‹ Le Problème de l'Indépendance Économique de la PologneChapitre 21 sur 31 · ANNEE · texte numérisé non relu

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Pour mettre en relief la vraie signification de ces chiffres il suffit de les comparer aux indices, exprimant la vitesse du mouvement naturel dans d’autres pays. Or, cette comparaison nous amène à conclure, qu’avec son taux d’accroissement, variant de 14 p. 1.000 à 19 p. 1.000 Ia Pologne dépasse sensiblement la moyenne, enregistrée dans l’Europe d’après-guerre. La vitesse du mouvement naturel en Pologne est environ deux fois plus grande qu’en Allemagne (7,9 p. 1.000) et douze fois plus grande qu’en France (1,3 p. 1.000 (10).

L’accroissement de la population détermine, à la longue, l’offre de la maïn-d’œuvre. Ainsi nous sommes amenés à constater, que l’offre de la main-d'œuvre en . Pologne se trouve dominée, comme avant la guerre, par

un rythme accéléré.

(10) Les estimations ci-dessus ont été basées sur les données, relatives à l’année 1926. Voir à ce sujet : Aperçu de la démographie des divers pays du monde — publié par l'Office permanent de l’Institut International de Statistique, 1927.

Du côté de la demande sont survenus des changements importants: certains pays, largement importateurs de main-d'œuvre dans la période d’avant-guerre, se ferment plus ou moins à l’immigration polonaise.

Les Etats-Unis d’abord. Dominés par le souci d’assuver à leur population l’homogénéité ethnique, que menaçait l’afflux trop intense des éléments étrangers diffcilement assimilables, — ïils abandonnent, après la guerre, leur politique traditionnelle de & libre immigration » pour lui substituer le système restrictif du quota. Dans le cadre du système, introduit par voie législative, (Bill Dillingham de 1921 et Bill Johnston de 1924), le contingent d'immigration, alloué à chaque pays ne peut s'élever qu’à 2 % des personnes, nées dans ce pays, qui résidaient aux Etats-Unis en 1890 (la loi de 1921 avaît dit 3 % et 1910) (11). Conformément aux principes dont s’inspire cette législation, actuellement en vigueur, le chiffre total d’immigrants polonais, annuellement admis aux Etats-Unis, à été fixé à un niveau dérisoire: environ 6.000, ce qui constitue à peine 3 — 5 % du chiffre moyen d’avant-guerre. Une restriction aussi rigoureuse équivaut presque à la fermeture complète du terrain qui, durant plus d’un quart de siècle, absorbaït la majeure partie de l’émigration polonaise.

Un autre terrain d’émigration — l’Allemagne représente une capacité d'absorption fortement réduite par rapport à la période d’avant-guerre. Le chômage de caractère durable, qui y affecte de gros contingents de la main-d'œuvre, mettra hors de l’usine, dans les premières

1110 André Siegfried, Les Etats-Unis d’aujourd’hui, p.

années d’après-guerre, un grand nombre d’ouvriers polonais, engagés dans l’industrie allemande. Privés d’emploi, ïils s’en iront dans d’autres pays, pour la plupart en France qui les abrite par dizaines de milliers. L'agriculture allemande, il est vrai, s'ouvre comme avant 1914, à la main-d'œuvre polonaise. Cependant, en raison des possibilités d'emploi fort réduites qu’elle représente, le nombre d’ouvriers, qu’y envoie la Pologne, est loin d’atteindre le quart de l’effectif annuel d'avant: guerre. Ajoutons que cette émigration, qui prend un certain essor à la suite de la conclusion d’une convention spéciale polono-allemande (1926), — offre toujours un caractère purement saisonnier. En 1926 sur 44.000 émigrants polonais qui vont en Allemagne il y aura environ 836.000 retours; en 1927 — sur 69.000 il y en aura 39.000. En 1929 on comptera 85.000 émigrants qui se rendent en Allemagne, mais le chiffre de réémigrants sera encore plus considérable: 87.000. En 1929 les chiffres respectifs sont: 87.000 et 82.000. Refoulée par les obstacles de nature politique et économique que lui opposent ses anciens débouchés, l’émigration polonaise s’oriente vers la France, où, par suite de graves pertes en matériel humain, se fait sentir un besoin pressant de maïn-d’œuvre, absolument nécessaire à la reconstitution économique du pays. Dans les premières années, consécutives à l’armistice, ce courant d’émigration, presque inexistant avant 1918, accuse une grande intensité. Au cours de la période quinquennale 1920-1925 le chiffre global des immigrants polonais, qu’enregistrent les autorités françaises, dépasse 180.000. Il faudrait y ajouter l’effectif considérable d’ouvriers polonais, transmigrés de la Westphalie, qu’on évalue à

200.000. Dans les années suivantes les chiffres de l’immigration polonaise, réglés par le rythme de l’activité économique de la France, subissent des variations successives assez marquées. En 1926 l'immigration nette (entrées moins sorties) atteint le chiffre 62.000. Les années 1927 et 1928 marquent un recul très sensible : 12.000 et 22.000. L’année 1929 ramène le chiffre net de l’immigration au niveau très élevé: 73.000 (12). On le voit: ces chiffres sont considérables. Toujours est-il, que la France, malgré son besoin intense de main-d'œuvre étrangère, ne saurait, à elle seule, compenser la perte, totale ou partielle, des terrains, qui s’ouvraient largement à l’immigration polonaise d’avant-guerre.

Les autres pays, importateurs de main-d'œuvre étrangère, offrent, à l’heure actuelle, des possibilités assez réduites. Deux terrains classiques d'immigration — le Ca: nada et la République Argentine reçoivent au total 30 à 50.000 immigrants polonais par an. Malgré l’accroissement qu’il à subi dans les dernières années (1925-1929), cet effectif annuel atteint à peine le tiers du chiffre que représentait, avant la guerre, l’émigration polonaise aux Etats-Unis. Les autres terrains, ne jouant qu’un rôle relativement secondaire, ne sauraient rien changer à la situation (13).

(12) Annuaire Statistique de la , République Polonaise, 1930, p. 30.

(13) Parmi ces autres terrains, il convient de mentionner la Palestine, dont le dévelorpement économique, entravé par des obstacles sérieux. semble avoir décu les espérances que nourrissaient les militants du Sionisme. T’émigration en Palestine n’absorbe qu’une faible fraction de l’accroissement naturel de la population juive qui dépasse, en Pologne, la moyenne annuelle de 40.000. Cf. Georges Gliksman. L’aspect économique de la question juive en Pologne, Paris 1929, p. 178.

Les difficultés extérieures, s’opposant à la Libre circulation de la main-d'œuvre polonaise, exerçent une influence directe sur les conditions économiques, au milieu desquelles évolue la Pologne indépendante. Pour mesurer la force de cette influence, nous mettons les moyennes annuelles de l’émigration nette (émigration moins rapatriement des émigrants) à côté des chiffres, exprimant l’accroissement naturel de la population. Nous obtenons le tableau suivant :

L’accroissement naturel de la population et l’émigration en Pologne

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Pour faire mieux ressortir la signification des chiffres, que contient la dernière colonne du tableau ci-dessus, il importe de les comparer aux chiffres, relatifs à la période d’avant-guerre. On arrive ainsi à un résultat qui

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