‹ Le problème de la mémoire: essai de psycho-mécaniqueChapitre 12 sur 20 · ANALYSE DE LACTE MNESIQUE — EVOCATION · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LACTE MNESIQUE — EVOCATION

{Genèse et nature de rhystérie, t. lï, p. 114). J'ai observé plus d'une fois des faits semblables, et toujours j'ai constaté l'existence d'un état de sensibilité qui avait été identique aux âges différents évoqués simultanément. Telle hystérique, par exemple, qui avait été paralysée des jambes à 12 et à 17 ans, se croyait en même temps à ces deux époques quand on arrivait, au cours de la restauration de sa sensibilité, à Tune des phases où elle avait présenté cette paralysie.

Une seconde déduction ressort donc de ces faits, c'est que l'évocation des souvenirs ne tient pas tant à la mise en jeu d'un état moléculaire déterminé qu'à la quantité de potentiel dont disposent à un moment donné les centres cérébraux. Deux états moléculaires différents ne peuvent, en se reproduisant, que reproduire les impressions différentes auxquelles ils correspondent. Si cet état moléculaire était seul en cause les faits précédents ne pourraient s'expliquer, car on ne pourrait comprendre comment un même état moléculaire donnerait lieu simultanément à deux représentations différentes. Si on admet au contraire que ces deux états moléculaires différents aient le môme potentiel, on comprend immédiatement que, ce potentiel étant obtenu, des représentations différentes puissent se produire en même temps. Nous avons ainsi l'explication de l'évocation de souvenirs n'ayant entre eux aucun lien d'association, soit de resssemblance, soit de contiguïté dans le temps ou dans l'espace.

Cette notion du potentiel croissant des centres cérébraux par le fait de leur fonctionnement, notion que je crois assez nouvelle, était indispensable à établir pour comprendre certains procédés d'évocation des souvenirs, tels que l'évocation par des états émotionnels ou cénesthésiques déterminés, et aussi par l'attention volontaire et l'effort.

n2 LE PROBLEME DE LA MEMOIRE

Que des impressions renouvelées d'objets ou de mots, qui n'en sont en quelque sorte qu'une des qualités habituelles, produisent dans certains centres le même état moléculaire déterminé la première fois par ces objets et ces mots, et par conséquent leur image qu'on appelle le souvenir, cela peut en effet se comprendre sans faire intervenir aucune autre notion que celle d'un mécanisme plus ou moins compliqué, représenté par un agencement spécial de molécules reliées entre elles par des fibres d'association ou pour mieux dire des voies d'association. Celte notion suffit encore dans le cas de souvenirs évoqués par contiguïté, soit dans le temps, soit dans l'espace, celte contiguïté dans l'espace étant d'ailleurs toujours liée, sinon subordonnée à la contiguïté dans le temps.

Elle devient absolument insuffisante quand il s'agit d'évocation sous l'influence d'états cénesthésiques ou émotionnels, d'attention et d'effort. Qu'est-ce au juste qu'un état émotionnel, que l'attention, que l'effort ; nous n'en savons rien. Mais ce qui paraît certain, c'est qu'ils ne se résolvent pas dans un simple agencement moléculaire, dans des associations plus ou moins complexes entre divers centres, dans la mise en jeu d'un mécanisme. C'est un état dynamique qui intervient, c'est une sorte de tension plus ou moins grande, de force plus ou moins active qui est mise en jeu. Dans les deux cas c'est sans doute, en fin de compte, un simple mécanisme qui fonctionne. Mais dans le premier cas ce mécanisme est mis en action par une force étrangère au cerveau, comme dans le €as d'une nouvelle impression réveillant l'image ancienne de de cette impression, ou à la partie du cerveau où se produit l'image de l'objet, si l'excitation part d'un autre point du cerveau, comme dans l'évocation d'un souvenir par un mot. Dans le second cas c'est une force interne, c'est un état dynamique du cerveau et non d'une partie déterminée plus ou

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