‹ Le problème de la dépopulationChapitre 7 sur 16 · A. — REMÈDES ILLUSOIRES · texte numérisé non relu

A. — REMÈDES ILLUSOIRES

Il semble bien que les nombreux écrivains C|ui ont agité, dans ces derniers temps, la question de la dépopulation de la France, n’aient cédé qu’au désir de servir les idées qui leur sont particulièrement chères, quelque rapport que ces idées eussent d’ailleurs avec ce sujet.

Les réformes auxquelles la dépopulation de la France a servi de tremplin peuvent se diviser, malgré leur très grande variété, en quatre catégories : 1“ Réformes sociales diverses; 2” Augmentation du nombre des mariages; 5“ Diminution de la stérilité involontaire ; 4“ Diminution de la mortalité.

Nous dirons un mot de chacune d’elles :

Examen des réformes sociales diverses proposées dans le but hypothétique d'élever la natalité. — Personne n’a jamais indiqué que V émancipation de la femme, la recherche de la paternité, la suppression du divorce, ou au contraire des lois rendant le divorce plus facile augmenteraient la natalité. Jamais on n’a donné, à l’appui do ces fantaisies, une preuve ni un commencement de preuve. On

peut assurément être partisan de ces réformes; mais, encore une fois, tout cela n’a aucun rapport avec le sujet qui nous occupe.

Des réformes socialistes, ayant pour effet de diminuer la part du capital pour augmenter d’autant la part du travailleur, auraient-elles quelque effet sur la natalité? Je ne puis me prononcer sur cette question, faute d’éléments pour l’étudier. Cependant, la rémunération du capital n’a cessé de diminuer depuis le commencement du siècle; on peut même estimer qu’elle a diminué de près de moitié, car l’intérêt normal de l’argent était autrefois de 5 pour 100, et il n’est plus aujourd’hui que de 3 pour 100. Cela n’a pas empêché la natalité de décroître dans notre pays. Augmenterait-elle si le capital venait à n’être plus rémunéré du tout? Je n’ai pas à examiner cette question difficile et très hypothétique, car, si cela arrive, ce ne pourra être que dans un avenir extrêmement éloigné. Or, la lutte suprême, celle à laquelle notre pays doit penser toujours, aura eu lieu depuis longtemps.

La restauration des idées religieuses, si elle était possible, aurait peut-être quelques effets sur la natalité. Les études démographiques montrent la grande influence que la religion a sur les mœurs, et même sur des phénomènes de pathologie morale (sur la fréquence des suicides, par exemple), et prouvent que les hommes mettent

LE PROELÈME DE I.A DÉPORULATION.

en pratique, plus qu’on ne pourrait le croire, les prescriptions de leur religion; or, toutes les religions prescrivent à l’homme, plus ou moins impérativement, d’avoir une postérité aussi nombreuse que possible. Il est donc possible qu’il existe un rapport entre la natalité et le degré de sincérité des convictions religieuses. Mais il est manifeste que, quoi qu’on fasse, on ne poura pas changer notre siècle, ni l’empêcher d’être de plus en plus incrédule.

Examen sommaire des mesures proposées en vue d'augmenter le nombre des mariages. — La nuptialité est en France à peu près ce qu’elle est ailleurs. A vrai dire, elle semble diminuer depuis quelques années. Cependant ce n’est pas là que le bût nous blesse.

On a proposé, pour augmenter le nombre des mariages, de simplifier les formalités nécessaires pour le mariage. Je crois ces formalités en effet trop longues, trop nombreuses et trop coûteuses*. Les pays mêmes qui ont fait la sottise de copier notre Code civil ont pris soin d’en rayer tout ce chapitre, et ils ont bien fait. Mais on se tromperait fort si l’on croyait augmenter sensiblement le nombre des mariages en supprimant ces formalités nuisibles. Quand on veut

1. La loi du 20 juin 18%, qui était deslitiéc à les simplifier, est d’une lamentable insuffisance. Lorsqu’on lit les discussions auxquelles elle a donné lieu, on voit la difliculté extrême d’obtenir du législateur actuel une réforme même très simple et d'une évidente nécessité.

se marier, on y arrive généralement, malgré les obstacles que le législateur a maladroitement accumulés. Au besoin, la chose se termine par un faux ménage, et la natalité y perd en somme peu de chose.

On a proposé aussi, pour augmenter les mariages, la suppression violente des couvents. On a bien peu réfléchi avant de parler ainsi : sait-on de combien de naissances on aurait chance d’augmenter la natalité? Les couvents renferment actuellement GO 000 femmes environ. Supposons qu’elles soient aussi disposées que les autres femmes à se marier (ce qui n’est pas vrai; car, puisqu’elles se sont retirées au cloître, c’est que la vie de famille ne les attirait guère) ; un calcul simplenous montre qu’elles produiraient 4 500 naissances annuelles. Ainsi, il manque à la France 600 000 enfants chaque année, et on lui en propose 4 ou 5 000 au plus ! Et cela au moyen d’une mesure violente, indigne d’un siècle de tolérance !

Examen des mesures ayant ]jour bal de diminuer la stérilité involontaire. — Et, d’abord, cette stérilité involontaire est-elle aussi fréquente qu’on le prétend? Notre très respecté maître, Jules Rochard, s’est étonné de voir que, d’après le recensement, il y eût 2 millions de familles stériles.

Ce nombre ne paraît pourtant pas exorbitant. On ne i)cut le comparer à ses similaires

étrangers, car la France est le seul pays où une recherche de ce genre ait été faite par recensement’. Cependant, d’après différents gynécologistes (allemands pour la plupart) cités à l’Académie de médecine, le nombre des familles stériles serait de IG pour 100. Or, c’est exactement la proportion observée en France d’après le dénombrement de 189G. Ce qui doit étonner l’observateur, ce n’est pas le nombre des familles stériles, c’est le peu de fécondité des familles fécondes.

Voici d’autres chiffres qui montrent que la stérilité absolue n’est pas cause de l’affaiblissement de la natalité française. Cette intéressante recherche des familles stériles avait été faite en 1850, à une époque où la natalité française était un peu plus élevée qu’à présent; or, le nombre des familles fécondes n’a pas diminué pendant cet intervalle de trente ans; ce qui a diminué c’est la fécondité des familles.

France (moins la Seine, l’Alsace-Lorraine et les deux Savoies). Sur 100 familles {époux mariés)^ combien avaient un ou plusieurs enfants et combien n'en avaient pas?

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