TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DES FRÈRES WRIGHT
dîtions fixées dans le traité passé avec M. Lazare Weiller, qui doit verser la somme de 500000 francs pour l'acquisition des brevets Wright. La presse rend compte chaque jour des résultats remarquables obtenus par les frères Wright depuis qu'ils ont repris leurs expériences l'un en Amérique, l'autre en France. On voit par le tableau ci-dessous que ces résultats dépassent notablement ceux des deux aviateurs qui se disputaient jusqu'alors le record en France.
30 mai 1908, M. Delagrange, 15' 26'' 4/5.
22 juin M. Delagrange, 16' SO''.
5 septembre, W. Wright, 19' 48" 2/5.
6 jnillet, Farman, 20' 20".
10 septembre, Delagrange, ' 28'.
5 septembre, Delagrange, 29' 52" 4/5.
5 septembre, Wright, 36' 14" 3/5.
16 septembre, Wright, 39' 19".
29 septembre, Farman, 40' 43".
24 septembre, W.Wright, 54' 3" 1/5.
9 septembre, 0. Wright, Ih. 2' 30" et
10 septembre, O.Wright, Ih. 5'52".
28 septembre, W.Wright, Ih. 7'24".
11 septembre, O.Wright, Ih.lO'.
12 septembre, O.Wright, 1 h. 14' 20".
21 septembre, W.Wright, lh.31'25".
Ce tableau indique seulement les durées des vols. Quant aux distances parcourues dans chaque épreuve on ne compte officiellement que le périmètre des triangles formés par trois poteaux sur le sol, mais il est certain qu'en réalité le trajet effectué dans .l'air est beaucoup plus grand. C'était seulement la durée et non ;Ia longueur du parcours qui était en cause le 6 juillet dernier, jour où M. Farman a parcouru plus de 26 kilomètres en faisant douze fois et demie le tour du champ d'Issy-les-Moulineaux, détenani ainsi en France le record de la distance.
Il est à remarquer que les appareils de MM. Farman et Delagrange voguent avec une plus grande vitesse que l'appareil des Wright; mais ce sont ces derniers, qui, seuls, ont réussi à faire un parcours de plus de 50 kilomètres en moins d'une heure, condition principale du contrat passé avec M. Lazare Weiller.
Dans l'essai officiel qui a eu lieu au Camp d'Âuvours, le 10 octobre dernier, en présence de la Commission technique dont nous faisions partie, M. Wilbur Wright est resté en Tair 1 h. 9' 45" couvrant une distance qui peut être évaluée à environ 70 kilomètres, battant ainsi le record du vol à deux personnes, puisqu'il avait emmené un passager, M. Painlevé, membre de l'Académie des Sciences.
Description de I*appareil Wright.
L'aéroplane des frères Wright, dont nous donnons ci-dessous une vue perspective, a fait l'objet en France de trois brevets, pris respectivement le premier le 22 mars 1904, et les deux autres le 18 novembre 1907. Il appartient au système dît biplan, c'està-dire qu'il comporte deux plans sustentaleurs superposés* Le but multiple des inventeurs, comme ils l'exposent dans leur premier brevet, a été de combiner ensemble la légèreté, laforce^ la commodité de la construction et la plus petite résistance possible h l'avancement et surtout de pourvoir l'appareil de moyens pour maintenir sa stabilité et son équilibre avec un guidage dans le sens vertical et dans le sens horizontal. La caractéristique du système réside dans la disposition des surfaces constituant les ailes composées de toiles tendues sur des cadres en bois et en fils métalliques, reliées l'une à l'autre au moyen d'articulations à charnières formées par des montants verticaux et des entretoises en fils métalliques.
Les inventeurs expliquent, notamment dans l'un de leurs brevet de 1907, que grâce à cette construction les surfaces sont déformables, c'est-à-dire peuvent se gauchir au moyen de câbles aboutissant à une poignée unique à l'aide de laquelle on communique une torsion aux extrémités des deux surfaces sustentatrices de l'aéroplane; de cette manière on règle l'équilibre latéral par l'augmentation de l'angle d'incidence sous lequel les surfaces horizontales sont présentées à l'atmosphère du côté qui tend à s'abaisser et par une diminution de cet angle du côté qui tend à s'élever. C'est en réalité un gauchissement en sens inverse que l'on produit aux deux extrémités de chacume des surfaces sustentatrices.
D'autre part, pour éviter le mouvement tournant de la machine autour d'un axe vertical qui serait la conséquence de cette manœuvre, on commande par le même levier un gouvernail vertical à l'arrière pour engendrer un couple tournant dans le sens opposé.