‹ Le problème de l'Empire [microforme]Chapitre 3 sur 10 · EN · texte numérisé non relu

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ont quelque souci de l’avenir et qui ne croient pas que toute la vie nationale tient dans les manigances des rouges ou des bleus ou les malpropretés de l. -*ntine municipale.

Indépendance ou association impériale, seules alternatives

Dès la courte préface qui précède le volume, l’auteur pose le problème dans toute son ampleur. “ Les électeurs des colonies autonomes, “ dit-il, devront, dans un avenir rapproché, assumer la direction de leurs “affaires étrangères ; mais ils ne peuvent le faire sans décider irrévo- “cablement s’is vont rester citoyens de l'Etat britannique ou y renon- “cer. Pour parler net, le problème à résoudre, c’est de décider si les “Dominions vont devenir des républiques indépendantes ou si cet Etat “mondial [l'Empire britannique] est destiné à subsister, dans une union “ plus intime, comme la plus noble des oeuvres politiques.” Plus loin, il affirme que ce sont “les deux vraies alternatives” (p. 154), qu'il n° a pas de “solution moyenne” (pp. 210 et 215), que le choix s'impose sans retard ; et il le prouve surabondamment,

Que les colonies aient le droit absolu, indiscutable, de se déclarer indépendantes quand elles le voudront, l’auteur ne songe pas un instant à le mettre en doute. Il l'affirme même à plusieurs reprises, comme ua incontestable axiome de droit. En fait, personne, en Angleterre, ne songe à le contester.

Le droit au self-government est inhérent à la qualité de sujet britannique. Les colons anglais l’ont apporté avec eux dans toute terre britannique. “Il s’est établi as a matter of course [autrement dit : de droit “naturel — horresco referens!! ] en Amérique dès que des Anglais s’y “fixèrent, au temps de Jacques Ier ” (p. 21.). Depuis la révolution américaine, “ il est reconnu que les Anglais transportent avec eux en pays “nouveau leur droit naturel (native rights) au self-government (p. 39).

Il est donc faux de dire que le gouvernement responsable a été “institué” au Canada par la Grande Bretagne (p. 42). Le self-government est, pour les coionies comme pour le Royaume Uni, “une obligation plutôt “qu’un privilège, C’est le devoir et non l'intérêt qui impose la liberté “aux hommes ” capables de se gouverner (p. 124).

Principes du self-government

Le premier principe du self-goverument, c’est de soustraire au Roi “l'autorité de percevoir les impôts” et de la remplacer par “celle de la nation, qui s’exerce par l'intermédiaire du parlement” (p. 14).

Ce principe est reconnu et appliqué en Angleterre depuis des siècles. Il s’est définitivement établi après la Révolution de 1646, La guerre de l'Indépendance américaine n’eut pas pour objet de remettre en ques-

met

tion le partage de l’autorité entre le roi et le parlement, mais simplement le degré d’autorité respective afférant au parlement impérial et aux légisiatures coloniales.

En 1859, le Canada affirma son droit absolu de modifier à sa guise

” l'assiette de ses impôts et même de iaxer ad libiltum les marchandises

importées d’Angleterre. A cette occasion, les chefs du gouvernement canadien, Cartier et Macdonald, posèrent hardiment les principes les plus ‘ dangereux ” du nationalisme et même les théories les plus ‘ subversives” du parlementarisme. Ils déclarèrent péremptoirement au ministère des Colonies que “ tout le respect qu'ils doivent aux autorités impé- “ riales ne supprime ni n’amoindrit en rien le droit du peuple canadien “ de décider lui-même le mode et la quotité des taxes qu’il s'impose. ...

“Sous réserve de leur devoir d'allégeance envers Sa Majesté” les ministres canadiens “ne peuvent reconnaître d’autre responsabilité ni recher- “ cher d’autre approbation que celles de la législature locale. Le self- “ government serait totalement anéanti si l'opinion du gouvernement im- ‘“ périal devait l'emporter sur celle du peuple canadien” (pp. 48 et 49).1

“Les habitants des colonies, dit M. Curtis, sont maintenant respon- “ sables de leurs propres affaires domestiques ; en d’autres termes, leurs “exécutifs nationaux et leurs législatures sont responsables au peuple “et non au roi” (p. 25.). — “ Comme chacun sait [excepté les théologiens impérialistes et les “anciens”, très anciens, “magistrats”], le Roi “ n'exerce jamais son autorité, sauf selon l'avis de ses ministres, soit au “Royaume Uni, soit dans les colonies autonomes ” (p. 88.)

C’est exactement le principe que sir John Macdonald posait, dès 1865 : “ With us [British] the Sovereign, or in this country, the repre- “ sentative of the Sovereign, can act only on the advice of his ministers, “those ministers being responsible to the pespte, through Parliament.” 2

Les colonies autonomes sont des Etats souverains

L'évolution du régime colonial s’est opérée par la seule volonté des habitants des colonies. “ Ce n’était pas au parlement impérial, dans “Jequel les colonies n'étaient pas représentées, à leur imposer des insti- “’tutions nationales. Si les habitants des colonies britanniques de l’Amé- “rique du Nord, de l’Australie et de l’Afrique du Sud, étaient réellement “appelées à gouverner leurs affaires nationales, ils devaient avant tont “façonner à leur guise les organismes nécessaires à cette fin. La trans- “ formation du régime provincial en self-government national ne pouvait “’s’opérer que par l’action des colonies elles-mêmes ” (pp. 66-67).

1 Près de vingt ans plus tard, les grits prétendirent que la “ politique nationale ” préconisée par le parti conservateur mettrait en danger le lien britannique. Sir John Macdonald se borna à faire riposter par son prin- <ipal organc: “Tant pis pour le lien britannique!! ”

2 Confederation Debates, p. 33.

Et il rend un hommage manifestement sincère aux auteurs de la constitution canadienne, qui furent les pionniers du régime nouveau.

Une fois en possession de leur autonomie, les colonies “ ont réclamé “le pouvoir d’amender leur Propre constitution ; et ce pouvoir leur a été “ généralement concédé, en 1865, par le Colonial Laws Validity Act”

En fait et en droit, les Dominions sont donc des “ Etats souverains “ (separate sovereignties) pour la même raison et au même degré que “l'Ecosse était un Etat souverain, séparé de l'Angleterre,” avant le traité d'Union de 1706 (p. 234.) — “ Les Canadiens, les Australiens, les Sud- “ Africains se considèrent comme autant de nations distinctes du peuple “des Iles Britanniques, exactement comme les Britanniques se croient ‘’une nation distincte des habitants des Etats-Unis” (p. 68.)

Loin de déplorer cet “instinct salutaire” (healthy instinct), il l’accueille comme l’un des facteurs les plus précieux des peuples nouveaux. Nous verrons comment il propose de l’utiliser pour la reconstruction de l'Empire.

Les seules restrictions apportées à l’autonomie complète des colonies, sont celles qui touchent à l’ordre des relations internationales ; et ces restrictions n'existent que parce que les colonies n’ont pas insisté pour exercer leur autorité dans ce domaine, #.:rme elles ont fait pour tout ce qui touche à leur régime fiscal ou à limni: cation (pp. 75, 77 et 216).

Quand le droit des colonies au self-government eut été pleinement reconnu — et non concédé — “Je principe cardinal. de la politique im- “périale, accepté comme l'articulns stantis aut cadentis Imperii, fut donc “qu'en dernier ressort, les habitants des colonies sont libres de tout ‘“ décider pour eux-mêmes, même la nature de leur nationalité (the na- “ture of their citirenship) ” (p. 46.) — “ Le principe inauguré [au Can- “ nada] par lord Durham, c’est de laisser les colonies autonomes assumer “tous les pouvoirs qu’elles persistent à vouloir prendre (whatever powers “they migh! finally insist upon taking) ” (p. 64.)

Droit des colonies à l'indépendance et à la neutr “té

Dès que ce principe eut été établi, il fut universellement admis, en Angleterre, que l'indépendance absolue était “le but ultime et nécessaire (the necessary goal) du self-government” (p. 51). — « ’est par leur “propre et libre volonté que les Dominions sont restés dans le cercle de “l'Etat impérial” (p. 73.) — “ Chaque Dominion est libre de régler ces “ matières [de politique étrangère] à sa guise, si ses habitants sont dis- “posés à renoncer à leur nationalité britannique. C’est une question

en

“qu'ils peuvent et doivent décider eux-mêmes ” (p. 136.) — “ Libre en ‘ tout temps aux électeurs des Dominions d’ordonner, par leurs repré- ‘“sentants élus, à leurs propres gouvernants d’assumer la responsabilité ‘“ des questions de paix et de guerre. Il suffit d’un trait de plume, d’une “ simple notification à toutes les capitales étrangères et à Londres ” (p. 242.)

Il rappelle qu’en 1883, le Queensland annexa la Nouvelle Guinée, qu’en 1910, la Nouvelle Zélande voulut fermer ses ports aux navires de commerce du resté du monde — britanniques ou étrangers. Le gouvernement impérial frappa de son veto ces actes ultra-impériaux. ‘“ Mais “ si le Queensland et la Nouvelle Zélande avaient persisté ” dans leur détermination, elles n’auraient eu qu’à “ notifier leur indépendance aux “ puissances étrangères ” (p. 79.)

Du fait que les colonies autonomes sont restées volontairement dans l'Empire, M. Curtis tire l’argument qu’elles ont un commun intérêt à :a sécurité générale (p. 73) ; mais il confesse loyalement que le gouvernement du Royaume-Uni a maintes fois reconnu son obligation exclusive de défendre toutes les parties de l'Empire, sans que les colonies aient jamais contracté d'engagement réciproque (pp. 84 et 85). Il dépasse cependant la mesure en disant que cette question n’a jamais fait “l’objet d’un marché ou d’un contrat”. C’est l’une des rares erreurs de fait de cette remarquable étude. J’ai démontré à l'évidence, je crois, que les obligations respectives de la Grande Bretagne et du Canada ont fait,

-en 1854 et 1865, l’objet de deux ententes explicites, qui sont de véritables

traités 1. Ces traités, le dernier surtout, et la correspondance qui les a précédés et suivis, ont défini, en termes catégoriques, les principes de droit et d'équité qui excluent les colonies de toute obligation de participer à la défense générale de l'Empire.

En tout cas, et c’est ce qui importe, M. Curtis reconnaît hautement que les colonies étaient “libres comme l'air d'accorder ou de refuser toute contribution” à la défense navale de l’Empire (p. 86.)

Telle était la situation lorsque la guerre actuelle a éclaté. ‘“ Les Do- “minions étaient pour le moins aussi éloignés que les Etats-Unis du “théâtre du conflit ; et, en se déclarant neutres — déclaration que l'en- “ nemi aurait reconnue avec la plus grande joie, — ils auraient pu se “placer dans la même situation [que les Eiats-Unis] ” (p. 3.)

Trahison ! Les hérauts de l’Empire vont-ils réclamer la suppression de la Round Table et la corde pour l’auteur de ces déclarations séditieuses ?.

Plus loin, M. Curtis répète, en la précisant, cette même affirmation. 11 reconnaît que le gouvernement de l’Union Sud-africaine aurait pu se déclarer neutre ; “ mais pour rendre cette déclaration effective (to sub-

1 Que devons-nous à l'Angleterre? — Montréal, 1915.

“ stantiate), il lui aurait fallu demander à l'Allemagne de l’accepter, de- “ mande qui eût été agréée avec empressement ” (p. 92).1

“Une attitude plus facile encore ”, Pour toutes les colonies autonomes, “eût été de se borner à défendre leurs propres territoires contre “toute tentative de violation de la part de l’ennemi ” (p. 3).

Naturellement, M. Curtis se réjouit fort de l’empressement des colonies à “oublier toutes ces idées”, et de l'enthousiasme qui les a entrai. nées dans la guerre. Mais sur le utoit absolu des colonies de rester neutres, ou de limiter leur participation à la défense de leurs territoires respectifs, il n’élève pas plus de doute que sur leur droit également absolu de décider de leur avenir : indépendance, association impériale ou toute autre forme ou degré de nationalité. ‘C’est, du reste, la doctrine universellement reconnue et enseignée, en Angleterre, depuis plus de cinquante ans.

La guerre a renversé l'ordre établi — Reconstitution nécessaire.

En prenant part, volontairement, à cette guerre qui ne concernait qu’indirectement la plupart d’entre eux, les pays d’Empire “ ont changé “radicalement la nature de leurs relations mutuelles. Avant la guerre, “ dans aucun [de ces pays], sauf les Iles Britanniques, la défense com- “mune ne constituait la première charge du buäget public... Le peuple

“ du Royaume-Uni avait seul assumé la responsabilité des questions de.

“paix et de guerre. La paix faite, la première de ces conditions ne pour- “ra guère revivre, et ne Pourra certainement pas durer. De toute évi- “ dence, les libertés préservées ne pourront être maint-nues dans lPave- “ nir, à moins que le fardeau [de la défense commune j ne soit accepté “comme la première charge du budget, non plus seulement de l’une des “ nations libres de l’Empire, mais de toutes, et ce, en temps de paix com- “ me en temps de guerre2.... Les ministres impériaux seront forcés “ de confesser qu’ils ne peuvent à l’avenir assurer l’inviolabilité de l’'Em- “pire, à moins que le coût [de la défense] ne soit partagé d’apres un “principe d'égalité entre toutes les communautés dont la liberté est en “jeu. * Les relations financières qui existaient entre ces Pays, en temps “ de paix, avant la guerre actuelle, ne seront plus possibles, si la paix à “venir doit durer. Les faits acquis les auront rendues impossibles; mais “alors, dès que ceci sera admis, l’on constatera que les relations finan-

1 Il est intéressant de rapprocher cette déclaration de celle que faisait M. Hughes, premier ministre d'Australie, lors de son passage à Ot. tawa, en février dernier: “ Les Allemands étaient prêts à traiter le Cana-

2 ,..in peace as well as in war ” — en italiques dans le texte.

“ cières entre la plus ancienne de ces nations et les autres ne peuvent être “modifiées sans que leurs relations politiques soient également modt. ‘fiées ” (pp. 7 et 8).

L'établissement et la perception des impôts, l’appropriation et le contrôle (au sens anglais de ces mots) des deniers publics, sous l’autorité immédiate du parlement élu par les contribuables, constituent l’essence du régime britannique.

La défense impériale comporte un budget impérial. Si les colonies contribuent à l’une, elles doivent également contribuer à l’autre. Elles ne tolèreront pas longtemps que ce budget reste à la discrétion d’un exécutif responsable au parlement britannique, élu par les seuls contribuabies du Royaume-Uni. Cette idée maîtresse revient à chaque chapitre de l'étude de M. Curtis.

Dès avant la guerre, la nécessité d’un changement paraissait évidente. La guerre l’a rendu inévitable. Les colonies elles-mêmes vont réclamer le partage de l’autorité impériale, A preuve, l’auteur cite les paroles de sir Robert Borden, de sir Clifford Sifton, de M. Andrew Fisher, Haut- Commissaire d’Australie. Celles-ci, prononcées en janvier 1916, sont topiques: “ Si j'étais resté en Ecosse, j'aurais pu interroger (heckle) “mon député sur la politique impériale et voter pour ou contre lui sur ce “terrain. J'ai émigré en Australie. J'y suis devenu premier ministre, “ Jamais je n’ai eu un mot à dire sur la politique impériale — pas un seul ‘mot. Cela ne peut durer. Un changement s'impose ” (p. 10).1

Abjecte situation des colonies

Si les colonies ne réclament pas ce changement, elles perdront leur dignité de nations britanniques. Sous le régime de la neutralité coloniale, elles ne portaient pas le fardeau impérial, parce qu’elles avaient volontairement laissé à l’Angleterre l'autorité exclusive en tout ce qui touche aux relations extérieures de l’Empire. Mais, en participant à la guerre actuelle, elles ont renversé le vieil ordre de choses; avant d’avoir réclamé et reçu la moindre part de l’autorité impériale, elles ont accepté et mis en pratique, avec une intensité qui eût fait bondir d'horreur nos ancêtres, le principe de la solidarité des charges impériales. Qu’en est-il résulté? “ Dans ces questions de paix et de guerre, — le premi-r, le plus grand et “le plus général (comprehensive) de tous les intérêts publics — les Sud- “Africains sont soumis en fait et en droit à un 8ouvernement dont le “ siège n’est ni à Pretoria ni à Capetown, mais à Londres. Et il en est de “même pour les Canadiens, les Australiens et les Néo-Zélandais... ls

1 Ces dernières paroles sont celles que M. Bonar Law, ministre des Colonies, a répétées, mot pour mot, dans son discours du 13 septembre cité plus haut. Si son volume avait paru quelques semaines Ex ! M. Curtis aurait pu ajouter le Le e de M. Hughes, premier ministre

actuel d'Australie. On se rappelle eur et la netteté de ses déclarations à Londres. :

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” peuvent administrer leurs affaires domestiques, réglementer leur com- ‘“ merce, créer des armées de terre et de mer, en un mot, faire tout ce qui “leur plaît, — excepté d'essayer de toucher aux questions suprêmes dont “ dépendent leur vie ou leur mort nationales. Ces questions, dès qu’elles “se posent, restent à la merci d’un gouvernement dans lequel ils ne sont “ pas plus représentés que les peuplades de l'Inde, de l'Egypte ou de Fiji. “ En tout ce qui touche aux suprèmes intérêts nationaux (first, last and “greatest of all national interests), ils ne constituent pas des possessions ‘autonomes (self-governing Dominions), mais de simples dépendances. “ Aucun homme réfléchi (no thinking man) ne peut envisager ce résultat “et croire que des Pays comme le Canada et l'Australie peuvent continuer “longtemps à accepter cette situation ” (p. 93). - C’est exactement ce que disait, en 1910, sir Robert Borden: “1 do not think that such woutd “ be a tolerable condition. 1 do not believe the people of Canada would “for one moment submit {o such a condition ” 1.

Sous l’empire de la peur et de l'enthousiasme de la guerre, et aussi grâce au ‘ concubinage” des deux grands partis, le Canada s’est placé dans une situation infiniment plus “intolérable” que celle prévue par M. Borden, en 1910. Comme tous les hommes doués de raison, M. Curtis pressent qu'après la guerre, la réaction sera violente et profonde. M. Borden lui-même a prévenu les autorités impériales, en plusieurs circonstances, de ce qui les attend au lendémain de l’orgie sanglante.

C’est ce lendemain que les 8roupes de la Round Table veulent préparer.

Nationalisme et Impérialisme

M. Curtis admet franchement que l'indépendance serait la solution “la plus simple” (p. 128) — et c’est Pour cel& :ntre autres motifs, que nous la voulons; — mais il croit que la majorité des habitants des divers pays d’Empire veut conserver la nationalité britannique (mais pas anglaise). Il a probablement raison — pour l'instant, 11 faut donc, à son avis, chercher la solution dans la seule autre alternative possible : une combinaison du double principe de l’autonomie locale et de la nationalité britannique.2 En d’autres termes, il veut adapter le nationalisme

cité qu’il a mise à l’exposition des faits acquis et des principes fondamentaux de l’ordre public, en toute terre britannique.

1 Debates House of Commons, 1910-11, col. 227-8,

2 “Nationalité” est pris ici au sens politique du mot. M. Curtis emploie généralement, dans ce sens, le mot citizenship. Ce qu’il désigne par nationality, c’est le caractère national propre au peuple de chacun des pays d’'Empire.

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Avec Chamberlain, lord Grey, lord Milner, avec tous les chefs de l’école impérialiste, M. Curtis pose en principe qu'aucune forme nouvelle de constitution impériale ne doit restreindre l’autonomie locale que les colonies possèdent et exercent actuellement, ni entraver le libre développement du caractère particulier de chacun des pays d’Empire.

Après avoir rappelé brièvement les caractéristiques principales des autres Etats fédérés : Etats-Unis, Allemagne, Autriche-Hongrie, Suisse, etc., il ajoute : “ L'Empire britannique (British Commonwealth) se dis- “tingue de tous ces Etats par le fait qu’il se compose de territoires qui, “au lieu d’être contigus, sont aussi épars qu’il est possible à un nombre “ égal de territoires de l'être sur la surface du globe. Jusqu'ici, l’on a “ réussi à unir ces pays comme autant de parties d’un seul Etat interna- “ tional; et l’on y est parvenu en abandonnant sciemment toute idée de les “unir comme les éléments d’une seule nation. Tout le système ‘repose sur l'acceptation du principe (assumption) que le Canada, “l'Australie, la Nouvelle Zélande et l’Afrique-sud sont libres de dévelop- “per chacun un nationalisme particulier, aussi distinct du nationalisme “ anglais que le nationalisme anglais est différent du nationalisme amé- “ ricain ” (p. 55).

Cette vérité élémentaire n’est pas seulement exacte en droit constitutionnel britannique : c’est la caractéristique essentielle des jeunes pays. Il serait aussi inutile que pernicieux de vouloir entraver cette tendance naturelle. “Les habitants de tous les pays nouveaux aspirent à “une nationalité qui leur soit propre ; et cette ambition est éminem- ‘ment juste. C’est un instinct salutaire (healthy) qui les porte à mé- “priser [les peuples] qui n’ont pas d’ambition plus élevée que celle de ‘“ reproduire en eux-mêmes une nationalité formée dans les conditions “ d’une terre lointaine et d’un climai différent.”........ “Le Royaume- “Uni, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique-sud sont “ aussi isolés les uns des autres qu’il est possible de l’être. Isolés socia- “ lement, leurs populations respectives vont développer, quoi qu’il arrive, “ des caractéristiques distinctives. Leur individualisme propre va 3e “ calquer de plus en plus sur leur situation particulière. Il en résultera “des nationalités différentes, nettement accentuées ; et, par bonheur, “aucune puissance terrestre ne peut maintenant entraver cette évoln- “tion. Toute tentative d'imposer au monde le nationalisme britannique “aurait été vaincue par la nature elle-même, aussi sûrement que va l’être “ l’effort du nationalisme allemand [pour s'imposer] ” (pp. 68, 69, 70).

Ne croirait-on pas lire un résumé de tout ce que les nationalistes canadiens — les vrais, qui le sont restés — ont dit, écrit et répété depuis tantôt ving* ans ?

Naturellement, en terre britannique, nationalité et self-government sont inséparables. Pas de nationalité sans autonomie ; pas d’autonomie sans nationalité distincte. Les éléments essentiels du self-government sont, on l’a vu : l’irresponsabilité du souverain : la double responsabilité de l’exécutif au parlement et du parlement au peuple : enfin, et surtout, l'exercice immédiat de tous les pouvoirs nationaux. Jusqu'ici, les colo-

niaux n’ont jugé à Propos d’exercer que les Pouvoirs de régie interne. “Ils élisent le Parlement qui gouverne leurs affaires intérieures mais “non le parlement qui gouverne leurs: affaires étrangères. Pour com- “ pléter le gouvernement responsable, ils doivent élire des députés aux “ deux parlements ” — comme l'Irlande ferait si le Home Rule était appliqué tel que voté — “ou confier la direction de leurs affaires étran- “g8ères au parlement qu’ils élisent actuellement ” (p. 17.) En d’autres termes, les colonies doivent opter entre l’indépendance absolue ou le partage de la souveraineté impériale avec le Royaume-Uni. /1 n’y a pas d'autre alternative (pp. 154, 209-16, 215).

Dangers qui menacent l'autonomie coloniale

Si les colonies se dérobent à leur devoir, si elles refusent de faire leur choix, elles ne tarderont pas à voir entamer l’autonomie restreinte qu’elles exercent aujourd’hui. “ Des citoyens qui ont véritablement ac- “quis la capacité de se 9ouverner tendent à la perdre s'ils ne l'exercent “en entier” (p. 20).

pités depuis deux ans. Qui eût pensé, au temps de Cartier et de Macdonald, qu’un jour viendrait où le Canada lèverait et entretiendrait pour le compte de l'Angleterre, en Europe, une armée d’un demi-million d'hommes ei qu’il en abandonnerait la direction complète, absolue, à des

Qui eût pensé, il ÿ a cinq ans seulement — sauf quelques songe-creux nationalistes — qu’en 1914, le gouvernement britannique saisirait toute la flotte de commerce du Canada, déterminerait la quantité et la qualité de nos exportations, dicterait au 8ouvernement fédéral, transformé en simple bureau exécu‘if du 8ouvernement impérial, non seulement les mesures de guerre, mais aussi une foule de mesures d'ordre purement adminis-

“ Sur le papier, l’autonomie [des colonies] dans les questions d’inté- ‘“ rêt local est restée, comme auparavant, ‘ absolute, unfettered, and com- “plete’1. Mais en pratique, les nécessités de la guerre ont modifié pro- “ fondément cette situation. Des projets de développement ont avorté, “ des plans de réforme sociale ont été suspendus ; et les habitants des “ colonies ont découvert tout à coup que les questions de paix et de guerre “constituent un intérêt qui domine tous les autres. Ils ont constaté que “tant qu’ils n’auront pas d’autorité sur ces questions, leur autorité sur “ toutes les autres questions est purement provisoire ” (p. 110).

Si les coionies veulent à la fois rester dans l’Empire et conserver leur dignité de nation autonome, elles doivent donc réclamer et exercer la mêrie autorité que le Royaume-Uni sur la politique étrangère, sur la flotte

1 Paroles de M. Asquith à la Conférence impériale de 1911.

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