APERÇU HISTORIQUE DE LA PROPHYLAXIE DE LA LEPRE EN FRANCE
« Le Lépreux portera des vêtements déchirés; il criera : Impur ! impur !
Il habitera seul... Hors du camp le lépreux ! »
(Le Lévitique.)
La lèpre est, de tous les fléaux, celui qui semble avoir suscité le plus d’effroi parmi les peuples et qui a provoqué de la part des législateurs les mesures prophylactiques les plus sévères.
Nous savons, en effet, que dès la plus haute antiquité les dépositaires de l’autorité publique prenaient à l'égard des
lépreux des mesures prohibitives en vue d'empêcher la pro-
pagation de la maladie.
Un poète hindou, 2.500 ans avant Jésus-Christ, raconte que le lépreux devait se cacher et vivre à l'écart, sur une litière de fumier, avec les chiens galeux et les animaux immondes; il devait être chassé des villages à coups de pierre (Zambaco, La lèpre et le christianisme).
Les livres de Moïse contiennent une série d’ordonnances au sujet de la lèpre et des lépreux : la maladie y est minutieusement décrite, et cette description devait servir de guide aux prêtres chargés d'examiner les personnes suspectes et de prononcer leur séquestration; c’est qu’en ellet les Hébreux
: FA re RER IR
va
ient les lépreux d’impurs, les abhorraïient, les tra- , les fuyaient et les isolaient.
s l'antiquité gréco-romaine, la lèpre était considérée une punition des divinités, d’où le mépris et la persé-
l'antiquité ne présentait aucun établissement parti- Jour recevoir ces malades, et il semble bien qu'il nous rriver jusqu’au 1v° siècle après Jésus-Christ pour trouver
Adversus hærtenses). u
emps de Grégoire de Tours, il Éxistait de nombreuses eries et l’on était persuadé, à cette époque, que le mal , au plus haut point, contagieux.
èpre était considérée alors comme donnes sur la terre banès, L'enfer de l'Histoire, 1927). !
onciles d'Orléans, en 549, et de Lyon, en 588, prescriaux évêques de faire une enquête sur le nombre de x de leur diocèse et de leur prêter secours sur les revel'Eglise. L
clarant les lépreux morts civilement, et comme tels inles de disposer de leurs biens.
1 pement convoqué par Pépin le Bref à Compiègne, en établit des capitulaires pour la dissolution du mariage D et, en 789, VV da se RARE sévère
Ere don contemporaine à fan de mal à vouimposer. | ,
vu‘ siècle, Rotharis, roi des Lombards, promulgua une ? L! g
Le
Jusqu'au xv° siècle, on basait le diagnostic de la lèpre sur un examen des suspects, nommé « épreuve de ladrerie », qu'il nous a paru utile de reproduire ici :
Dès qu'un individu était soupçonné être atteint de lèpre, on se hâtait de le signaler aux échevins, qui le faisaient examiner par deux barbiers-chirurgiens assermentés.
Pour cet examen, ceux-ci faisaient conduire le patient à la fontaine, le saignaient et recueillaient son sang dans un vase.
On recouvrait ce vase d’une toile et on le plongeait dans l’eau, puis les barbiers retiraient le linge et examinaient l’état du sang.
S'il était resté pur et vermeil, c’est que le patient était sain, et l’échevin présent à l’opération le renvoyait de l’accusation. |
Si, au contraire, le sang présentait des traces de corruptions (sic), l’infortuné était bel et bien déclaré ladre et subissait toutes les conséquences de cet état. (Revue des traditions populaires, mai 1908.) $
Un diagnostic basé sur un pareil examen nous paraît grotesque aujourd’hui, et il est fort probable que les 2.000 léproseries qui existaient en France au moyen âge ne renfermaient pas que des lépreux, mais nombre d’infortunés qui n'avaient rien de commun avec la lèpre.
Le régime intérieur des léproseries variait selon les contrées : en effet, la société du moyen âge n’a pas prononcé en tous lieux l’anathème implacable qu'on lui attribue généralement.
L'Histoire nous a rapporté que dans quelques régions beaucoup d’indigents et de vagabonds simulaient la lèpre pour entrer dans les maladreries et vivre ainsi à l’abri du besoin (Zambaco, La lèpre à travers les siècles ‘et les contrées).
Mais, ce n'était pas la règle générale, et, si l’on s’en rapporte à l'historien Mathurin Pâris, la vie des lépreux au moyen âge était, comme l’a si bien dit le Docteur Cabanès, un véritable enfer sur la terre :
Lorsqu'un homme était suspect de lèpre, l’official diocésain le mahdait à son tribunal; là, des médecins habiles et assermentés
CTI PORN naient, puis l'official prononçait Ja ane el Fusil le jugement au prône Ÿ l'église Lee
oix et du bénitier, allait à la porte de l’église, où devait ver le lépreux, revêtu d'une robe noire; il l’aspergeait Enite et, do Le. avoir assigné une plate dans LEUR
| ( pro here ».
après la messe, on conduisait processionnellément le léla maladrerie et on lui ordonnait : 1
Le plus entrer ès eglise, moulins, fours ou marchez ny se ès assemblée du peuple;
ne jamais se laver les mains, ny chose aucune qui soit à son fontaine et ruisseaux qui servent au public;
n’aller deschaussé hors de sa maison, ny sans habit de afin d’être recogneu de chacun:
n’entrer-aux tavernes, ny autres maisons, sous quelque préque ce soil;
1e RE charnellement d”° st Rs que la sienne;
" s contagieuses: ne plus manger, ny boire en compagnie, sinon de lépreux Mui. » (Thèse de Salètes, Paris, 1877.)
aque léproserie avait son cimetière et les lépreux it enterrés aux lieux mêmes de leur décès.
1baco nous rapporte d’une facon encore plus émouvante macabre ce qu'était « l'enterrement du lépreux de ant ». ;
glise était tendue de noir, on y simulait des tombes de lépreux rement exécutés, et là, devant un public assistant à disle lépreux, conduit par le recteur de la léproserie, escorté parents et amis et placé devant le chœur, assistait à la des morts, dite à son intention.
ès quoi, couché sur une civière en corde, il était couvert
LS
d'un linceul et transporté au cimetière, où une tombe béante était creusée pour lui, le prêtre mettait de la terre sur la tête du « mèseau », après quoi il le conduisait à la léproserie, où il était ! immatriculé (rituel dé Reims, 1585).
Les cagots, descendants des lépreux, ne pouvaient aussi être enterrés dans les cimetières publics, jusqu’en 1839, dans certaines localités; ainsi le peuple, les femmes en tête, ont empêché un certain Arboncan, descendant de cagots, d’être enterré au cimetière commun aux fidèles de la paroisse de Lialores-de-Grasimir, arrondissement de Condom (Gers). Le tribunal fut obligé d'intervenir et donna raison aux cagots. (Zambaco, La lèpre à travers les siècles et les contrées.)
Il résulte, de ce que nous venons de voir rapidement, que la prophylaxie de la lèpre en France était très rigoureuse au moyen âge; beaucoup des mesures prises à cette époque étaient même profondément inhumaines, d'autant plus qu’elles s’appliquaient très souvent à des malades qu'on qualifiait de lépreux, et qui n'avaient rien de commun avec la lèpre : tuberculose cutanée, psoriasis, syphilis, etc.
Nous allons étudier maintenant comment notre législation contemporaine se comporte vis-à-vis des lépreux.
VI r e
ÆEGISLATION FRANÇAISE EN FACE DU PROBLEME Be DE LA AE
£ de la te Thin ne nous NIET pas s'être
s toujours avec toute la diligence que les circonstances
aient du règlement du problème de la lèpre.
est en 1885 que l'Académie de médecine s’est pour la pre-: fois occupée de cette délicate question, sur laquelle,
ouvent depuis, elle devait être appelée à donner son
887 et en 1888, l’Académie s’occupa de nouveau de pre en France; elle ne semble pas d’ailleurs s’être beauntéressée à la question à ces diverses époques, un de embres, Leroy de, Méricourt, ayant conclu, à la suite étude approfondie de la question, au caractère non ieux de la lèpre as oi pays.
urabilité de la lèpre, des dommages sociaux et indiviels causés par elle, ainsi que des résultats obtenus en ège, grâce aux mesures légales d'isolement (Revue giène, 1897).
la suite du Congrès de Berlin, on vit s’instituer partout, étranger, des réglementations sévères vis-à-vis des lépreux, > nombreux pays, pour la plupart moins riches en lépreux