‹ Le problème de la main-d'œuvre dans les colonies d'exploitation: La Côte est de SumatraChapitre 6 sur 58 · AMOR · texte numérisé non relu

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grossières qui dénotent l'imprécision de leurs notions géographiques (1).

Les premiers, les Portugais, sous la conduite de Vasco de Gama et d'Alfonso d'Albuquerque, tentèrent au cours du XVI siècle d'accaparer à leur profit le commerce oriental. Ils s'établirent à Malacca, clef du trafic avec la Chine, chassèrent successivement des principaux centres de l’'Archipel les trafiquants indigènes, et les obligèrent à se réfugier à Atjeh, sultanat situé à l'extrémité septentrionale de Sumatra et vassal de l'Etat de Pédir (2).

Cependant, les Portugais, tout à la conquête du monopole commercial et meilleurs navigateurs que bons administrateurs, ne surent pas apporter dans leurs rapports avec l'indigène la pondération qui convient à un établissement durable : pillages répétés, corruptibilité et maladresse des fonctionnaires, influence fatale d’un clergé dont les intérêts semblaient primer ceux de la métropole, telles étaient les fissures d'un édifice colonial si laborieusement construit, telles étaient les causes principales qui allaient permettre aux Hollandais nouveaux venus d’évincer définitivement les Portugais.

À l'origine, les négociants hollandais et flamands n'avaient pas songé à aller chercher eux-mêmes aux Indes les précieuses épices. [ls se les procuraient en Espagne et au Portugal en échange d’autres marchandises. Ils bénéficiaient ainsi du fret, spéculaient à la fois sur la vente des produits européens et sur celle des épices, et ouvraient en outre au commerce espagnol et portugais un débouché facile.

(1) M. Eckout soutient même, que, jusqu'au XIIe siècle, Java et Sumatra furent considérées comme une seule île (G. Ecxour, Soc. géog. Paris, 1813).

(2) Atjeh, sultanat jusqu'alors insignifiant, prit alors une importance considérable, au point d’absorber son ancien suzerain,

Mais le soulèvement des Pays-Bas sous Philippe IT d'Espagne amena quelques armateurs de Zélande et d'Amsterdam à équiper des flottes marchandes à destination des Indes Orientales. La prise d'Anvers en 1576 provoqua l'émigration à Amsterdam de ses riches marchands, et l'embargo mis par Philippe en 1585 sur tous les navires hollandais à l'ancre dans les ports espagnols les força à prendre de nouvelles mesures pour se procurer aux Indes les produits que l'Espagne leur refusait.

Après plusieurs tentatives infructueuses, une expédition de quatre navires, armée par un syndicat de négociants d’Amsterdam et organisée à l'instigation de Cornélius Houtman, secondé par le géographe Plancius et par Jean Huygen van Linschoten, fit la circumnavigation de l'Afrique et parvint en rade de Bantam (juin 1596). C'est de cette époque que date la colonisation hollandaise en Extrême-Orient.

Les Hollandais réussirent en peu de temps. à arracher aux Portugais toute autorité politique dans la région ; en 1633, 1ls se rendirent maîtres de Malacca et en 1668 assurèrent leur hégémonie sur Macassar, dernier vestige des établissements portu-

gas.

Entre temps, diverses compagnies s'étaient fondées pour patronner les expéditions commerciales. Sous l'impulsion du prince Maurice et d’Olden Carneveld, qui redoutaient de les voir se ruiner mutuellement, elles fusionnèrent le 20 mars 1662, pour former la célèbre Compagnie des Indes Orientales, dont la carrière allait être si féconde (1).

La Compagnie des Indes créa, entre autres, des factoreries florissantes dans le sultanat de Siak, situé sur la côte orientale

(1) La Compagnie des Indes Orientales résultait de la fusion des anciennes compagnies autonomes de Zélande, d'Amsterdam, des villes de la Meuse et de la Hollande septentrionale. Elle était régie par un Collège de dix-sept membres.

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de Sumatra, et dépendant de l'Etat de Djohor en Malacca, avec lequel Heens Berk avait entamé des négociations dès 1602. Elle s’efforça encore d'obtenir l'octroi de divers monopoles, celui de l'étain en particulier, et fut même amenée à jouer un certain rôle politique, sous peine de renoncer à ses espérances commerciales. Les intrigues des princes indigènes et le massacre de la garnison de Poeloe Goentoeng, petite forteresse de Siak, nécessitèrent son intervention armée qui se termina, le 17 Juin 1761, par l’annexion pure et simple de Siak au domaine de la Compagnie.

Cet établissement fut pourtant éphémère ; en effet, lorsqu’en 1796, la Compagnie des Indes fut dissoute et son domaine incorporé à celui de la Métropole, le poste de Poeloe Goentoeng était évacué depuis 1765 et l'anarchie la plus complète régnait dans le sultanat.

Mais, au lieu de concentrer son principal eflort sur son empire colomial, la Hollande, obligée de distraire en Europe la plus grande partie de ses forces, allait perdre momentanément les positions si laborieusement conquises.

L'Angleterre s'empara successivement des colonies hollandaises, puis les Pays-Bas perdirent jusqu’à leur indépendance en 1803; enfin Java, leur plus belle colonie, fut cédée, en août 1811, à lord Minito, gouverneur général, après un simulacre de défense. |

Pourtant, quand les Pays-Bas recouvrèrent leur indépendance (1813), 1l entra dans les plans de la diplomatie britannique de leur restituer leurs colonies. On voulait un allié suffisamment lort contre une renaissance possible de l’hégémonie napoléonienne. Aussi, par la convention de Londres (13 août 1814), entre l'Angleterre et les Pays-Bas, ces derniers recouvrèrent toutes leurs possessions en Amérique, en Afrique et en Asie à

l'exception du cap de Bonne-Espérance, de Demerara, d'Essequebo et de Berbice (la paix d'Amiens leur avait déjà fait perdre Ceylan, dès 1802), plus quelques établissements en Asie orientale et à Sumatra.

Le roi de Hollande envoya aussitôt plusieurs commissaires (1) à l'effet d'effectuer la reprise des colonies indiennes (2) ; mais la transmission des pouvoirs fut fertile en incidents et la rétrocession des postes de Sumatra, particulièrement difficile.

En effet, les Anglais, qui, au début du XIX° siècle, n'avaient encore rien tenté sur la côte est de Sumatra, après avoir constaté l’activité toujours grandissante de leurs comptoirs de Poeloe Peinang entre 1806 et 1808, s'étaient décidés à envoyer à Siak plusieurs agents commerciaux ; ils prétendirent alors imposer aux Hollandais leurs propres obligations envers le sultan de Palembang, obligations stipulées dans des traités dont le contenu inaugurait un système sensiblement différent de l’ancien. Ils se refusèrent aussi à céder Bangka, qu’ils avaient reçu du sultan de Palembang.

De plus, bien qu’ils aient consenti en novembre 1816 à l’évacuation de Palembang et à opérer l'échange de Bangka contre Cochin et quelques postes de la côte de Malabar, le gouverneur anglais de Bengkoelen, Raffles, nommé en 1818 et adversaire acharné de la politique de rétrocession, sut retarder encore celle de Padang et réussit par ses intrigues à persuader le sultan de Palembang de reconnaître la suprématie anglaise, malgré l'occupation hollandaise (traité de 1818).

Enfin, Raffles, craignant que l’état d’anarchie d’Atjeh ne le fit tomber à nouveau dans la sphère d'influence hollandaise,

(4) MM. Elout, van der Capellen et Buyskes.

(2) L'article 36 de la loi fondamentale néerlandaise de 1814 avait conféré au roi le gouvernement exclusif des colonies et possessions extra-européennes.

parvint à faire partager son appréhension à lord Hastings, gouverneur général, et le décida à reconnaître comme sultan, un des prétendants à la couronne et à passer avec lui un traité dans lequel un droit d'établissement était formellement reconnu à l'Angleterre à l'exclusion de toute autre nation (1823).

L'etablissement des Hollandais à Siak fut même un instant menacé. En effet, l'Angleterre, effrayée de leurs progrès, y envoya en 1823 un de ses agents, John Andersen, qui réussit à obtenir du sultan la promesse écrite de leur interdire de s’'établir dans ses états (1).

Toutes ces querelles et luttes d'influence se seraient sans doute longtemps prolongées si le hardi coup de main de Raffles qui malgré les ordres plus ou moins sincères de lord Hastings, s'empara de Singapour, port dépendant de Djohor, et magnifique position commerciale, à l'extrême pointe de la presqu'île de Malacca, n'avait amené l'Angleterre et les Pays-Bas à entamer des pourparlers en vue du partage définitif de leurs possessions dans cette partie du monde.

Cette œuvre fut réalisée par le traité du 17 mars 1824.

Les hautes parties contractantes introduisaient dans leurs mutuelles relations la clause de la nation la plus favorisée et renonçaient réciproquement à prélever des droits d'entrée supérieurs au double de ceux qu'elles appliquaient aux indigènes (les Moluques seules étaient exceptées) ; elles s'engageaient également à réprimer sévèrement la piraterie. En outre, la Grande- Bretagne cédait aux Pays-Bas toutes ses possessions à Sumatra en échange des possessions hollandaises en Hindoustan et s’y interdisait toute occupation future.

L'abandon par la Hollande de Singapour et de Malacca appelait une compensation ; elle obtint ave: Biliton la renonciation

(1) Le sultan de Siak, dans un traité récemment passé avec la Hollande (1822), avait consenti au renouvellement d'une ancienne convention de 1761.

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définitive de l'Angleterre à Karimon, à Batam, à Bintang et autres îles du sud du détroit. De plus, les deux parties s’engageaient à ne jamais céder les territoires visés au traité et la Hollande versait une somme ronde de £ 100.000, à titre de solde d'anciens comptes, provenant principalement du retard apporté à la rentrée en possession des postes des Indes.

Enfin, 1l fut stipulé qu'aucune convention ne pourrait à l’avenir porter atteinte à l'égalité des pavillons des deux nations dans les ports d’Atjeh (art. 3). Il ne restait ainsi du traité de 1823 entre la Grande-Bretagne et Atjeh qu'une simple promesse d’hospitalité aux vaisseaux et aux sujets anglais. Mais la souveraineté de l'Etat d'Atjeh était maintenue, comme le montre nettement l'engagement pris par la Hollande, dans un protocole additionnel, d'opérer sur le sultan « une pression modérée », pour l'amener à réserver aux navigateurs et aux commerçants l'accueil exigé par le droit des gens.

Au cours du XIX° siècle, les Hollandais furent aux prises avec de nouvelles difficultés (1). Sur la côte occidentale de Sumatra ils eurent entre autres à réduire les Padri, partisans des Mohabites (2), que leurs étroites relations avec les Atchinois de Moslim incitaient à des incursions répétées, et durent réprimer le commerce des esclaves auquel les indigènes se livraient sur une vaste échelle.

D'autre part, ce n’est guère avant 1858 que la domination néerlandaise à la côte est de Sumatra pui s’affermir lentement, mais d'une manière consante.

En 1857, en effet, la tournure des événements força le gouvernement des Indes à une nouvelle intervention.

(4) Il serait trop long, dans cet exposé rapide, de suivre pas à pas les progrès de la colonisation hollandaise à Sumatra, au cours du XIXe siècle ; nous

nous bornons aux faits capitaux.

(2) Secte dominante en Arabie au début du XIV: siècle.

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