‹ Le Problème de l'Indépendance Économique de la PologneChapitre 16 sur 31 · ET · texte numérisé non relu

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tique gouvernementale (Westphalie, bassin de la Rubr). De 1909 à 1913, c’est-à-dire au cours d’une période particulièrement prospère, la production de fonte accuse en Allemagne une augmentation de 50 %. Dans la même période la production de la Haute-Silésie n’augmente que de 17 %. La part que représente la Haute-Silésie dans la production allemande de fonte diminue en proportion : s'étant élevée à 15 %,. en 1871, elle ne sera que de 5 % en 1913 (32).

Placée dans une situation forcée qui gêne la liberté d’action économique, la Pologne n’est pas à même de mettre en valeur ses richesses. Nombre de ses ressources naturelles (tels les gisements de potasse) demeurent à l’état oisif sans concourir à la formation du revenu national. Faute d’une transformation industrielle qui puisse en extraire des avantages plus larges, certaines matières premières qui abondent en Pologne (tel: le bois) s’en vont à l’étranger à l’état brut. Cet exode des matières premières qui constitue à lui seul un indice révélateur d’une évolution industrielle ralentie, ne sera certes pas sans provoquer des conséquences autrement importantes.

Par suite de la lenteur du développement économique, l’accumulation de la richesse nationale en Pologne retarde sensiblement sur l’accroissement de la population. L'industrie, relativement faible, n'offre qu’un champ d'activité à limites étroites. L'agriculture — source principale du revenu social — fléchit sous le poids écrasant du problème démographique. Le morcellement excessif de la propriété foncière, conséquence inévitable de

(32) Wierzbicki André. Le problème de la Haute-Silésie, Varsovie, 1921, p. 18.

l'accroissement rapide de la population rurale, provoque le chômage — total ou partiel — de la main-d'œuvre agricole. La crise de surpeuplement qui en résulte finit par créer une situation d’autant plus difficile, que les agglomérations urbaines représentent une capacité d’absorption bien restreinte.

Sous la pression des circonstances, l’exode rural qui devient un phénomène chronique se dirige vers les pays industriels, dont l’évolution rapide augmente la demande de bras. Un courant d’émigration s’ébauche. Par la logique inexorable des choses — la Pologne, exportatrice de matières premières, se voit promue au rang des principaux exportateurs d'hommes.

Voilà ce que devient, dans la réalité des faits, la promesse solennelle de 1815 — « d'activer autant que possible la culture dans toutes les parties de l’ancienne Pologne, d’exciter l’industrie des habitants et de consolider leur prospérité ». Une autre obligation solennelle des Etats copartageants, également inscrite au traité de Vienne, devient, elle aussi, caduque. Malgré les stipulations expresses, destinées à assurer entre toutes les provinces polonaïises . (la circulation la plus illimitée de toutes les productions et produits du sol et de l’industrie de ces mêmes provinces... », les hautes murailles des tarifs douaniers se dressent le long des lignes des partages. Sous leur action l’ancienne unité économique de la Pologne se désagrège.

Enfermée dans les cadres des trois systèmes douaniers qui s’opposent les uns aux autres, l’activité économique des trois tronçons disjoints de la Pologne s’oriente dans des directions divergentes. Par suite de la disparition d’un centre de gravité commun, les tendances centrifuges l’emportent sur les tendances centripètes.

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Pour mettre en relief la justesse de cette proposition nous croyons utile de citer deux exemples particulièrement suggestifs.

Le premier est fourni par le pétrole. La Pologne russe a besoin de larges quantités de ce produit. À proximité se trouvent situés les bassins pétrolifères de la Galicie, dont la production annuelle, en 1909, dépasse le niveau de deux millions de tonnes (environ 5,2 % de la production mondiale). Mais la Galicie, bien que proche, est séparée de la Pologne russe par une chaîne de montagnes qui s’appelle: tarif douanier.

Résultat : les produits de pétrole, d’origine polonaise, n’ont pas d'accès au vaste marché que forme la Pologne russe. Celle-ci doit faire venir le pétrole de la péninsule de Bakou, que sépare de Varsovie une distance d’environ 3.000 km. (Ajoutons, entre parenthèses, que la valeur annuelle de ces importations dépasse, en 1913, 38 millions de francs or).

Autre exemple: l’industrie textile de Lodz, dont nous avons signalé l’essor rapide éprouve un besoin impérieux de débouchés extérieurs, le marché local étant par trop restreint pour absorber sa production croissante. Les deux autres provinces polonaïises sont là, avec tout leur pouvoir d’achat qui n’est nullement négligeable. Cependant, entre le producteur polonais et ses acquéreurs éventuels s’élève la haute muraille douanière qui rend leurs communications difficiles, sinon impossibles. Pratiquement ni la Galicie qui s’habille à Vienne, ni la Posnanie qui fait ses achats à Berlin ne sont à la portée de Lodz. On obtient une situation paradoxale: tan-

(33) er op. cit., t. II, p. 370

dis que les produits textiles de Lodz conquièrent des débouchés lointains (— à l’intérieur du vaste Empire russe et même en dehors dé ses frontières asiatiques —), les ‘deux parties intégrantes de ce qui constituait autrefois un marché unique sont submergées par les produits allemands et autrichiens.

Si maintenant nous cherchons à mesurer en chiffres la force de ces tendances centrifuges, dont nous avons touché les effets, nous arrivons aux résultats suivants :

Les chiffres, représentatifs de la valeur des importations que font, à la veille de la guerre, les trois parties intégrantes de la Pologne — donnent un total imposant : environ 6.106,1 millions de zlotys (valeur actuelle) par an. Les importations, provenant des territoires polonais (c’est-à-dire les importations de la Pologne russe, provenant de la Pologne autrichienne et allemande etc...) n’y figurent que pour un chiffre médiocre : 500 millions

de zlotys, soit 8,2 % des importations globales. Les importations à provenance des pays autres que les Etats copartageants dépassent à peine ce chiffre: 516 millions de zlotys (8,5 % de la valeur globale des importations), ce qui prouve que la Pologne, privée de communication avec le monde extérieur, est un client bien médiocre pour tous ceux qui ne sont pas maîtres de son territoire. Seuls — les bénéficiaires des partages — ont une part léonine aux importations de la Pologne démembrée : 5.089,3 millions de zlotys, soit 83,3 % de la valeur globale. ‘

Même tableau aux exportations. Sur un total de 7.349,7 millions de zlotys les exportations à destination des autres provinces polonaises s'élèvent également à

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500 millions, soit 6,8 % du chiffre global. Les exportations vers tous les pays, autres que les trois Etats copartageants se montent à 581 millions (7,9 %). Le reste qui représente une valeur massive des exportations : 6.268,7 millions (85,3 % du chiffre global) — est absorbé par les marchés des Etats copartageants (34).

Retenons bien ces chiffres: 8,2 % aux importations et 6,8 % aux exportations. Ils nous donnent la mesure exacte de la faible intensité des échanges réciproques, que se font les parties intégrantes d’une unité économique disjointe. |

Et partant, à travers les lignes de partages, doublées de frontières douanières, s’affirment certaines tendances centripètes qui vont travailler désormais à la reconstitution de cette unité. On dirait que la force de gravitation nationale commence à s’exercer sur les parcelles d’un système détruit.

Rien de plus caractéristique à cet égard que l’exemple de la Haute-Silésie. Evincée d’une partie du marché intérieur allemand que lui disputent ses puissantes rivales (Westphalie et le bassin de la Ruhr), — elle se tourne délibérément du côté de la Pologne russe et autrichienne. Il suffit de noter qu’au cours des deux décades qui précèdent la guerre (1890-1911) la consommation du charbon silésien à Berlin accuse une régression assez sensible : 25 %. Durant cette même période les envois de charbon silésien à destination du Royaume de Pologne, aïnsi que ceux à destination de la Galicie

(34) Kwiatkowski E. (ancien ministre de l’industrie et du commerce). Rekonstrukcja gospodarstwa Polski (La reconstruction de l’économie polonaise). Varsovie 1929, pp. 23-24.

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croissent dans la proportion de 1: 7. Augmentation: 600 % (35).

Entre la Haute-Silésie et les autres parties de la Pologne s’établissent des échanges multiples. La Haute- Silésie les approvisionne en engrais artificiels. Elles lui fournissent en revanche les denrées alimentaires, nécessaires à la subsistance de sa population ouvrière. Malgré les frontières douanières, la Haute-Silésie fait venir des autres provinces polonaïises une quantité de céréales panifiables deux fois plus grande que le contingent, fourni par toute l'Allemagne. La quantité de pommes de terre importées est 3,5 fois et la quantité de viande de porc respectivement 4 fois plus grande que les chiffres, représentatifs des quantités, fournies par l’Allemagne. C’est donc la Pologne et non pas l’ Allemagne qui nourrit la Haute-Silésie (36).

Les liens d’interdépendance économique qui rattachent la Haute-Silésie aux autres parties de la Pologne se resserrent au point que, durant la guerre, les industriels de cette région viendront demander au chancelier de l Empire l’incorporation de la Pologne russe au Système douanier allemand.

Cette interpénétration croissante des provinces qui s'étaient éloignées les unes des autres constitue incontestablement un résultat positif, qu’il importe d’inscrire à l'actif du bilan.

Il nous reste à enregistrer un autre résultat, celuilà plus important, parce que plus général. Les forces productives de la nation, au lieu de fléchir sous le

(35) Éd A. Le problème de la Haute-Silésie, Varsovie ,1921! p (36) Ibid., Pa Fe

poids des conditions adverses, se redressent assez vite et croissent en intensité.

Au déclin de cette période plus que séculaire de dépendance politique la Pologne est incontestablement . plus forte et plus prospère, qu’elle ne l’était au lendemain de sa catastrophe. Sa volonté de vivre s'affirme dans tous les domaines. L'initiative privée qui semble braver les obstacles cherche à se substituer en quelque sorte aux fonctions de l’Etat, pour créer les conditions nécessaires au progrès (37). Les efforts constructifs, tendant à la constitution d’une industrie nationale, finissent par triompher des résistances, que leur opposent les conditions du milieu historique (38).

A la veille de la guerre la Pologne, visiblement retardée dans la voie de son évolution économique, voit diminuer la distance qui la sépare des nations plus avancées, parce que plus libres dans leürs mouvements.

(37) Mentionnons ici — à titre d'exemple — l’organisation de l’enseignement populaire dans la Pologne russe et autrichienne. Grâce aux efforts suivis, dûs à l’initiative privée, les deux provinces polonaises se couvrent d’un réseau d'écoles primaires et secondaires, entretenues par des associations privées. «

(38) Le Royaume de Pologne, placé dans des conditions relativement plus favorables que les autres parties de la Pologne réalise à cet égard des progrès remarquables. Pour en mesurer l’importance, il suffit de rapprocher deux chiffres significatifs : en 1876 — c’est-à-dire à l’avènement de l’ère d’une certaine prospérité économique — le “hiffre global d'ouvriers engagés dans la grande industrie du Rovaume n'excède pas 76.000. A la veille de la guerre — en 1910 — elle atteint le niveau de 400.000. Malgré cet accroissement la population ouvrière ne forme qu’un pourcentage assez faible de la population qui habite cette partie de la Pologne,

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La variété des ressources naturelles, dont elle dispose, la puissance démographique de la population, conjuguée avec ses aptitudes au travail, la persévérance des efforts constructifs qu’elle a su réaliser, la fermeté de l'initiative dont elle a fait preuve, enfin la persistance des forces centripètes, s’affirmant à travers les lignes des partages, — constituent autant de chances d’un développement économique prospère qui commencera le jour même où, par un heureux retour des choses, Ia nation divisée et opprimée se verra restituer à la fois l’unité et la liberté.

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