LA POUTÉE \)K LA CONSCIENCE
Dès que la conscience existe, elle apporte dans le monde un nouveau facteur qui, en dépit de son apparente insignifiance à Torigine, prend la plus haute importance et devient bientôt le centre de grandes modifications embrassant toutes les choses qui se trouvent dans sa sphère.
Le sentiment, la sensation, la connaissance, la conscience ne sont certainement ni un mouvement, ni une force, ni une puissance, mais ils peuvent être employés pour donner une direction à ces facultés. Si Taiglc planant dans le haut des airs aperçoit une proie à une grande distance, et se rend compte de la signification de cette image des sens, ce n*est pas Télat subjectif de son esprit qui le rapproche de l'endroit où se trouve sa nourriture, mais cette idée le pousse et le met h même de se servir de ses forces musculaires suivant un plan défini. De même les sentiments des êtres sentants leur permettent de s'adapter à leur entourage. Ce qui dislingue leurs actions, c'est leur capacité de se proposer un but déterminé. Les choses inconscientes ne peuvent avoir ni dessein, ni plan, ni objectif. Le mouvement de la pierre est sans but; mais les mouvements des hommes sont des actions, c'est-à-dire des mouvements intentionnels; ils sont exécutés avec la conscience d'une fin en vue. La faculté de former
des desseins augmente avec la conscience. Plus les plans sont complexes et d'une haute portée, plus ranimai qui est à même de les mettre à exécution est élevé dans Téchelle de l'évolution. L'homme apprend à penser même au delà de la mort et il se propose des principes d'action en vue d'un but plus élevé que le bien-être de Tindividu. C'est le commencement de Taction morale, car le but qu'il a en vue cesse d'être la satisfaction des impulsions égoïstes. L'individu est éphémère, mais les fins qu'il se propose et qui forment le fond même de son esprit et Tâme de son âme, en supposant qu'elles soient morales, dureront au delà de la tombe. L'individu meurt, mais l'homme, aussi longtemps que cette terre subvient aux conditions de la vie, est immortel. Le corps périt, mais l'âme subsiste. Le fait de régulariser nos actions, non selon le point de vue de la vie individuelle, mais d'après des points de vue plus élevés, s'appelle la moralité.
De même la conscience crée un domaine plus élevé dans la nature ; elle n'est pas surnaturelle, mais certainement surorganique ; aussi ce domaine est-il plus noble et plus élevé que le champ d'action de la nature inorganique. La conscience crée un royaume de liberté qui est plus puissant, plus grand et plus étendu à mesure que les expériences de l'esprit sont plus nettes et que la réalité se symbolise plus sûrement et'plus nettement en idées.
Par liberté nous ne devons pas comprendre un anéantissement de la causalité ou une annihilation de la loi de cause et d'effet. Elle représente seulement un genre particuUer et plus complexe de causalité où les facteurs déterminants ne
siègent pas dans les conditions environnantes, mais principalement dans le caractère de Tagent. La liberté signifie la possibilité de choisir. Le résultat du choix est dans tous les cas déterminé nécessairement par le caractère de la personne qui fait le choix. Un être est appelé libre s'il peut exécuter un plan d'action ; il n'est pas libre si quelque contrainte Ten empêche. Le plus haut degré de liberté est atteint par la moralité. Toute action immorale, étant en conflit avec Tordre du monde, contrarie la volonté; elle produit un désaccord et asservit Tâme ; la moralité seule peut nous racheter de la servitude.
Il semble naturel que chaque individu considère la conservation de son existence corporelle comme son but suprême et dernier. Cependant, rinévitable mort à laquelle nous sommes tous condamnés et qui plane sur nous tous rendra les maximes de Tégotisme inefficaces après tout, et un regard plus profond jeté sur la nature de Tâme nous apprend que nos idées et nos aspirations, qui sont en somme notre vraie personnalité, peuvent et doivent vivre au delà de la mort. Celles de ces aspirations qui sont d'accord avec les lois de l'existence, les conditions de notre vie, sont appelées morales; celles qui sont en contradiction avec elles sont appelées immorales.
L'immoralité porte en elle-même sa condamnation ; n'étant pas en harmonie avec les lois de l'existence, toute chose immorale qui, d'une manière ou d'une autre, existe, est en conlradictionavec ellemême: elle estinconséquente avec sapropre nature, et ainsi porte en elle-même l'impuissance à exister d'une manière prolongée. Par son impossibilité de s'élever au point de vue supérieur qui lui
permettrait de reconnaître cette vérité que Texistence individuelle est une existence partielle et dépendante qui doit se conformer aux lois du tout dont elle fait partie, Tégotisme se fait une vie qui n'est qu'une illusion passagère. La mort vient détruire Tégotiste, mais Tâme de Thomme à aspirations morales continue à vivre.
L'acceptation de cette vérité est la base de toutes les religions et trouve sa plus sublime expression dans le christianisme, non pas naturellement dans les dogmes des diverses églises, mais dans la morale enseignée par le Christ.
En résumé, pour ce qui regarde la moralité, la conscience acquiert une telle importance qu'elle s'élève vers un but supérieur et se trouve ainsi revêtue d'une sorte de sainteté religieuse. La conscience n'a pas sa fin en elle-même, mais elle est le moyen par lequel nous pouvons poursuivre les buts les plus élevés, et toutes ces fins sont comprises dans ce mot : moralité.