CONSIDÉRATIONS SUR LE VOL PLANÉ ET LE VOL A VOILE
les vents tendent à émerger; dès lors et en toutes circonstances le travail du vol n'est plus qu'un travail d'équilîbriste. »
Par la citation qui précède on voit que le comte d'Esterno, dont les travaux ont été souvent mentionnés par M. leD'Marey, avait devancé l'astronome Langley dans ses recherches si remarquables sur les mouvements dé l'air. — L'étude dynamique de l'état de l'atmosphère a occupé toute une séance de la session extraordinaire tenue à Bruxelles du 12 au 15 septembre 1907 par la Commission permanente internationale d'aéronautique, séance dans laquelle M. Le Clément de Saint-Marc a présenté un mémoire intitulé : Recherches sur les changements périodiques de çitesse et de direction dans les masses £air en mouvement (voir les procès-verbaux publiés chez Dunod et Pinat, éditeurs à Paris). — Dans la discussion quia suivi cet exposé, M. Soreau reprenant les explications qu'il avait données dans une communication faite en 1902 à la Société des Ingénieurs Civils de France, a montré que. les mouvements internes de l'air s'étendent à toute la masse atmosphérique et que, loin d'en être la cause, les aspérités du sol constituent un obstacle à la régularité que teadént a prendre ces mouvements. C'est pourquoi, a-t-il ajouté, les observations de M. Le Clément de Saint-Marc sur les girouettes, les oscillations des arbres et même sur les panaches des cheminées lui semblaient faites trop près du sol pour qu'on puisse en déduire des indications numériques susceptibles de préciser le phénomène. Pour arriver à ce résultat il a préconisé l'observation des oiseaux voiliers et résumé la théorie à laquelle il a donné le nom de Loi des vagues aériennes. — Selon M. Soreau, les prétendus vols à voile observés dans nos régions ne sont généralement que des planements d'un mécanisme tout autre, où l'oiseau utilise par exemple des courants ascendants accidentels.
Ce serait nous entraîner trop loin que de discuter comparativement les divers systèmes proposés pour expliquer le vol à voile. Dans cette même séance, M. Guillaume, le distingué président de la Commission, a rappelé les travaux du grand physicien Helmholtz au sujet du glissement d'une masse fluide sur une seconde masse possédant une densité ditl'érente. Il est bon de rapprocher cette considération d'une Note toute récente présentée par M. Esclangon à l'Académie des sciences sur les conditions de planement des oiseaux, et dans laquelle il explique
que ce planement ne peut avoir lieu que lorsqu'il y a une différence de vitesse dans le mouvement des couches d'air rencontrées par l'oiseau.
L'erreur de Navier a longtemps pesé sur la recherche de la locomotion aérienne par l'aviation ; mais il ne suffisait pas de la détruire pour prouver que l'homme pouvait un jour arriver à se soutenir dans l'air à l'instar de l'oiseau, il fallait qu'un expérimentateur de génie, l'allemand Lilienthal, entreprît les essais qui out immortalisé son nom. Il ne s'est pas borné à payer de sa personne et à exécuter par sa méthode un nombre considérable de planements, étudiant les conditions d'équilibre et de stabilité avec les appareils qu'il a imaginés et construits à cet effet; il s'est livré également k toute une série de recherches d'ordre scientifique qu'il a consignées dans un ouvrage publié à Berlin en 1889 et intitulé : Le vol des oiseaux comme base du vol artificiel. Cet ouvrage a été comme le testament de mort de Lilienthal et on ne saurait trop en recommander la lecture, car il contient'sur la courbure des surfaces portantes des enseignements éminemment profitables à tous les aviateurs.
Conclusion.
Les dernières expériences que vient de faire M. Wilbur Wright au camp d'Auvours, le 3, le 6 etlelO octobre, marquent un bond prodigieux dans les progrès de l'aviation. Il ne s'est pas contenté d'exécuter des vols de grande durée, 53' 33 " 'Ijb pour l'un et lh4'26" pour l'autre, mais il a emmené chaque fois un passager, M. Reichel, le distingué reporter sportif du Figaro, la première fois, et la seconde fois M. Arnold Fordyce, qui en 1906 avait mis le gouvernement français en rapport avec les frères Wright. Entre ces deux journées M. Wilbur Wright avait pris à son bord d'autres personnes et notamment M. Léon BoUée, augmentant ainsi de 108 kilos la charge de son appareil. On peut donc considérer comme résolu le pro-