APERÇU HISTORIQUE
Au moyen âge, on cite un assez grand nombre d'exemples d'hommes audacieux voulant reiiouveler la tentative d'Icare et qui, presque tous, sont victimes de leur témérité.
Léonard de Vinci est le premier qui ait fait une étude sérieuse du vol des oi&eaux. Dans le faa-similé du manuscrit, traduit et publié par M. Ravaîsson-Mollien, on voit que le célèbre peintre, homme de génie universel, à Ul fois physicien, chimiste, ingénieur, a analysé, d'une manière assez scientifique pour l'époque, tous les phénomènes du vol, en appuyant ses démonstrations de dessins dont le coup de crayon n'a pas lieu de nous surprendre de la part du grand artiste. — Il insiste particulièrement sur Tinfluence que peuvent avoir, dans l'acte du vol, le déplacement du centre de pression par rapport au centre de gravité, la déformation et le degré de flexibilité des ailes. Il étudie le rôle et l«s mouvements de la queue et de l'épaule, qui provoquent le déplacement des points d'insertion des ailes; il établit, comme Ta fait ressortir plus tard M. Hureau de Villeneuve, que l'oiseau, étant plus lourd que l'air (c s'y soutient et avance » bn rendant
LE FLUIDE PLUS DENSE Lk OU IL PASSE QUE LA OU IL NE PASSE PAS
« indiquant déjà par ce texte que l'animal, pour voler, doit prendre son point d'appui sur l'air ».
Il serait injuste de ne pas ciler Borelli, le physiologiste italien, continuateur de Léonard de Vinci, qui a publié en 1680 un ouvrage extrêmement curieux intitulé De motu animaUum^ donnant une théorie 'purement mécanique de l'action des ailes, qui repose sur celle du coin. Lorsqu'on fait pénétrer un coin dans un corps, il tend à séparer celui-ci en deux ; réciproquement la réaction du corps sur les faces du coin tend à repousser celui-ci en arrière, la base en avant. L'auteur s'efforce de prouver qu'un oiseau s'insinue dans l'air par la vibration perpendiculaire de ses ailes, les ailes pendant leur action formant un angle dont la base est dirigée vers la tète de l'oiseau, le sommet vers la queue.
« Si donc, dit Borelli, l'air placé sous les ailes est frappé par les parties flexibles de ces dernières avec un mouvement vertical, les voiles et les parties flexibles céderont dans une direction ascendante, et formeront un coin, ayant la pointe dirigée vers la queue. Que l'air, donc, frappe les ailes par-dessous, ou que les ailes frappent l'air par-dessus, le résultat est le même, les
BORDS POSTERIBUns OU FLEXIBLES DES AILES CÈDENT DANS UNE DIREC- TION ASCENDANTE, ET EN AGISSANT AINSI POUSSENT l'oiSEAU DANS UNE DIRECTION HORIZONTALE.
Je ne fais quUndiquer les fantaisies de Cyrano de Bergerac^ rendu célèbre par le beau drame de M. Rostand, et lès tentatives infructueuses du père Barthélémy Lorenço, que le Brésil regarde comme le précurseur de M. Santos-Dumont.
Au XYiii** siècle, où les progrès des sciences montrent Tinanité des recherches faites par les hommes volants, les essais dans cet ordre d*idées tombent dans la caricature.
Parmi les hommes volants, le dernier qui mérite d'être signalé est Blanchard (1782). Bien que ces téméraires expérimentateurs aient généralement échoué, et il ne pouvait en être autrement, la force de l'homme n'étant pas suffisante soit pour effectuer un battement d'ailes, soit pour imprimer à une surface très étendue attaquant l'air la vitesse nécessaire à la sustentation, il n'en faut pas moins, que leurs essais soient parvenus ou nt)n jusqu'à nous, envoyer a ces audacieux précurseurs de l'aviation un hommage de reconnaissance. — Quel que soit le sentiment qui les ait iinimés, le feu sacré qui brûlait en eux explique qu'ils se soient exposés à des tentatives dont l'issue a été trop souvent fatale. Leur foi, poussée jusqu'au paroxysme, allait jusqu'à leur faire oublier le danger et la douleur. J'en cite comme exemple le bénédictin Olivier de Malmesbury qui, après s'être lancé d'une tour, muni de ses ailes, se cassa les jambes eli tombant et dont le premier mot fut de s'écrier que ce malheur ne lui serait pas arrivé si on n'avait pas oublié de lui attacher la queue devant compléter son costume d'oiseau. Mais, comme l'a dit un philosophe anglais, après le succès, ce qui est le plus utile pour les chercheurs c'est l'insuccès, car il enseigne encore ce qu'il y a à ne pas faire.
C'est pourquoi il y a eu peu d'imitateurs pour recommencer de pareilles épreuves dans des conditions si naïves et si hasardeuses.
La célèbre découverte des frères Montgolfier en 1783 arrêta net ces essais infructueux d'appareils volants, en fournissant à l'homme, grâce au principe d'Archimède, un moyen si commode de s'élever et de se maintenir dans l'air avec un gaz de plus faible densité. Les ascensions de Pilatre de Rozier et du marquis d'Arlande, et du physicien Charles, etc., provoquèrent chez