C. — NÉCESSITÉ DES ORDONNANCES DE COOLIES A JAVA
Le message du ministre Altings Mees au gouvernement des Indes prévoyait, on s'en souvient, l'introduction d’ordonnances de coolies dans les possessions extérieures, pour règler à l'avenir les droits et les obligations réciproques des patrons et des ouvriers dans les entreprises agricoles et dans les exploitations minières. Elles sont actuellement en vigueur à la côte occidentale de Sumatra (1), à Palembang (2), à Ternate et dans ses dépendances (3), à Amboine (4), à la côte est de Sumatra (5), dans la division (afdeeling) occidentale de Bornéo (6), à Bengkoelen, dans les districts Lampongs et dans les divisions septentrionales et orientales de Bornéo (7), à Riouw et dans ses dépendances (8), aux Célèbes et dans leurs dépendances (9), à Menado (10), à Biliton (11), et enfin à Atjeh et dans ses dépendances (12).
*lais les entrepreneurs de Java sont encore loin de jouir des mêmes sûretés que ceux des Possessions Extérieures.
L'établissement d'ordonnances de coolies s’imposait surtout il est vrai dans les régions comme Deli (côte est de Sumatra), dont la population aborigène était pour ainsi dire inexistante et où les capitaux européens ne pouvaient fructifier qu'en im-
portant la main d'œuvre asiatique.
(1) Bulletin des Lois, 1886, n° 223.
(2) Id., 1887, n° 201.
(3) Id., 1888, nes 74 et 151 ; 1903, n° 146.
(4) Id., 1888, n°s 76 et 151 ; 1899, n° 83.
(5) Id., 1880, n° 133 ; 1889, n° 138 ; 1891, n° 72. (6) Id., 1889, no 308.
(7) Id., 1891, n° 102,
(8) Id., 1891, no 219.
(9) Zd., 1892, n° 68 ; 4899, n° 78.
(10) Id., 1893, n° 17 ; 1898, no 205.
(11) Id., 1896, n° 233.
(12) Id., 1988, n° 324.
A Java, au contraire, l'extrême densité de la population, son attachement au sol et la douceur de son caractère, mettent à la disposition des entrepreneurs une main d'œuvre abondante et soumise. Cette supériorité est surtout frappante pour les fabriques ou les plantations sises en plaines ; les fabriques de sucre par exemple, obligées de s'établir à proximité des champs de canne, recrutent facilement leur personnel parmi les cultivateurs. La difficulté commence pour les exploitations situées dans les montagnes qui se heurtent souvent aux mêmes obstacles que celles des Possessions Extérieures et pour les plantations de café qui, dans les années favorables comme 1890, perdent une partie de leur récolte par suite de l'insuffisance des ouvriers nécessaires à la cueillette.
Ainsi, bien que la crise soit atténuée à Java dans les dernières années par suite de la décadence de Ia culture du café et grâce au développement des voies de communication qui permettent plus facilement le transport de la main-d'œuvre à distance, il n’en reste pas moins que certaines entreprises de Java sont, tout comme celles des Possessions Extérieures, contraintes à de grands frais pour recruter leur personnel.
Le gouvernement s’est parfaitement rendu compte de la situation et, à plusieurs reprises, notamment vers 1890, a tenté de provoquer l'émigration des indigènes des régions surabondamment peuplées (1) vers les parties les moins favorisées en y consacrant des sommes souvent considérables.
Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'estimer que l'application d’une simple ordonnance de coolies, analogue à celle en vigueur à la côte est de Sumatra par exemple, remédierait d'une façon plus efficace à la pénurie de main-d'œuvre, surtout dans les districts montagneux. L'ouvrier indigène en profiterait indirec-
(1) Par exemple Bagelen du Sud.
— {il —
tement, car on peut admettre en principe qu'il vaut mieux pour lui louer son travail dans son propre pays plutôt que de s'expatrier à Sumatra, à Bornéo ou à Surinam, comme il le fait aujourd'hui (1).
(4) Il faut se garder cependant d’un pessimisme exagéré. La grande majorité des entreprises particulières jouit à Java d'une main-d'œuvre abondante qui, en raison de son attachement au sol et des avantages que lui procure la culture, songe rarement à se soustraire à ses obligations.