‹ Le problème de la main-d'œuvre dans les colonies d'exploitation: La Côte est de SumatraChapitre 30 sur 58 · LA TO A · texte numérisé non relu

LA TO A

Il est facile dès lors de comprendre, qu'à côté des conditions climatériques et géologiques, le recrutement, l’organisation et l'emploi de la main d'œuvre soient un facteur des plus importants pour la production. L'insuffisance ou le mauvais usage de cette main d'œuvre risquerait de rendre improductifs les capitaux engagés dans une plantation, fût-ce la plus favorisée par sa situation, et opposerait un insurmontable obstacle à une

exploitation rémunératrice.

$S 8. — Le recrutement de la main-t’'œuvre.

A. — MAIN-D'ŒUVRE AUTOCHTOME a). — Malais.

La population autochtone de la côte est de Sumatra n'apportait aux exploitations européennes qu'un appoint tout à fait insuffisant tant par son faible nombre que par ses instincts de paresse. Les Malais de la côte orientale (1) n’ont aucune des qualités nécessaires au travail délicat et régulier des plantations de tabac ; leur indolence leur permet tout au plus de faire succéder à la récolte européenne celle du « paddi », qui constitue le fond de leur alimentation, et d’amasser un petit pécule pour l'achat d’une femme et pour le pèlerinage de la Mecque qui leur procurera le titre d Hadji (pèlerin) en leur attirant la vénération générale.

S'ils s'engagent parfois contre avances à travailler pendant

Haarsma et de Westerman. Ce dernier le plus récent, 1904, « De Tabakscultuur op Sumatra Ooskust », chez de Bussy à Amsterdam.

(1) Les Malais ne constituent pas à proprement parler une race aborigène, mais une race conquérante qui, lors de la grande invasion malaise, est venue refouler dans l'intérieur les Bataks autochtones de la côle. Nous les plaçons dans la population autochtone parce qu’établis depuis des siècles dans le pays et par opposition aux coolies immigrés.

HE TRES un court laps de temps, les planteurs de tabac préfèrent ne pas les employer, en raison de l'irrégularité et de la grossièreté de leur travail.

L'Islam est le plus grand obstacle à leur amélioration, non qu'ils se montrent fervenis pratiquants, mais les prêtres et les pélerins revenus de la Mecque sont, avec les confréries secrètes musulmanes, telle celle de Nakoabandia, les instruments d'une propagande inlassable et savent habilement entretenir la haine contre les dominateurs en rendant suspectes les disposilions les plus généreuses du gouvernement des Indes.

Cette agitation religieuse entravera longtemps la mise en valeur des régions de Sumatra qui n'ont pas encore attiré les capitaux européens et obligera l'administration coloniale à se

tenir perpétuellement sur ses gardes (1).

b). — Bataks.

Les Bataks du plateau de Toba, anthropophages avant l’arrivée des Hollandais, ont presque complètement abandonné cette coutume. Leur instinct d'indépendance et leur antipathie pour l’'Européen les rapprochent des Malais, mais ceux d'entre eux convertis récemment au christianisme, tout en conservant les mêmes sentiments, sont plus travailleurs et éliminent progressivement la main d'œuvre malaise des positions qu'elle occupe (2).

Ils se sont spécialisés dans les contructions grossières et dans la coupe des bois. Ceux qui sont restés païens ou se sont con-

(1) Il est permis de croire que la conversion des Malais serait désirable et marquerait pour eux une étape vers une collaboration plus efficace à l'œuvre de colonisation européenne. Elle eût peut-être évité les troubles suscités en 1908, parmi les indigènes de la côte occidentale, à l’occasion de la subslitution de l'impôt foncier au système vieilli de la culture forcée du café. La révolte contre une réforme pourtant rationnelle n’est certes pas due au défaut d'intelligence des Malais, mais aux erreurs répandues par les prédications des Hadjis.

(2) C£. Collet, op. cit.

eu GUSE

vertis au christianisme se montrent assez laborieux ; au contraire, en contact avec les musulmans, les Bataks héritent rapidement de leurs vices ; les Malais les méprisent du reste et les trompent quand ils le peuvent (1). Malheureusement, les difficultés qui s'élèvent entre eux entraînent parfois l'incendie des plantations et la ruine des entrepreneurs européens.

Les Bataks entendent punir le bénéficiaire d'une concession de l’avoir obtenue d’un chef malais qui n’a sur la terre d'autre droit que la conquête, alors qu'ils se considèrent toujours comme seuls véritables propriétaires ; ils ne lui pardonnent pas d’avoir participé à sa prétendue spoliation et se vengent comme ils peuvent. Souvent encore ils l'accusent d'incapacité à leur faire rendre justice des mauvais traitements qu'ils ont subis de la part des Malais ; la guerre des Bataks de 1872 n'eût pas d'autre cause (2).

B. — Main d'œuvre immigrée (3). — Cooles.

Dans ces conditions, il fallut bien recourir à la main d'œuvre immigrée en imporlant sur une vaste échelle des coolies des régions voisines.

Les grandes entreprises emploient actuellement, indépendamment des Malais et des Bataks, des Chinois, des Javanais et Javanaises, des Klings de Madras et de Pondichéry, des Bengalais, des Boyans (de l’île de Bawean), des Bantams et des Baniares de Bandjermassin-Bornéo (4).

(1) À Bornéo et aux Célèbes les indigènes païens de l'intérieur sont l’objet des mêmes excès de la part de la population musulmane de la côte.

(2) Les Bataks comprennent plusieurs tribus, de mœurs souvent très différentes : les Gajoes qui peuplent les régions limitrophes d’Atjeh, les Alas, les Paks-Paks, les Tobas et les Karos. Les Gajoes et les Alas sont surtout réfractaires à la civilisation européenne.

(3) V. Appendice, Conditions d'engagement et appointements des européens

employés dans les plantations de la résidence de la côte est de Sumatra. (4) Le journal d'agriculture tropicale du 30 septembre 1908, donne comme

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