.
a Leur premier planeur fut assez semblable dans sa forme et dans ses dispositions à leur dernière machine volante; il possédait déjà l'équilibreur d'avant flexible et le gauchissement des ailes, deux nouveautés qui résultaient de leurs observations. Avec un appareil à plans superposés, mais couchés à plat ventre, ils firent, de 1900 à 1901, comme Lilienthal, un grand nombre de glissades aériennes. Mais ce fut seulement avec leur machine de 1902, construite d'après leurs propres formules, qu'ils firent de rapides progrès, à la suite de plus de mille essais de vols planés, dont le plus long dura vingt-six secondes sur une distance de 200 mètres environ.
« A cette époque, ayant invité M. O. Chanute, l'ingénieur et l'expérimentateur bien connu, à leur campement de Ketty Hawk, ils lui montrèrent leur appareil. Et quand ce dernier vint en Europe en 1903, il raconta leurs expériences dans les milieux aéronautiques, notamment à l'Aéro-Club de France; un des membres les plus ardents de celui-ci, M. Archdeacon, en comprit toute l'importance, au point de vouloir les reproduire en faisant construire par deux jeunes architectes mécaniciens, les frères Voisin, un appareil du type Wright. Le capitaine Ferber et M. Esnault Pelterie construisirent également et expérimentèrent des planeurs du même type. Ce fut le commencement d'un renouveau de l'aviation en France.
« Le succès du dernier planeur des frères Wright fut si complet, si décisif, qu'il leur fut possible d'entrevoir, grâce à de nouvelles et incessantes recherches, et à d'autres dépenses, la cjéatio.n d'une machine volante à moteur, de valeur pratique.
L'année 1903 fut employée pour l'étude et la construction d'un moteur d'aéroplane qui, à cette époque, n'existait pas. Enfin, en décembre 1903 ils terminèrent leur appareil, et se trouvèrent prêts à l'essayer. Le 17 de ce mois quatre vols furent réassis par un vent d'une vitesse de 9 à 10 mètres; le plus long dura 59 secondes et la distance parcourue dans l'atmosphère contre ce vent fut environ de 200 mètres.
« Dans l'été de 1904, les frères Wright reprirent leurs essais près de leur ville natale, à Dayton (Ohio), et le 20 septembre ils réussirent leur premier cercle complet. Avant la fin de la saison ils étaient deux fois restés dans les airs durant cinq minutes, et à chacun des vols ils avaient couvert quatre fois le circuit d'un kilomètre.
« Les expériences furent continuées en 1905 avec une nouvelle machine, toujours près de Dayton. Le succès fut tel que, le 3 octobre, Orville réussit un vol d'une durée de vingt-cinq minutes, suivi le lendemain d'un nouveau vol de trente- trois minutes. Enfin, le 5 octobre, Wilbur, pilotant l'appareil, parcourut 39 kilomètres dans les airs, en trente-huit minutes. »
Tels sont les magnifiques résultats qu'avaient déjà obtenus il y a trois ans les aviateurs américains et qui, nous l'avons dit, rencontrèrent l'incrédulité en Europe et particulièrement en France, parce qu'ils n'avaient été constatés par aucune personne autorisée. M. Chanute, n'ayant pas assisté aux expériences, s'était borné à dire qu'il y ajoutait foi, mais sans le déclarer formellement. Les officiers français qui en 1905 ont, au nom du Ministre de la Guerre, entamé des pourparlers avec les frères Wright, non seulement n'avaient pas assisté aux expériences, mais même n'avaient pas vu l'appareil. Le journal Le Journal a publié un compte rendu très détaillé des négociations qui eurent lieu à cette époque et qui n'aboutirent pas à cause des conditions un peu rigoureuses imposées aux inventeurs ; d'après l'une d'elles, ils devaient; tout en effectuant un parcours de 50 kilomètres en moins d'une heure, s'élever à 300 mètres de hauteur. Le délai dans lequel le Gouvernement français devait remettre la somme de 1 million fut également une cause de rupture des pourparlers.
On sait aujourd'hui que les expériences entreprises par Wilbur Wright près du Mans ont pour but de réaliser les con-