‹ Le Problème de l'Indépendance Économique de la PologneChapitre 13 sur 31 · A SAR · texte numérisé non relu

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centrale de l’ancienne Pologne qui, au lendemain de 1831, tombe sous la domination absolue de la Russie,

Constatons d’abord que les principes, dont s’inspire

à son égard la politique économique du gouvernement russe, ne sont certes pas pour favoriser le développement de cette région. L'orientation de cette politique, adaptée à la structure primitive de l’économie russe, encourage tout particulièrement l’agriculture ainsi que la production des matières premières. Ce n’est pas dire qu’un degré égal de protection gouvernementale soit accordé à toutes les catégories d’intérêts économiques en cause: dans le cadre du système qui a son centre de gravité à Pétersbourg, les intérêts de la population russe subissent un traitement préférentiel au détriment des intérêts vitaux que représentent les provinces polonaises de l’Empire.

Ainsi — la politique, destinée à encourager la production agricole de la Russie centrale et méridionale donne des effets nettement préjudiciables à l’agriculture polonaise. Par suite de l’application de tarifs différentiels, dont la construction ingénieuse favorise les transports à destination lointaine, — le blé russe, produit d’une culture extensive et partant moins coûteuse, viendra concurrencer le blé polonais, obtenu à un prix de revient plus élevé.

Cette concurrence entraîne fatalement un recul sensible de l’agriculture polonaïse qui n’est plus en mesure de satisfaire aux besoins alimentaires du pays: celui-ci devient tributaire de l’Empire russe en matière de céréales panifiables, dont les importations atteignent la valeur annuelle d’environ 10 millions de roubles or. Ce chiffre significatif constitue un indice révélateur du

malaise chronique, affectant la production agricole de la Pologne russe.

Il en sera de même de la politique douanière russe. Afin d'encourager la mise en valeur des ressources naturelles qui font la richesse de la Russie, le gouverne-

ment de St-Pétersbourg aura recours à des droits d’en-

trée très élevés, dans certains cas prohibitifs, qui viendront frapper les principales matières-premières d’origine étrangère (26).

Cette orientation, par trop unilatérale, de la politique douanière, favorisant la production des matières premières au détriment des industries de transformation, ne manquera pas de produire ses effets nuisibles: le Royaume du Congrès, incorporé au système douanier russe, aura à subir tout leur poids. Le haut niveau des prix de certaines matières premières (minerai de fer, coton brut), conséquence inévitable des droits de douane à tendance prohibitive, pèsera lourdement sur les conditions générales, au milieu desquelles évoluent les deux industries qui ont pris naissance avant le moment de l’incorporation du Royaume de Pologne à l’Empire : l’industrie métallurgique et l’industrie du coton.

Les conséquences nuisibles de la dépendance politique ne s'arrêtent pas là. D’autres obstacles, et non moins sérieux, embarrassent la voie du progrès économique de la Pologne russe. Les besoins impérieux du pays en ma-

(26) Le droit de douane, frappant le minerai de fer, se monte à 0,105 roubles or par 1 poude (= 16 kgs), ce qui équivaut. à lune taxe de 175 % ad valorem. Le droit sur le icoton brut a été fixé, en 1908, au niveau de 4 roubles or par 1 poude. Par suite de cette mesure (inspirée par le désir d'encourager la culture du coton à Turkestan) le prix du coton brut à Lodz dépassait d’environ 40 % le niveau

moyen à l’étranger.

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