‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 7 sur 44 · FIG. 4. — L^AÉROPLANE SANTOS-DUMONT EN PLEIN VOL · texte numérisé non relu

FIG. 4. — L^AÉROPLANE SANTOS-DUMONT EN PLEIN VOL

que de les renvoyer à la revue intitulée VAérophilCy qui en a fait lé récit très complet, dans le numéro de décembre dernier, sous le titre « Nouveau triomphe de M. Santos-Dumont ». On sait que cette revue est dirigée avec beaucoup détalent par M. Besançon, le sympathique secrétaire général de T Aéro-Club.

C'est le 12 novembre 1906 qui fut la journée la plus significative et qui, sous la réserve des expériences si mystérieuses des frères Wright, et sur lesquelles je reviendrai plus tard, doit marquer la date du premier vol artificiel à l'aide d'un appareil à moteur monté par un homme.

Il y eut, dans cette journée, quatre envolées : deux le matin et deux dans Taprès-midi, et c'est la dernière qui atteint un parcours de 220 mètres en 21" 1/5, dépassant la longueur assignée pour l'obtention du prix de 1 500 francs offert par l'Aéro-Club

pour un premier parcours de 100 mètres. Je n'étais pas malheureusement du nombre de ceux qui assistaient à cette épreuve, mais par des témoins oculaires, je sais combien a été vive et émouvante l'impression qu^ils ont éprouvée, quand ils ont vu s'élever de terre, puis planer dans l'espace, un appareil plus lourd que Tair. Cette émotion eût même été partagée par ceux qui, comme moi, par les travaux de la Société française de Navigation aérienne, avaient pu prévoir qu'un pareil résultat serait atteint le jour où l'on pourrait, comme à présent, disposer d'une force motrice considérable sous un faible poids. 11 convient de dire ici que la branche de l'aviation devra à celle de l'automobilisme une véritable gratitude, puisque c'est grâce à cette dernière que le moteur a pétrole a pu successivement recevoir des perfectionnements qui l'ont rendu apte à passer de la locomotion terrestre à la locomotion aérienne.

Dans l'expérience de Bagatelle, comme l'a si bien dit M. Lecornu, mon prédécesseur à la présidence de la Société, l'aéroplane Santos^Dnmont ne s'est pas seulement élevé du sol, il n'a pas fait de simples bonds, eu raison de sa vitesse acquise Mais grâce à l'entretien de cette vitesse par le moteur, il s'est maintenu de lui-même en l'air et a effectué un véritable vol plané. Il a suivi un trajet en ligne droite, légèrement ondulée, dans une direction horizontale, et avec la stabilité qu'il avait lorsqu'il reposait à terre sur ses deux roues, stabilité qu'il a conservée naturellement en se déplaçant dans l'espace sous la poussée de l'hélice.

Dans l'allocution humoristique que M. Archdeacon, un généreux prosélyte de l'aviation, prononçait au banquet offert par l'Aéro-ClubaM. Santos-Dumont après sa victoire du 12novembre, il s'exprimait ainsi, en parlant de ce dernier :

« Notre ami ne s'est jamais piqué d'être ingénieur; c'est un homme qui veut ce qu'il veut, avec une ténacité sans seconde, jusqu'à ce qu'il ait réussi, et il à réussi. » Et il ajoutait : « Oh! maintenant les imitateurs ne vont pas tarder à venir. Je parierais même volontiers que plusieurs d'entre eux déclareront que ce qu'a fait M. Santos-Dumont n'était pas malin, et que si leurs nombreuses occupations le leur avaient permis, ils en auraient fait tout autant. Eh bien! non, messieurs, leur répondrais-je, que ne l'avez-vous fait? »

LAÉ^ROPLANE DE M. SANTOS-DUMONT 15

Oui, dirais-je à mon tour, pourquoi M. Santos-Dumont a-t-il réussi là où tant d'autres avaient échoué? Quelques esprits chagrins et envieux se sont même demandé, comme pour l'expérience de Saint-Cloud avec son dirigeable, où était le mérite du jeune Brésilien en dehors du courage audacieux et de la tenace intrépidité que personne ne lui conteste. — A-t-il fait œuvre desavant ou d'ingénieur? Nullement; ce n'est pas là sa prétention, car il est d'une modestie égale à son grand cœur; c'est avant tout un novateur. — Or, celui qui vous parle est par sa profession et depuis longtemps en relation constante avec les inventeurs; il croit bien les connaître et peut définir ainsi leur caractère : l'inventeur est avant tout un artiste, c'est même un voyant; il regarde sans cesse le but qu'il poursuit et il imagine ou il p^end autour de lui les moyens qui doivent lui permettre de l'atteindre. Procédant plus par intuition que par déduction, il a la persévérance, il a la foi, et c'est pour cela qu'il réussit et qu'il dote la société de ces progrès qui le font compter à bon droit parmi les bienfaiteurs de l'humanité.

Comme exemple, je comparerai volontiers M. Santos-Dumont à M. Marconi. Ce dernier a pris dans nne main l'oscillateur du célèbre physicien allemand Hertz qui a découvert les ondes hertziennes, dans l'autre le cohéreur de Branly, le savant professeur de la faculté de Lille, et en rapprochant ses deux mains il a créé la télégraphie sans fil. De même, M. Santos-Dumont, prenant d'une part l'aéroplane de Lilienthal avec le cerf-volant cellulaire de Hargrave, et d'autre part le propulseur, c'est-à-dire l'hélice avec le moteur à pétrole, a, en les combinant, constitué le premier aéroplane se mouvant dans l'air. Mais, pour bien se rendre compte du pas énorme franchi grâce à cette heureuse combinaison, il n'est pas inutile de jeter un regard rétrospectif sur le passé.

Aperçu historique des tentatives des

partisans de l'aviation.

Premières études sur le vol des oiseaux.

Aussi loin que Ton remonte dans le cours des âges, on constate qu'une des idées qui ont le plus hanté le cerveau humain a été le désir de s'élever dans les airs en imitant l'oiseau. Qui de nous n'a rêvé qu'il était soulevé et qu'il planait dans l'espace? Généralement on se réveille au moment où on retombe sur le sol.

L'histoire a retenu un certain nombre de tentatives presque toutes malheureuses, faites par des imprudents dont l'ancêtre mythologique est Icare, le fils de Dédale. On sait, par le récit fabuleux des Métamorphoses d'Ovide, que c'est en voulant voler trop près du soleil, malgré les recommandations de son père, que l'infortuné Icare sentit fondre la cire qui attachait ses ailes et fut précipité dans la mer où il disparut. Trop souvent la chaleur solaire a fait éclater des ballons par suite de la dilatation brusque du gaz.

Les dieux de l'Olympe reposant sur les nuages, sortes de ballons à vapeur d'eau sans enveloppe, donnent l'image du plus léger que l'air, c'est-à-dire de l'aérostation, tandis que Mercure, avec ses ailes aux pieds, symbolisa l'aviation comme Icare, comme Eros lorsqu'il enlève Psyché, comme les anges et les archanges et aussi comme les chevaux ailés des Walkyries de la mythologie Scandinave.

Dans l'antiquité, la fiction commence à se rapprocher de la réalité avec l'essai qu'on attribue à l'Indien Hanouman; c'est peut-être là Tindice des génies ailés qui peuplent si souvent la légende hindoue et apparaissent si fréquemment dans les Contes des Mille et une Nuits.

Aulu-Gelle, dans ses Nuits attiques, mentionne le récit du philosophe Favorinus ayant trait à l'invention de la colombe en bois d'Archytas de Tarente, ami et contemporain de Platon (iv® siècle avant J.-C). Il est considéré comme l'inventeur du cerf-volant.

Page 1