‹ Le problème de la main-d'œuvre dans les colonies d'exploitation: La Côte est de SumatraChapitre 36 sur 58 · LEA UN · texte numérisé non relu

LEA UN

exemptant de la prestation tous les indigènes pouvant justifier d'un contrat d'engagement d'au moins une année ; mais cette règle donna lieu à tant de contrats fictifs et à tant de fraudes que, dès 1899, on dut l'abroger (1).

Le caractère oppressif de ces prestalions, les abus qu'elles engendrèrent, l’effroyable mortalité qui en résulta, amenèrent en 1901 (arrêté du 31 décembre 1900) la disparition même de ‘institution (2). À partir de ce moment, les entreprises de travaux publics furent soumises, au point de vue du recrutement de leur main d'œuvre, aux mêmes conditions que celles des travaux privés ; mais on donna aux services publics la faculté de traiter pour l'exécution des travaux avec les autorités communales, la recherche et le recrutement de la main d'œuvre incombant dès lors à ces dernières.

Le régime de liberté extrême qui est ainsi aujourd'hui la règle de la main d'œuvre indigène à Madagascar est certainement insuffisante pour assurer les besoins de main d'œuvre de la colonie, bien que l’on ait créé des offices pour le recrutement des indigènes par voie de contrat libre ; aussi y rencontronsnous la main d'œuvre immigrée. Au 1° janvier 1906, il y avait dans l’île 3.135 Hindous et 463 Chinois (3).

Il a fallu nécessairement réglementer cette main d'œuvre im-

(4) V. Léonce JacourEr, op. cit., p. 121. La plupart des engagements n'existaient que sur le papier. Certains colons peu scrupuleux exploitant le désir des indigènes d'échapper à la prestation et au service militaire (dispense de prestation, arrêté de 1898), leur faisaient signer des contrats purements fictifs ; ils y gagnaient quelques journées de travail fournies de loin en loin par l’indigène, trop heureux de s’en tirer à si bon compte, voire même quelques redevances en argent. Il faut chercher la cause profonde de ces contrats fictifs dans la répugnance de l'indigène pour les besognes quotidiennes et régulières.

(2) Ce fut grâce aux prestations que le gouvernement colonial put mener à bonne fin la construction des deux routes de Tananarive à la mer.

(3) Giraurr, Principes de colonisation et législation coloniale, t. 11, p. 467. Les essais d'immigration chinoise à Madagascar ont été peu favorables. Les 3.000 Chinois immigrés en 1896 et 1897 ont dû être rapatriés dès 1898 en

NE" \ÈeeR

migrée ; cest l'objet du décret du 6 mai 1903, rendu pour remplacer les arrêlés des 30 mai 1897 et 7 mai 1901 et qui fixe les règles du recrutement, du transport et du rapatriement des immigrants, le régime et les conditions générales de leur travail, et détermine enfin leur statut au double point de vue civil et pénal.

Les agents qui recrutent la main d'œuvre étrangère sont aulorisés et surveillés par le gouvernement ; ils doivent faire l’avance des frais de transport des immigrants, sauf à en obtenir le remboursement des employeurs. À l'expiration de leur engagement, les immigrants ont droit au rapatriement gratuit pour eux, leurs femmes et leurs enfants et les frais que les engagistes doivent définitivement supporter sont avancés par la colonie.

Pendant toute la durée de leur séjour dans la colonie, les immigrants sont astreints au régime des contrats d'engagement. Ces contrats, dont le maximum ne peut dépasser cinq années, sont passés avec l'agent recruteur au port d'émigration, puis transférés au profit des colons engagistes. Les clauses relatives aux conditions du travail et aux salaires sont réglementées avec un soin particulier. La durée du travail effecüf ne peut dépasser 9 heures et demie ; le repos hebdomadaire est de droit, sauf pour les corvées de propreté et d'entretien des locaux (mais alors la durée maxima du travail est de 3 heures).

Les salaires sont payables mensuellement ; des retenues ne

raison du faible rendement de leur travail et de l'effroyable mortalité qui régnait parmi eux.

V. aussi JAGQUIER, op. cit., p. 253 et suiv., au sujet des tentatives et essais malheureux de 1900 et 1901, portant sur des noirs de Mozambique, sur des Hindous et sur des Chinois (Instructions du général Gallieni, du 7 mai 1901). En ce qui concerne les Chinois, cet échec est surtout dû à la mauvaise qualité des coolies et aux conditions draconiennes pour la colonie, introduites dans les contrats sur la demande des autorités chinoises.

Page 1