‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 40 sur 44 · COMPARAISON DE L'APPAREIL WRIGHT · texte numérisé non relu

COMPARAISON DE L'APPAREIL WRIGHT

Comparaison de l'appareil Wright

avec les appareils français.

Ayant décrit dans ses grandes lignes l'appareil des frères Wright, comparons-le avec les aéroplanes français. Cette question a déjà soulevé des discussions passionnées. En particulier MM. Voisin Frères ont défendu énergiquement le genre d'aéroplanes qu'ils ont construit pour MM. Farman et Delagrange qui, jusqu'aux expériences des frères Wright, ont détenu les records contrôlés pour la durée et la distance.

« Tout d'abord, disent MM. Voisin, les aviateurs américains n'auraient pas pu s'offrir, comme on l'a dit, les trophées reniportés par les aviateurs français, gagner le prix du kilomètre, puis le prix du quart d'heure. En effet, aux termes des règlements judicieusement établis par l'Aéro-Club, il est spécifié que l'appareil du concurrent doit quitter le sol par ses propres moyens; tel n'est pas le cas pour l'aéroplane Wright qui utilise au départ un chariot, un rail et un pylône au sommet duquel des contrepoids de 500 kilogs sont hissés et dont la chute par un déclanchement donne à l'appareil l'impulsion première.

« Qu'une machine volante soit surprise par une avarie toujours possible, en face ou au milieu d'une prairie, incapable de reprendre son vol sans son pylône, son rail, son contrepoids^ son wagonnet, c'est là un inconvénient inconnu pour les appareils français qui tous s'enlèvent avec leur châssis à rouçs. Il est vrai que ce châssis, avec les amortisseurs, pèse environ 70 kiL, i ce qui représente à quelques kilos près le poids du passager

que peut emmener l'appareil des frères Wright. »

Nous estimons qu'en effet la nécessité d'avoir tout un matériel de lancement, comme c'est le cas chez les frères Wright, est une infériorité pour leur aéroplane comparé à l'aéroplane français. Il faut espérer qu'une solution mixte interviendra, qui permettra aux frères Wright de se dispenser tout au moins du pylône, ce qu'ils peuvent faire lorsqu'au départ ils sont favorisés par le vent.

Une supériorité qu'on a signalée à l'actif de l'appareil des

frères Wright c'est qu'il possède une magnifique utilisation mécanique, puisqu'il peut soulever avec un moteur de 25 ehcTaux un poids d'environ 500 kilogs. Sur ce point MM. Voisin démontrent que la différence n'est pas si grande avec les appareils qu'ils ont fournis à MM. Farman et Delagrange, car le jour où M. Farman a emmené M. Archdeacon avec les approvisionnements, le poids s'était trouvé augmenté jusqu'à atteindre 645 kilogs, alors que le moteur tournant à 1100 tours ne donnait que 38 chevaux.

Nous n'hésitons pas à reconnaître en toute sincérit S que l'appareil des frères Wright utilise mieux la puissance motrice, et une des raisons doit en être dans la disposition des deux hélices placées symétriquement et tournant ' avec une vitesse près de deux fois moindre que celle de l'hélice unique des appareils Voisin. On a dit justement qu'une hélice tournant »vec une telle vitesse, qui est généralement de 14 à 1 500 tours,, est jin véritable gyroscope et on sait que quand on veut changer le plan de rotation d'un gyroscope il résiste et tend à tourner dans une direction perpendiculaire. C'est là ce qui explique la difficulté que rencontrent MM. Farman et Delagrange quand ils veulent effectuer un virage sur un rayon un peu court; mais cette vitesse excessive de l'hélice a encore cet inconvénient de produire sur l'air des tourbillons avec des chocs et des remous qui diminuent \^. poussée utile de l'hélice.

D'autre part, il faut l'avouer, l'emploi de deux hélices, lorsqu'une d'elles vient à se rompre, peut faire chavirer l'appareil et entraîner ceux qui le montent dans une chute fatale. — C'est ce qui a eu lieu malheureusement dans la dernière expérience d'Orville Wright en Amérique, ou ce dernier a été assez grièvement blessé, et le lieutenant Selfridge qu'il avait emmené comme passager a trouvé une mort glorieuse qui le place à côté de Lilîenthal et de Pilcherdans le martyrologe de l'aviation.

Si dans les aéroplanes on tient à conserver le principe d'une seule hélice, il conviendrait selon nous d'en augmenter le diamètre et la surface des palettes, de façon à réduire la vitesse, et h atténuer les défauts ci-dessus indiqués.

Enfin, et c'est la la critique la plus vive qui a été adressée aux frères Wright, leur appareil n'ayant pas de queue cellulaire, ils doivent compenser le manque de stabilité qui en résulte par une série de manœuvres relativement compliquées. En effet, à

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