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tière de communications sont en souffrance. Le gouvernement de St-Pétersbourg, dominé par les conceptions stratégiques de l’Etat major russe, traite la rive gauche de la Vistule (partie occidentale du Royaume du Congrès, où se trouve située la région industrielle) comme «€ glacis » militaire : il vise à y créer un ensemble de conditions matérielles de nature à retarder, le cas échéant, l’invasion des armées ennemies. Dans les limites de cette zône, prédestinée au rôle de théâtre d'opérations défensives, toute voie de communication semble offrir à l'envahisseur éventuel des facilités de marche qui augmentent ses chances. Aussi le programme des construc: tions nouvelles dans le domaine de la grande voirie sera-t-il réduit au minimum. On ira jusqu’à paralyser l'initiative privée qui, pour le bien du pays, cherche à se substituer, en quelque sorte, à l’action délibérément négligée des autorités administratives russes.
Voici de principe. Quels en sont les résultats ? Du. rant un quart de siècle (1847-1870) pas une seule chaussée n’a pas été construite sur le vaste territoire du Royaume du Congrès. Les voies existantes sont en très mauvais état. Le réseau ferroviaire, constitué — pour ainsi dire — en marge des préoccupations de politique économique (— nombre de lignes ont un caractère stratégique —) est loin de pouvoir satisfaire aux besoins du pays. Les voies ferrées, les plus indispensables à l’essor de sa vie économique, font défaut. Lodz — grand centre de l’industrie textile devra attendre jusqu’à 1866, avant d’obtenir la jouissance ‘des bénéfices que procurent les chemins de fer. Est-il besoin d'ajouter, que les insuffisances du réseau ferroviaire qui se manifestent dans
les limites de la Pologne russe ralentissent le rythme de son activité économique ? (27).
Il n’y a pas lieu de s'étonner que les dépenses, parcimonieusement calculées, qu’affecte à ses provinces polonaises l’Empire russe, restent sensiblement inférieures au niveau des recettes, qu’en retire son fiscalisme exigeant. Victimes d’une exploitation fiscale, les provinces en question réalisent de ce chef dans le budget de l'empire un solde actif net dont la valeur annuelle, à la veille de la guerre, à été estimée à 90.000.000 de roubles or (soit environ 240.000.000 francs suisses). Si l’on y ajoute l’action de certaines mesures administratives, qui — pour ne citer qu’un exemple — imposaient aux caisses d’épargne, existant dans le pays, l’obligation de placer en valeurs russes les produits de leurs dépôts (28), on arrive à une conclusion intéressante: la Pologne russe, souffrant d’une anémie chronique de capitaux, devenait — sous la pression des circonstances — un pays exportateur de capitaux. Nul doute, que le tribut annuel qu’elle était obligée de payer à la Russie réduisait en proportion ses disponibilités bien maïgres.
Malgré les difficultés que nous venons de signaler la province qui, jusqu’à 1831, formait une unité autonome dans le cadre de l’Empire russe (le Royaume du Congrès) parvient à réaliser de notables progrès dans le do-
(27) Dans la partie occidentale de la Pologne russe (l’ancie Royaume du Congrès) il n’y aura pas, à la veille de la guerre, plus de 3,3 km. de voies ferrées sur 100 km? de superficie ; la partie orientale est encore plus négligée à cet égard : le chiffre de 2,6 km. sur 100 km? de superficie donne la mesure de la densité minime de son réseau ferroviaire,
(28) Kempner, op. eit., v. I, p. 327. ;
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maine économique. Les influences adverses qui s’exercent à son détriment retarderont son évolution économique: elles ne sauront pas enchaîner les forces productives du pays. Les bases de l’activité économique, que le gouvernement autonome disparu était parvenu à consolider d’une manière durable résisteront aux dures épreuves qu’entraînera fatalement le désastre de 1831. Au lendemain de la catastrophe les tendances constructives, s’affirmant avec une énergie remarquable, tiendront tête aux mesures oppressives, destinées à briser l’essor économique de la nation vaincue (tels les droits bien lourds qui, après 1831, viendront frapper les exportations des produits polonais à destination du marché russe). La Banque de Pologne, dernière survivance du régime libre, dont elle fut la création, sera désormais le foyer de la résistance économique : dépositaire des traditions d’une politique constructive qui avait assuré le progrès remarquable du Royaume, elle cherchera à remplacer, en quelque sorte, dans ses fonctions organisatrices le gouvernement disparu. Son activité persévérante sauvera de la ruine nombre d’entreprises industrielles, existant dans le pays. Dans les limites un peu étroites, que lui assignent ses disponibilités, la Banque trouvera moyen d’alimenter les nouvelles branches d’industrie qui naissent à la vie. Après la liquidation de la Banque, décrétée par le gouvernement russe (1878), les banques privées seront déjà assez fortes pour pouvoir assurer la direction du mouvement économique qui va se frayer un chemin à travers les difficultés, que comporte la situation politique du pays. En 1850 le gouvernement de St-Pétersbourg fera tomber la frontière douanière, séparant de l’Empire l’an-
Len À
cien Royaume du Congrès. Cette mesure qui vise l’in-
corporation complète de la région polonaise dans le système économique russe nè sera pas sans présenter certains avantages. Par suite de l’abolition des tarifs inté-
rieurs — les perspectives lointaines du vaste marché russe vont s'offrir à la production industrielle du Royaume.
Certaines branches d'industrie qui sauront s’adapter à la situation nouvelle y trouveront leur profit. Ainsi l’industrie textile de Lodz, assurée des larges débouchés, qu’elle saura conquérir, va augmenter le volume de sa production cotonnière au point de devenir un concurrent vraiment dangereux pour le centre textile de Moscou. Celui-ci ne se lassera pas de demander au gouvernement des mesures de protection qu’on ne tardera pas à lui accorder sous la forme d’un traitement de faveur.
Dans certaines autres branches (industrie du cuir, industrie des machines et des constructions mécaniques, industrie du sucre) la production accuse des progrès considérables qui témoignent de la force d'organisation de l’industrie et de sa faculté d'adaptation aux conditions du nouveau milieu économique.
Cependant, malgré les résultats obtenus dans le domaine de l’industrialisation, la Pologne russe est encore loin d’un état normal, qui puisse lui permettre de réaliser les possibilités du développement dont elle est susceptible. Le mouvement ascensionnel de la production industrielle s'oriente dans quelques directions principales, que déterminent les besoins du vaste marché russe. Les autres voies d'évolution industrielle, que semblent indiquer au pays ses ressources en matières
premières, seront plus ou moins négligés. Le tableau économique du pays offre à cet égard quelques contrastes saisissants. Tandis que — pour ne citer qu’un exemple — l’industrie textile, qui associe le travail national aux matières premières étrangères (la laine russe et anglaise, le coton américain et celui du Turkestan) conquiert les marchés orientaux, la grande richesse naturelle du pays: le bois s’en va à l’état brut — pour : alimenter les usines allemandes. A proximité de la ligne frontière russo-allemande on voit se former des centres industriels importants (29), qui doivent leur essor à l’affilux abondant du bois brut, que la Pologne russe, détentrice de cette matière première, n’est pas à même d’ouvrer par ses propres moyens.
Le nombre considérable d’émigrés qui, chaque année, sont obligés de quitter le pays (30) constitue un indice, révélateur des maux chroniques qui affectent l’organisme économique, dont la structure est mal équilibrée et par trop uniforme.
(29) Les scieries, concentrées dans la région de Bromberg (= Bydgoszez, actuellement dans les limites de la Pologne) ; les grandes fabriques de pâte à papier — en Prusse orientale. |
(30) Durant la période de 18 ans (1897-1914) le nombre d’émigrés qui sen vont en Amérique atteint 700.000. IT faut y ajouter le chiffre de 350.000 que représentent les masses ouvrières mobilisées, chaque année, par les mouvements saiïsenniers (l’émigration saisonnière — à destination de l’Allemagne). Un autre courant, de moindre intensité, se dirige vers les régions industrielles de la Russie. On évalue à 600.000 le total des pertes qu'a subies de ce chef la Pologne russe durant une période de 50 ans.