‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 42 sur 44 · CONSIDÉRATIONS SUR LE VOL PLANÉ ET LE VOL A VOILE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LE VOL PLANÉ ET LE VOL A VOILE

Mais la création d'un nouveau prix par M. le D' Quinton, le fondateur de la Ligue aérienne, rappelle l'attention sur le genre de vol que Ton appelle le vol à voile et que nous n'avions pas omis de mentionner. La somme de 10 000 francs offerte par M. Quinton sera décernée à l'aviateur qui, après l'arrêt instantané du moteur de son aéroplane, restera encore 5 minutes en descendant d'une hauteur de moins de 50 mètres. Nous ne lui avons pas caché que cette hauteur nous paraissait bien faible et que ce serait une circonstance vraiment exceptionnelle que celle où l'aviateur trouverait au moment voulu un vent opposé, ascendant et d'une force suffisante pour maintenir soulevé l'aéroplane pendant un si grand laps de temps.

Cependant une des conséquences de ce prix aura eu cet avantage de faire descendre dans la lice M. Marcel Deprez, l'honorable membre de l'Académie des Sciences dont la réputation était seulement attachée jusqu'ici a de beaux travaux sur l'électricité. Pour appuyer la proposition de M. Quinton et en démontrer la possibilité, M. Marcel Deprez a refait à son point de vue la théorie du vol à voile en partant du théorème des quantités de mouvement.

Cette question du vol à voile a été longtemps controversée et des hommes qui se sont occupés de la navigation aérienne, comme M. de Louvrié en 1866, Goupil en 1884, ont, dans des mémoires qu'ils ont écrits à cette époque, démontré que le vol k voile dans tous les sens sans développement de travail moteur était possible et n'avait rien de contraire aux lois de la mécanique. Ils ont par des calculs vérifié les données intéressantes fournies par le vol des oiseaux dans les études de MM. d'Esterno et Mouillard, études résumées dans un ouvrage paru en 1883 sous le titre « L'empire de l'air » par M. G. de la Landelle qui, avec MM. de Ponton d'Amécourt et Nadar, a été un des apôtres du plus lourd que l'air.

Parmi les cas particuliers rares et étonnants que discute M. Goupil dans son ouvrage est celui d'un planeur s'élevant contre un courant même horizontal et suivant une direction montante sans dépenser aucun travail, à la condition bien entendu qu'il soit animé d'une vitesse acquise, vitesse qu'il peut de temps à autre renouveler en donnant quelques coups d'aile pendant un instant. Ce sont les démonstrations de ces

LE PROBLEME DE LAVlAliON

observateurs qui ont commencé à battre en brèche la fameuse erreur de Navier, celle qui résulte des conclusions d'un mémoire présenté à l'Institut en 1829 et signé : Gay Lussac, Flourens et Navier, rapporteurs.

« Est-il vrai, s'écrie M. Ch. de Louvrié dans la note que nous avons rappelée ci-dessus et qu'il adressait à son cher et vénéré maître, M. Babinet, de l'Institut, que l'oiseau soit aussi fort qu'on le prétend? On n*a mesuré sa force que d'après le travail qu'il produit en volant. Est-il vrai que chez l'hirondelle, seulement pour s'équilibrer dans les airs, ce travail soit égal à son poids élevé à une hauteur de 8 mètres par seconde; qu'il est 50 fois plus grand quand elle vole à raison de 15 mètres, ce qui ferait un cheval-vapeur pour 13 hirondelles? » Après cette apostrophe, Fauteur expose sa théorie du vol plané à l'aide des formules semblables à celles que nous avons consignées dans le tableau de la page 40. Si on les applique au vol du martinet dont le poids estde 50 grammes on voit que le travail à développer par l'oiseau en temps calme pour se mouvoir dans l'air avec une vitesse de 5 mètres est de 6,11 grammes-mètres, c'est-à-dire son poids élevé à m. 12 dans une seconde. On est bien loin du chiffre formidable de Navier. Il convient de faire remarquer que l'oiseau se meut dans l'air avec un angle d'inclinaison extrêmement faible, au plus d'un degré, très voisin de l'angle optimum indiqué par M. Drzewiecki.

M. de Louvrié va encore plus loin. — « Si au lieu d'être horizontal, dit-il à la fin de sa Note, le vent est légèrement ascendant, de sorte que tout en conservant son inclinaison sur la ligne du vent l'aile fût inclinée au-dessous de l'horizon, ainsi que la résultante entre la pesanteur et l'effet du vent parallèle perpendiculaire à l'aile, le martinet ainsi qu'un certain nombre d'oiseaux pourraient se maintenir immobiles au milieu du vent ou même s'y avancer. Il peut donc a fortiori se faire monter dans les airs. Or il est certain que les éminences du sol peuvent déterminer ces courants ascendants qui pénètrent plus ou moins dans ratmosphère, et l'on peut avec M. le comte d'Esterno admettre des ondes et des vagues dans l'Océan aérien. D'ailleurs

1. Cette Noie a été pabliée dans le Journal « Les Mondes », décembre 18ti6, soas le litre « Vol des Oiseaux •. — Erreur de Navier. — Aviation.

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