‹ Le Problème de l'Hérédité des Caractères acquisChapitre 18 sur 20 · LES FAITS EXPÉRIMENTAUX · texte numérisé non relu

LES FAITS EXPÉRIMENTAUX

Les faits d'observation concernant l'hérédité des caractères acquis sont tous sujets à caution à cause de leur caractère fortuit et leur survenance irrégulière, en quelque sorte accidentelle. On a donc essayé d'aborder expérimentalement l'étude de ce problème. Nous pouvons dire dès maintenant que les résultats de ces travaux expérimentaux est entièrement négatif. Aucun d'eux n’a pu résister à une critique systématique. On a l'impression qu'il y à un facteur qui nous échappe, un facteur que le hasard réalise quelquefois, mais que l’expérimentateur n'arrive pas à mettre en œuvre.

Nous n'insistons pas sur les expériences réalisées sur des végétaux. (Citons seulement les expériences de Schubeler sur des céréales d'Allemagne transplantées dans les pays scandinaves, Certaines plantes de celte catégorie se développent en Allemagne en 100 jours, mais lorsqu'on les transplante

en Norvège, elles ne mettènt que 95 jours. Or, les descendants de ces plantes replantés en Allemagne conservent ce développement rapide. L’objection qu'on a fait à ces expériences est l'intervention d’une sélection par le climat, éliminant les plantes qui ne peuvent se développer vite.

Nous citerons surtout les célèbres expériences de Brown-Séquard sur l’épilepsie expérimentale du Cobaye. On sait que cet auteur arrive à produire des crises convulsives expérimentales en sectionnant soit le sciatique soit un côté de la moelle chez ses animaux. Or, il a remarqué que dans la descendance des animaux ainsi traités, on a observé un grand nombre d'épilepsies spontanées, sans qu’on ait sectionné quoique ce soit. Il s'agirait donc de l’hérédité d’une épilepsie acquise. Ces expériences ont été reprises par un grand nombre d'auteurs, mais n’ont jamais été confirmées. Westphal, Obersteiner, Guyénot, etc., n’ont obtenu que des résultats incertains. En 1910, Wroszek à montré que l’épilepsie spontanée est très fréquente chez le cobaye et il en a trouvé davantage dans un lot témoin que dans la descendance d'animaux atteints de lépilepsie de Brown-Séquard.

Pawloff a cru trouver chez la souris une hérédité de réflexes conditionnels acquis. On commen- Ççait par accompagner l'offre de nourriture par un

certain nombre de son elochettes. Plus tard, les animaux accouraient lorsqu'ils entendirent les clochettes. Or, dans la descendance des animaux chez lesquels on a établi ainsi des réflexes conditionnels, on a pu provoqur des réactions par les mêmes sons. Dans ces expériences, il semble s’agir également d’une sélection d'animaux de plus en plus intelligents, chez lesquels les réflexes conditionnels s’établissent plus vite.

Mentionnons encore les expériences de Guyer et Smith qui sont intéressantes au point de vue de l’hérédité de l’immunité acquise. Ces auteurs ont produit chez la poule une immunité anticristalline en injectant à ces animaux un broyage de cristallin de lapin. Les poules ont eu ainsi dans leur sérum un anticorps qui lysait les cellules du cristallin. Le sérum des poules ainsi immunisés a été injecté à des lapines pleines et l’on a constaté alors la naïissance d'un certain nombre de petits avec des malformations cristallines. Malheureusement, ces expériences n’ont jamais pu être vérifiées.

Il en est de même des travaux de Kammerer qui ont soulevé un grosse émotion dans les milieux qui s'occupent de ces questions. Cet auteur serait arrivé à réadapter le Protée des grottes de Carniole à la vie au soleil. Ces animaux vivant dans l'obscurité sont dépigmentés et leurs yeux sont presque com-

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plètement atrophiés. Or, en les faisant vivre à la lumière Kammerer a réussi à les repigmenter et à provoquer le développement complet des yeux. Remis dans les grottes, les descendants de ces animaux ont continué à garder leur pigmentation et leurs yeux.

Malheureusement, une Commission internationale chargée du contrôle de ces expériences, y a découvert des supercheries. Kammerer s’est suicidé lorsqu'on a découvert la nullité des faits qu’il a cru mettre en évidence.

Il n'existe donc aucun fait expérimental qui permette d'affirmer l’existence de l’hérédité des caractères acquis, Tout semble donc indiquer qu'on n’a pas su jusqu'ici se mettre dans les conditions expérimentales nécessaires pour réaliser ce phénomène dont l'existence est cependant absolument nécessaire à la compréhension des processus d’évolution et aussi à celle de beaucoup de faits pathologiques.

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