‹ Le problème de la main-d'œuvre dans les colonies d'exploitation: La Côte est de SumatraChapitre 27 sur 58 · IN CRE · texte numérisé non relu

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d’une durée assez longue, presque toujours 60 à 75 ans ; toutefois les baux consentis par les princes indigènes ne sont parfaits que par la ratification obligatoire du résident hollandais.

Peuvent obtenir une concession : les Hollandais, les Européens, les régnicoles néerlandais ou indo-néerlandais, les sociétés établies aux Pays-Bas ou aux Indes.

Dans la résidence de la côte est de Sumatra, plusieurs sociétés fixées à l'étranger se sont vues consentir des baux emphytéotiques ; c’est l'unique exception aux Indes néerlandaises. Le loyer annuel (1) est d'environ un florin par bauw (2), mais n'est versé intégralement qu'à la cinquième année. La première année, le prix n’en est acquitté que proportionnellement au nombre de bauws défrichés et doit en tout cas atteindre le cinquième du loyer total ; il est porté la seconde année à deux cinquièmes, la troisième à trois cinquièmes, la quatrième à quatre cinquièmes et est payé en enter à partir de la cinquième année (3).

L'acte de concession stipule généralement que, si trois mois après notification judiciaire le loyer annuel n'est pas acquitté, le contrat sera résilié de plein droit, sans préjudice de dommages-intérêts envers le concédant.

Le régime des concessions à long terme, la force et l’entérinement de l'acte de concession, la détermination de la superficie à abandonner aux indigènes après récolte, la faculté qu'ont les habitants des villages, sis sur la concession, de récolter sur les terrains non encore défrichés par le concessionnaire les

fruits et le bois de chauffage nécessaires à leur usage personnel,

(1) Ou aciltanah.

(2) Le bauw vaut 0 hectare 709,650.

(3) Depuis 1907 (V. suprà, p. 27, modifications aux traités passés avec les princes indigènes), la présentanah et l’aciltanah sont partagées entre le gouvernement des Indes et les Radjahs.

D Peu

en un mot, toutes les clauses des contrats futurs sont minutieusement prévues dans les traités. Le gouvernement réserve expressément les droits miniers. Il stipule du concessionnaire l'engagement de s'interdire la culture des papavéracées, dont le latex fournit la morphine et surtout l'opium, ce terrible fléau de l'Orient.

La Hollande s'est attachée à respecter les usages locaux et ce Souci, souvent exagéré, limite singulièrement les droits des planteurs. Il n'est pas non plus toujours en rapport avec l'intérêt général de l'agriculture. C'est ainsi qu'une des clauses les plus caractéristiques du contrat de concession oblige le titulaire à mettre pendant une année à la disposition des habitants des Kampongs (villages) sis sur les plantations les champs de tabac dont la récolte est terminée, sans qu'il lui soit permis d’en exiger de rétribution ; cette clause est destinée à permettre aux indigènes la culture du maïs et surtout du riz ou « paddi » nécessaire à leur alimentation. Le seul avantage réservé au planteur consiste en un droit de préférence sur les produits mis en vente.

On conçoit les inconvénients d'un tel système ; le planteur doit déployer un tact et une patience extrêmes pour éviter les froissements résultant du mauvais vouloir des indigènes et pour trancher les différends inévitables que provoque leur contact journalier avec ses propres ouvriers.

Sans doute, ces clauses sont inspirées d’un louable souci de protection à l'égard de l'indigène ; mais il est permis de se demander si la conciliation des intérêts de chacun n'eût pu être atteinte par d’autres méthodes. Le triomphe des idées libérales en Hollande et la réaction contre l'oppression du système Van den Bosch, dont nous exposerons plus loin succintement l'économie, peuvent seuls expliquer cette sollicitude peut-être exa-

gérée.

Dans un même souci de protection envers l’indigène, les actes de concessions imposent presque toujours au contractant l’obligation de laisser à la disposition des occupants indigènes les terrains qu'ils cultivent pour leur compte personnel et qui sont calculés à raison de quatre bouws par chef de famille.

Le bail emphytéotique ne cesse pas à la mort du titulaire, mais ses héritiers ou ayants droit succèdent à ses droits et à ses obligations. Il peut en outre céder sa concession en tout ou en partie, mais la cession est alors soumise à l'approbation du résident hollandais.

L'acte stipule encore que le contractant devra commencer le plus tôt possible le défrichement de la concession. Si, au bout de 4 ans à dater de l’entérinement du contrat, le cinquième des terres n’était pas mis en culture, le contrat serait également résilié ; il pourrait cependant obtenir une prorogation.

De même, la résiliation s'impose si les terres restent en jachère une année entière après la cinquième année du contrat et si le loyer n'est pas acquitté dans les trois mois qui suivent l'expiration de la dernière période annuelle.

Le contractant s'engage enfin à abandonner aux habitants des Kampongs situés sur la concession une bande de terrain d’une largeur minima de 100 brasses ou de 200 mètres, pour une sur-

face supérieure au moins au triple de la superficie du Kampong.

$ 7. — Production agricole et minière.

Il nous reste, pour avoir un aperçu un peu complet de la colonisation hollandaise à Sumatra, à en montrer les résultats au point de vue économique et à faire connaître les principales productions de l'île.

Les deux principales sources de richesses de Sumatra sont les plantations de tabac et de café’; mais ses richesses minérales ne sont nullement négligeables. Dans les districts de Lang-

ns

Kai et de Tamiang, sur la côte est à Palembang et à Atjeh, on rencontre des sources pétrolifères dont la production est assez abondante (755 millions de litres environ en 1906) et trouve des débouchés faciles en Extrême-Orient. D'autre part, Ombilin possède des gisements houillers en exploitation d'une étendue considérable, malheureusement d'une qualité assez médiocre (1). On a relevé aussi des gisements de minerais, mais dont l'exploitation, sauf celle de l'étain, n’a pas encore été sérieusement organisée ; cependant on a extrait à Sumatra plusieurs milliers de kilogrammes d'or et d'argent (2).

Les forèts donnent les produits les plus variés, la gutta-percha, le caoutchouc, ficus et hevea, dont les plantations commencent à se multiplier, le rotin et les essences les plus diverses (3).

Parmi les produits agricoles les peaux donnent encore lieu à un commerce étendu.

La culture du café à Sumatra ne tient qu’une place relativement modeste dans la production totale de l’Insulinde ; elle s’est élevée en 1906 à 228.000 piculs (4), alors qu'en y ajoutant la production de Java et des autres possessions extérieures on arrive à un total de 763.600 piculs. La résidence de la côte occidentale figure dans ces chiffres pour 70.560 piculs, dont 32.000 environ provenant de la culture libre des indigènes et 58.000

des cultures sur domaines particuliers (5).

(1) En 1906, d’après les Jaar cyfers Kolonien p. 55, la production a atteint 271,097 tonnes. La production a presque doublé en dix ans. Ces mines occupent un grand nombre d'ouvriers, presque tous chinois.

(2) Jaar cyfers Kolonien, 1906, p. 55.

(3) Il existe actuellement (1909), à la côte est, entre Langkat et Paneh, 126 plantations de tabac et 82 plantations de caoutchouc et café, mais le nombre de ces plantations, surtout de celles de caoutchouc Para, augmente avec une extrême rapidité.

(4)Le picul vaut 61 kilog. 76, le picul chinois vaut 100 katis ou 60kilog. 4. Le picul de l’Indo-Chine pour paddi ou riz : 68 kilog. (Jaar cyfars Kolonien, p.62.)

(5) Jaar cyfers, eod. loco. Sur le régime de la culture du café dans les Indes néerlandaises, v. LeEROY-BEAULIEU, Op. cit.

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Quant à la culture du tabac, la côte orientale tient le premier rang, non pas lant au point de vue des quantités récoltées qu’à celui de la valeur du produit. La production totale des Indes Néerlandaises s’est élevée en 1906 à 52 millions de kilogrammes en chiffres ronds ; Java à donné 23 millions de kilogrammes, Sumatra (côte orientale) 21 millions et demi (1), les autres possessions 7 millions et demi.

\ais en raison de ses qualités spéciales, le tabac de Sumatra atteint des prix très élevés : le prix moyen sur le marché d'Amsierdam des récoltes 1906 et 1907, excellentes il est vrai, a atteint 159 et 155 cents le kilogramme, alors que les tabacs de Java et de Bornéo se vendent à des prix bien inférieurs (1).

Les articles importés sont fort nombreux et comprennent surtout les objets nécessaires à l'alimentation et à l'habillement de l'Européen : citons les allumettes,la bière, le beurre, les bois-

sons distllées, les cigares et cigarettes, la cire, les comestibles,

(3) Voici le détail de cette production pour 1906 ;

Exploitations Production en en kilogrammes,

activité.

Langkate 0 21 5.917.102 Dee re 36 9.202.734 Derdang 0 0. 18 3.402.482 Autres provinces. 24 2.961.268 Totaux. 105 21.483.586

(1) Voici d’après le rapport pour 1905, du consul général de Roumanie à Rotterdam, la statistique des ventes de tabac de Sumatra à Amsterdam :

Années. Nombre de balles. Prix moyen Valeur en florins. du 1/2 kilog.

1907 248.44 459 cents. 61.600.000 1906 225.350 4155 — 53.100.000 1905 233.957 99 — 35.200.000 1904 254.168 92 — 35.5C0.000 1903 241.900 85 — 31.330.000 1902 227.511 94 — 22.500.000 1901 223.544 111 — 38.250.000 1900 263.897 82 — 33.325.000

à RES les drogueries et produits pharmaceutiques, les eaux-de-vie, les farines, la faïence, le fer, l'acier, et les ouvrages en fer et en acier, les fils et tissus, le lait, les liqueurs, les meubles, les articles de mode, le sucre, le tabac, le thé, les vêtements, la

viande, le vin, ete.

Et d'après M. H. Denrz, courtier à Amsterdam : Prix moyen par 1/2 kilo.

Vente en 1865 (récolte 1864) 50 balles à 48 cents — 4.000 florins, — en 1875 ( — 1874) 12.895 — à 150 cents — 2.850.000 — — en 1885 ( — 1884) 125.496 — à 444 cents — 27.550.000 — — en 1895( — 1894) 193.334 — à 119 cents — 35.000.000 —

— en 1905 { — 41904) 233.957 —- à 99 cents — 35.800.000 — — en 1906 ( — 1905) 225.369 — à 155 cents — 54.500.000 — — en 1907( — 1906) 248.441 — à 159 cents — 61.600.000 — — en 1908( — 1907) 272.463 — à 91 cents — 33.100.000 —

Soit en total depuis 1865, 5.464.341 balles à 114 cents —950.500.000 — Une balle — 30 kilogrammes ; un florin = 2 fr. 10.

Voici celle des trois dernières décades : de 1870 à 1879, 412 cents comme moyenne annuelle ; de 1880 à 1889, 133 cents, #4; de 1890 à 1899, 105 cents (Le coût de production moyen est d'environ 80 cents de florins, mais varie beaucoup suivant les frais généraux et les conditions respectives de chaque exploi-

tation).

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