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logne voit coupées ses communications avec les marchés de l’Europe méditerranéenne (2).
. Le recul qu’a subi de ce fait l'expansion du commerce polonais à été compensé, dans une large mesure, par la récupération presque simultanée (1466) de la Poméranie (— avec la ville de Danzig —) qui fait retour à la Pologne, conformément aux vœux de sa population, révoltée contre la domination oppressive des Chevaliers de l’Ordre Teutorique (Kreuzritter). Cette acquisition territoriale qui ouvre à la Pologne l'accès de la mer Baltique ne manquera pas d'exercer sur son évolution ultérieure une influence des plus heureuses. Sous le poids des conditions nouvelles le centre de gravité de l’économie polonaise se déplace vers le nord. C’est désormais la Vistule, libre jusqu’à son embouchure, qui va déterminer l’orientation du commerce extérieur de la Pologne. Ce commerce, alimenté par les exportations des grains et du bois de construction prend un essor rapide. La ville de Danzig, située au seuil de la mer, se voit promue au rôle de grand centre international, que nourrit l’activité grandissante d’un organisme économique vigoureux (3).
(2) Ibid., p. 59.
(3) D’après les données statistiques que l’on trouve dans les annales de Danzig, le trafic de son port accuse un mouvement ascensionnel : seules — les exportations des céréales polonaises qui, dans la seconde moitié du 16° siècle, représentaient le volume moyen de 50.000 lasts par an (1 last — environ 2.500 kgs) dépassent aw commencement du 17° siècle le niveau annuel de 100.000 lasts. La marche rapide du mouvement maritime général constitue une preuve éclatante des avantages qu’assure à la ville de Danzig son union économique avec la Pologne. Intégrée dans un grand organisme qui alimente son activité commerciale, « la reine de la Vistule » (— c’est ainsi qu’appellent la ville de Danzig
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Parallèlement à l'extension du commerce extérieur nous assistons à l’essor de la production industrielle qui a vécu, au cours du XVI° siècle et de la première moitié du XVII°‘, une période de remarquable épanouissement. Assurés par les efforts persévérants d’une armée de petits producteurs, les progrès de l’industrie nationale se manifestent par l’intensification de la production ainsi que par la qualité et la variété des produits. ( On fabrique en Pologne un nombre toujours croissant d'objets qui n’y avaient jamais été fabriqués jusqu'alors ». Le volume de la production augmente à mesure que s’accroît la force numérique des artisans. Les progrès de la division du travail et de sa spécialisation, de plus en plus accentuée, donnent naissance à de nouvelles corporations, alors que d’autre part « se multiplient également les entreprises industrielles, conçues sur une assez vaste échelle : papeteries, forges, ver-reries, etc. De nouvelles branches de production naissent à la vie; il en est ainsi, par exemple, pour l’industrie du cuir qui commence à fabriquer le cuir en maroquin, à faire des cuirs de cordoue » (4).
Au milieu du XVII° siècle la fatalité historique intervint pour paralyser cet effort constructif de l’Economie, dont nous avons signalé les résultats. La Pologne que nous avons vu progresser dans la voie de l’évolution économique, succombe sous le poids écrasant de sa
les écrivains de cette époque —) passe vite au rang du premier port de la mer Baltique. D’après les registres de la douane du détroit de Sund — le commerce maritime de Danzig représente, au XVII* siècle, environ 3/5 de la valeur totale du trafic qui se faisait alors dans le bassin de ia mer Baltique.
(4) Rutkowski, op. cit., p. 165.
PEN, : un
mission historique qui lui fait assumer le rôle de rempart, protégeant la civilisation occidentale contre l’expansion de l’orient belliqueux. Ce rôle qui lui à valu la gloire militaire imposait à la Pologne des sacrifices infiniment durs. Le pays qui, pour asseoir les bases de sa puissance économique et en assurer l'essor continu, avait besoin d’une paix durable vit s’abattre sur lui une avalanche de guerres. Les invasions étrangères qui vinrent menacer sa sécurité, voire même — son indépendance, amenèrent à leur suite tout un cortège de malheurs. La mort, les incendies, les pillages vidèrent peu à peu les agglomérations urbaïnes dont la population fléchit d’une manière très sensible. Par suite de la destruction des ateliers, de nombreux artisans désertaient les villes et les bourgs pour la campagne (5). Le dépeuplement des villes contribue à ralentir le rythme de Pactivité économique qui présente les symptômes d’une dépression profonde. La production industrielle est en pleine décadence. Le commerce subit une diminution très accentuée. Pour mesurer l’étendue des pertes qu’a subies de ce chef la Pologne, il suffit de citer au hasard quelques chiffres statistiques, dont l’éloquence paraît particulièrement suggestive. C’est ainsi, par exemple, que les exportations de blé par le port de Danzig (Gdansk) qui, à la veille de la guerre de trente ans, dépassaient le chiffre annuel de 100.000 lasts (soit environ 250.000 tonnes), tombent en 1653 au niveau de 34.000, en 1656 à 11.000 lasts (6). Ces indices, révélateurs de la régression rapide, jettent une iumière sinistre sur le tableau économique de la Pologne au lendemain du déluge qui a sapé les bases de sa prospérité.
. (5) Ibid., p. 178.
(6) Ibid., p. 192.
La liquidation de ce triste héritage posait des problèmes difficiles, dont la solution semblait imposer la nécessité d’une politique interventionniste. L'Etat avait à jouer un rôle d’une importance capitale pour stimuler, discipliner et orienter les forces économiques en action. Or — la probité scientifique nous oblige à constater que cette action bienfaisante du pouvoir central faisait défaut, au milieu des circonstances historiques qui réclamaient impérieusement de sa part une intervention efficace. à
Au déclin du XVIT: siècle la Pologne offre à cet égard un contraste saisissant. Tandis qu’en Europe occidentale les conceptions régnantes du mercantilisme orientent les efforts construstifs des gouvernants vers le développement des villes, foyers indispensables de la puissance économique, — dans la Pologne, demeurée à l'écart de ce courant victorieux, se cristallise une orientation économique, traduisant les intérêts de la noblesse terrienne, qui néglige les besoins vitaux de l’industrie nationale. Cette carence de l’Etat en matière de politique interventionniste ne sera certes pas sans exercer une fàcheuse influence sur le cours de l’évolution économique du pays.
Ce n’est qu’en plein dix-huitième siècle, — à la veille de la catastrophe qui mit fin à l’existence indépendante de la Pologne, que se manifeste dans la classe dirigeante un revirement d'opinion qui semble promettre à Pactivité économique les perspectives d’un développement prospère. Sous l'inspiration des idées nouvelles qui germent dans les milieux cultivés commence à se faire jour une meïlleure compréhension de l’importance, que présente pour chaque pays l’essor de sa production
industrielle. L'instinct de la conservation, tenu en éveil par la conscience du danger extérieur qui se dessine à l'horizon, va stimuler désormais toutes les énergies, capables d'assurer l’intégrité de l’Etat contre la poussée des forces ennemies.
Les conceptions nouvelles donnent naissance au mouvement qui tend à l’industrialisation du pays. Ce mouvement prend toute son ampleur sous le règne du dernier roi Stanislas Auguste (1763-1795), dont l'initiative personnelle à largement contriué à consolider les bases d’une industrie, conçue sur un plan un peu large. C’est à cette époque qu’on voit éclore toute une série de nouvelles entreprises. Pour ne pas entrer dans les détails nous nous bornerons à signaler : l’ Hôtel des Monnaies, créé à Varsovie, une fonderie de canons, une faïencerie, une fabrique d’armes, une marbrerie, qui doivent leur création au roi lui-même. Dans les provinces lithuaniennes on entreprend, sur une très vaste échelle, l’industrialisation des domaines royaux. On y fonde une vingtaine de nouvelles manufactures, produisant les objets les plus variés (7). Les riches propriétaires fonciers, suivant l’exemple du roi, apportent eux-aussi la contribution de leurs ressources — pour participer à la réalisation de ce plan imposant, qui avait pour but de mettre sur pied une industrie, capable de satisfaire aux nouveaux besoins.
Les progrès de l’industrialisation déterminent une transformation rapide du milieu économique. De nouvelles formes d’activité, inconnues jusqu'alors, font leur apparition. Signalons ici — comme manifestation des
(T) Ibid, p. 178.
nouvelles tendances qui s’affirment à cette époque — les sociétés par actions, dont le mérite était de faciliter la formation de vastes entreprises, occupant parfois plusieurs centaines d'ouvriers (Telle, par exemple, la célèbre « Compagnie des manufactures de laine », fondée en 1766).
Et — pour terminer la description de ce tableau, qu’illuminent les derniers rayons de l’indépendance politique, nous croyons devoir mentionner le grand effort constructif, réalisé dans le domaine des communications. À la lumière des expériences acquises on vit clairement que, dans un pays ravagé par les guerres, le redressement économique supposait la remise en état des voies de communication. Aussi des sommes considérables furent-elles consacrées à l’exécution d’un plan de large “envergure qui devait faciliter la libre circulation, à travers le pays, des hommes et des marchandises. On n'a pas reculé devant les sacrifices nécessaires pour construire un vaste système de nouveaux canaux, dont la réalisation devait assurer la cohésion de l’organisme économique du pays.
Tous ces efforts avaient eu à peine le temps de porter leurs premiers fruits, quand survinrent les partages de la Pologne — un défi brutal à la logique de l’histoire. L’état indépendant à sombré à l’époque même, où la transformation de sa structure économique semblait imposer la nécessité d’un pouvoir clairvoyant et tutélaire. Dans ces conditions la catastrophe de PEtat vouait à une disparition prochaine les jeunes formations économiques, qui venaient d’éclore sous le règne de Stanislas-Auguste. + k
Les nouvelles tendances constructives qui, à la veille
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de la débâcle, se sont affirmées dans le domaine de J’Economie, devront désormais se frayer un chemin parmi les obstacles, parfois insurmontables, qu’opposera au libre développement de la nation polonaise la politique hostile des trois puissances, bénéficiaires des partages.