‹ Le problème de l'Empire [microforme]Chapitre 2 sur 10 · CR A · texte numérisé non relu

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Ainsi, au témoignage du ministre des Colonies, leader du parti unioniste, la participation active, intense, des colonies autonomes à la guerre . européenne a renversé la base de l’ordre politique de l’Empire. Le vieux régime d’autonomie coloniale a cessé d’exister, et tout le monde — tout le monde qui sait voir et peïser — est d’accord pour reconnaître qu’il ne renaïîtra jamais.

Sur quelle base nouvelle l’Empire britannique va-t-il se reconstituer ? Tel est le problème qui se pose. En Angleterre, on jûge qu’il est urgent d’y aviser dès maintenant. En Australie, à la Nouvelle-Zélande, en Afrique-sud, aux Indes, tous les hommes sérieux se préoccupent de préparer la solution de demain. De tous les pays britanniques peuplés d’hommes censément civilisés, il n’y a que le Canada qui semble se désintéresser complètement de cette question, la plus grave pourtant qui se soit posée en terre britannique depuis la Révolution américaine. Dans la province. de Québec, surtout, la conspiration du silence est complète. Chefs de parti ou d’école, politiciens et journalistes de tout acabit, depuis les domestiques gagés des deux grands partis jusqu’aux scribes et aux pharisiens qui se sont arrogé la mission d’instruire le peuple dans la connaissance de la vérité ‘ intégrale ”, tous s’entendent comme larrons en foire pour dérober à l'attention publique les conséquences irrémédiables de la révolution dont ils ont été les complices ou les instruments dociles.

Fait remarquable, c’est dans les paroles et les actes des impérialistes anglais qu’il faut chercher la preuv: de la révolution accomplie et la justification des résistances nationalistes. Les chefs de l’école impérialiste, en Angleterre, ont infiniment plus de courage, de loyauté et de franchise que leurs comparses des colonies. Quant aux libéraux anglais, ils sont aussi fuyants, aussi désemparés, aussi pitoyables, que leurs congénères d’outremer. Ils marchent en rechignant, la corde au cou, à la suite des impérialistes triomphants.

La Round Table

Nous avons, à plusieurs reprises, parlé des travaux du groupe impérialiste le plus agissant, la Round Table. Cette intéressante association ne Compte qu’un nombre relarivement restreint de membres ; mais c’est une élite Elle a des groupes et des représentants dans tous les pays d’Empire. Sa revue, du même nom, est le centre de communication de tous ces groupes, le foyer de la propagande impérialiste dans les sphères supérieures de chacune des “nations-soeurs”.

Le comité central de la Round Table a entrepris, depuis quelques années déjà, une enquête générale et co’.plète sur tous les pays d’Empire

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des divers pays de l’Empire — “ should contribute the lives and treasure ‘of their people and have no voice in the way in which lives and treasure

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sur leurs conditions ethniques, sociales et politiques, sur leur histoire, leurs traditions et leurs tendances particulières. L'objet de ce vaste travail est, naturellement, de mettre en relief et en action, dans chacun de ces pays, tous les éléments propres à fortifier l’unité et l’hégémonie de l’Empire oritannique.

Le résultat de cette enquête va se concréter dans un ouvrage considérable, qui portera pour titre : The Project of a Commonwealth. Le premier volume a paru l’an dernier1 La guerre, loin d'interrompre ce vaste travail, l’a activé. Ces Anglais intelligents ne croient pas que la destruction actuelle doive empêcher les hommes soucieux de l’avenir de préparer la reconstruction de demain. Sont-ils moins dévoués au bien de l’humanité que Bob Rogers ou M. Rodolphe Lemieux, moins préoccupés des intérêts de l’Empire que M. Blondin ou sir Sam Hughes, moius soucieux de préserver l'autorité du Roi que les frères Tarte ou M. l’abbé Damours ? Je ne le crois pas ; mais ils ont évidemment une manière différente d'envisager le devoir des gouvernants et des peuples. Ils croient, eux, que “gouverner, c’est prévoir”, Comme tous les gens qui voient clair et qui n’ont pas de petites affaires à soigner, ou de petites passions à contenter, ils sont persuadés que la guerre va précipiter la solution du problème de l’Empire et que chacun des peuples britanniques sera appelé à brève échéance à décider de son avenir. Pis encore, ils considèrent que cette décision doit être mûrie, intelligente, raisonnée et, par conséquent, précédée d’autre chose qu’une série ininterrompue de sophismes et de phrases creuses sur la liberté des peuples ou l’Autorité du Roy, sur le iriomphe de la démocratie ou les exigences du Droit naturel. Ils estiment que les hommes responsables de l’ordre pablic et les peuples qui subiront les conséquences des décisions de leurs gouvernants ont le strict devoir d’étudier sans retard toutes les données du problème vital qui se pose.

Afin de contribuer plus efficacement à ce travail préparatoire, le directeur de la Round Table, M. Lionel Curtis, a publié sous le titre : The Problem of the Commonwealth 2, un résumé de l’ouvrage en cours de publication. C’est l’exposé de la thèse impérialiste le plus lucide, le plus complet, le plus tassé et aussi le plus loyal et le plus pratique que j'aie encore lu — et Dieu sait ce que j'en ai lus, depuis tantôt vingt ans ! Il y a même, dans ce remarquable ouvrage, un ordre de composition, une logique de raisonnement, une clarté d’exposition qui se trouvent rarement dans les oeuvres anglo-saxonnes. Le fond et la forme se valent. Je voudrais voir ce volume entre les mains de tous les Canadiens qui

1 À Londres, chez Macmillan and Co. ; à Toronto, The Macmillan Company of Canada (1d.).

2 Londres et Toronto, mêmes éditeurs; 1 vol. in-12 br. Prix 81.00, plus 15 sous pour frais d'expédition. On peut se procurer l’ouvrage aux bureaux du Devoir.

Dans toutes les citations qui suivent, les passages imprimés en italiques sont en caractères ordinaires dans le texte original.

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