IV. — Des remèdes à apporter au fléau
L'inaclion est stupide et criminelle. — Contre un mal aussi grave, certains sages professent qu’il n’y a rien à faire! Ils disent que la France est perdue, et se résignent à assister à sa mort avec autant de sérénité qu’un physiologiste étudie les convulsions d’un petit lapin empoisonné. (Jue penseraient-ils d’un capitaine de vaisseau qui dirait : « La tempête est trop forte! Je ne puis rien pour sauver mon bateau », et qui irait se coucher dans sa cabine. Hé! mon ami, commande ton équipage; épuise toutes les chances de salut. Ta tache sera finie quand tu auras vingt pieds d’eau au-dessus de la tête. A ce prix, tu gagneras du moins de n’étre pas un lâche !
Rejetons donc avec mépris cette première opinion. C’est un blasphème et une sottise que de porter si promptement et si légèrement le deuil de la France. Un pays de 08 millions d’habilanls riches, laborieux et patriotes comme le
sont les Français, a encore des chances de salut, si dangereuse que soit la pente sur laquelle il se laisse glisser. En 1841, la France (actuelle) et l’Allemagne (actuelle) avaient une population à peu près égale. Aujourd’hui l’Allemagne compte 14 millions d’habitants de plus que la France. Cinquante ans sont peu de chose dans la vie d’un peuple : ce que cinquante ans ont fait contre nous, cinquante ans peuvent le faire en sens inverse.
La France et l’Allemagne sont comme deux familles qui, également riches au début, auraient placé leurs fonds, l’une à 5 pour 1 00, l’autre à 4 1/2 pour 100. Si ces deux familles sont également économes, la seconde, au bout d’un demisiècle, sera beaucoup plus riche que la première. La déchéance de celle-ci sera-t-elle sans remède? Non. Il lui suffira de faire, sans tarder, un placement de son argent un peu plus avantageux.
Les familles françaises ont, en moyenne, trois naissances vivantes, et les familles allemandes un peu plus de quatre. Est-il impossible de déterminer les familles françaises à procréer une naissance ou deux de plus ?
Nous ne le croyons pas.
Les remèdes proposés contre la dépopulation de la France sont innombrables. « 11 faut les appliquer tous, disait Jules Simon, afin d’ôtre sùr d’employer celui qui sera efficace. » Soit,
mais cela ne dispense pas de les classer afin de réclamer d’abord les plus actifs.
Je rappellerai d’abord ceux qui me paraissent illusoires. On peut certes les appliquer, suivant le précepte de Jules Simon, mais on ne doit pas compter sur leur efficacité.