ANALYSE DE L*ACTE MNÉSIQUE. — ÉVOCATION
moius étendue, qui agit sur le centre de reproduction de rjmage souvenir. J'éprouve une violente émotion à propos d'un accident dont je suis témoin, et cet état émotionnel évoque en mpi le souvenir de faits sans aucun rapport avec l'accident actuel > mais ayant déterminé chez moi un trouble émotif analogue. Bien plus, sous l'influence d'un état pathologique je suis pris d'anxiété précordiale et de phénomènes circulatoires encéphaliques concomitants, et voilà des souvenirs de faits ayant déterminé des émotions accompagnées des mêmes troubles qui surgissent dans ma mémoire. De semblables états émotionnels, caractérisés par des variations générales dans l'état du cerveau, ont-ils une localisation spéciale dans un centre quelconque d'où, par des voies d'association quelconque, ils mettraient en jeu le mécanisme de la reproduction des souvenirs liés à de semblables émotions? Non sans doute. C'est le cerveau qui est mis en bloc dans un certain état dynamique, doué d'un certain potentiel, et c'est l'élévation de ce potentiel qui détermine l'état moléculaire d'où résulte la reproduction de certaines images-souvenirs.
L'attention volontaire, l'eflort, que nous apportons dans la recherche d'un souvenir qui nous échappe, prouve bien qu'il y a autre chose dans son évocation que la mise en jeu du mécanisme de sa reproduction. Il n'y a rien de commun entre les deux choses. On ne saurait dire que l'efïort porte sur le mécanisme qui va reproduire l'image-souvenir, puisque cette image-souvenir nous fait défaut. Comme le remarque très justement Maudsley, « lorsque nous cherchons volontairement un souvenir c'est que nous n'en avons pas conscience, et cependant il faut que nous en ayons déjà conscience pour le vouloir ». Je crois qu'il faut distinguer entre « savoir » et .« avoir conscience ». On peut parfaitement savoir qu'on a connu telle personne ou telle chose autrefois et cependant
SoLLiER. — Prob. de la mém. 8
n'avoir nullement conscience de s'en souvenir. Mais divers cas peuvent se présenter qu'il faut analyser pour comprendre comment les choses se passent. Pour que je veuille bien rechercher un souvenir dans ma mémoire, il faut qu'une impression quelconque vienne m'y pousser. C'est, par exemple, quelqu'un qui me demande si je me rappelle un fait que j'ai dû connaître. En me posant une pareille question il suscite la représentation partielle de ce fait. Pour peu qu'il y ajoute quelques détails pour m'aider, il complète les images qui entrent dans la composition totale du souvenir de ce fait. Toutes ces excitations, qui agissent sur les mêmes éléments que ceux autrefois atteints par les impressions produites par le fait à retrouver, finissent par s'ajouter, et à un moment donné l'image totale surgit. Que ce soit un interlocuteur, que ce soit la lecture d'une description quelconque, ou que ce soit moi-même qui, sachant que le fait s'est passé à telle époque et me replaçant par la pensée dans mon état de personnalité d'alors, retrouve par là même quelques souvenirs concomitants qui, en se groupant peu à peu, amènent l'image totale du fait à rappeler, peu importe, le mécanisme est toujours le même; et je me trouve ramené au cas simple où une impression, faisant partie d'un groupe se rapportant à un même objet, évoque par contiguïté les autres images des impressions qu'il a produites autrefois. Seulement, quand le groupement de ces impressions se fait d'une façon rapide, il ne se produit aucune sensation cérébrale pénible. Si, au contraire, l'association des images élémentaires du souvenir se fait difficilement, il y a une sensation intra-cérébrale qui peut revêtir un caractère plus ou moins désagréable suivant son intensité, d'où l'impression de lefïort. Ce n'est pas l'attention volontaire, laquelle n'est qu'un effort léger et non pénible, ce n'est pas l'effort pénible, qui provoque la mise en jeu