‹ Le problème de la mémoire: essai de psycho-mécaniqueChapitre 16 sur 20 · ANALYSE DE L'ACTE MNÉSIQUE. — RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L'ACTE MNÉSIQUE. — RECONNAISSANCE

correspond une représentation et qui correspond elle-même à une impression déterminée. Donc pas de différence entre le souvenir, la représentation, pour mieux dire, et la perception, si Ton ne considère que leur nature et leur degré d'intensité. Cependant cette distinction existe, puisque nous la faisons couramment, à Tétat normal. A quoi tient-elle donc?

Taine a proposé de la reconnaissance une théorie fort ingénieuse, et qui peut s'appliquer à un certain nombre de cas. Si le souvenir, dit-il, qui est un état de conscience présent, nous apparaît comme quelque chose de passé, c'est qu'il est contredit par les autres états présents. Pendant que je suis à ma table de travail je me représente le Panthéon. Eu môme temps je perçois tous les autres objets qui m'entourent. Or ces deux ordres de représentation s'excluent ; elles ne peuvent se superposer, se concilier. Les sensations actuelles étant toujours les plus intenses s'imposent à moi comme présentes, et repoussent au second plan la représentation du Panthéon. Si, par exception, par suite d'un état pathologique du cerveau, les sensations présentes ne se produisaient pas, c'est-à-dire si les excitations venues des objets qui m'environnent n'excitaient plus mon cerveau, où l'état dynamique correspondant à la représentation du Panthéon serait trop intense pour être modifié par des impressions -de rextérieury alors j'aurais une hallucination du Panthéon. Ce ne serait plus un souvenir, comme nous venons de le voir tout à l'heure, ce serait une véritable perception.

La contradiction invoquée par Taine n'existant pas dans tous les cas, on ne peut y voir la raison générale et unique de la distinction du souvenir et de la perception. On a cherché quelque théorie plus compréhensive en imaginant que cette

distinction a lieu par suite d'un double contraste. Le premier contraste résulte de la différence de vivacité, de netteté, de précision , etc., caractères qui offrent une beaucoup plus grande intensité dans les états de perception que dans les états de reproduction. Le second contraste résulte de ce que les états remémorés peuvent être ou non écartés ou appelés, en quelque sorte volontairement, tandis que les états primaires s'imposent nécessairement à nous. Mais le contraste ainsi compris est le résultat d'un raisonnement, est un acte d'intelligence. La rapidité avec laquelle se fait la reconnaissance, rapidité qui est telle qu'il y a simultanéité entre elle et la représentation, et que certains psychologues la regardent comme immédiate, ne permet guère d'admettre un processus de raisonnement, lequel implique toujours une certaine durée, si courte qu'on la suppose.

Entre la représentation d'un état passé et la perception d'un état présent où donc gît la différence? N'y a-t-il pas dans les deux cas un acte de connaissance ? De même que je sais que la représentation que j'ai actuellement correspond à une impression passée, de même je sais qu'une perception actuelle correspond à une impression présente. Dans les deux cas l'image qui se présente à moi est présente; elle résulte d'un état spécial de mes centres corticaux, et nous avons même vu qu'elle se reproduit au niveau des mêmes centres où elle s'est produite. Mais il y a entre les deux phénomènes une différence capitale, c'est le sens de l'excitation. Dans la perception, l'excitation est centripète ; elle vient de l'extérieur pour agir sur les centres récepteurs ; dans le souvenir, elle est centrifuge et vient des centres d'évocation, de mémoire, des centres intellectuels, situés au-dessus des centres récepteurs. Dans l'état normal l'excitation externe frappe d'abord le centre récepteur, y détermine un état mole-

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culaire et dynamique spécial, et de là, soit directement, soit par l'intermédiaire des centres d'association, va frapper les centres percepteurs. Grâce à sa netteté, à son intensité, cette excitation externe marche avec une grande rapidité et il y a simultanéité apparente entre elle et la perception. Que la réaction cérébrale soit plus lente, comme cela se voit dans certaines maladies mentales, dans la mélancolie par exemple, ou dans l'hystérie à un degré prononcé, et le sujet met un certain temps à se rendre compte que ses impressions correspondent à la réalité présente. 11 se demande souvent s'il rêve ou s'il voit réellement les choses, et ce n'est qu'en prolongeant l'excitation qu'il arrive à en avoir conscience comme d'un fait présent. Le ralentissement de la propagation de l'excitation externe permet de constater qu'il n'y a pas simultanéité entre elle et la perception consciente.

Dans le souvenir, l'excitation ne part plus de l'extérieur mais de l'intérieur du cerveau, du centre d'évocation, du centre percepteur, du centre intellectuel. Il y a là simultanéité parfaite entre l'état dynamique du centre d'évocation et celui du centre de réception où va se faire la représentation. Si les connexions entre ces deux centres sont rompues, Tétat dynamique évocateur peut se produire, mais la représentation n'a pas lieu, ainsi qu'on le voit dans certaines formes d'aphasies, comme nous l'avons dit. Mais, dès que l'état dynamique du centre récepteur provoqué par l'excitation du centre intellectuel s'est produit, la représentation apparaît. La conscience de cette représentation est ^donc absolument simultanée de son évocation dans l'acte du souvenir; elle est simultanée de Texcitation du ceutre récepteur ou centre de représentation ; au contraire, dans la perception, elle est consécutive à l'excitation du centre récepteur. La reconnaissance est donc immédiate dans la représentation d'une image

passée ; elle fait réellement partie de cette représentatioa. Elle n'est autre chose que la connaissance que nous avons que le phénomène qui se passe en nous est d'origine interne et non externe. C'est donc le sens dans lequel se produit l'excitation du centre récepteur, interposé entre le centre de perception et l'objet extérieur, — centre récepteur qui est aussi le centre de représentation — - qui fait que nous savons qu'une représentation correspond ou non à un objet présent. Et cela est si vrai que lorsque, ainsi que nous l'avons vu à propos des hallucinations, ce centre récepteur est mis en état d'activité par une autre cause qu'un objet extérieur réel, la représentation qui correspond à cet état d'activité, lequel a secondairement ébranlé le centre percepteur par propagation centripète, apparaît à la conscience comme le résultat d'une excitation extérieure présente, c'est-à-dire comme une perception actuelle.

Mais nous ne distinguons pas seulement entre les perceptions et les souvenirs. Nous distinguons aussi entre les souvenirs et les images produites dans notre imagination. Pouvons-nous dans ce cas admettre le mécanisme que je viens d'exposer? Gratacap^ attribue cette distinction à un double contraste, comme dans la distinction entre la perception et le souvenir. Pour lui, les créations de l'imagination, reconnues pour telles, ont pour principal caractère d'impliquer un certain effort; de plus les représentations sont appelées, cherchées par le moi, au lieu de se présenter spontanément et sans effort, comme dans le cas de souvenirs. On va du connu vers l'inconnu dans l'imagination, et du connu vers le connu dans le souvenir. Voilà un premier contraste. Le second consiste dans la liberté que nous avons de modifier à notre gré la représentation ima-

{\) La Mémoire. Th. Paris.

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ginaire, tandis que dans les souvenirs il y a une sorte de nécessité à nous la représenter telle qu'elle est et une sorte d'impossibilité, ou tout au moins de difficulté, à la modifier. Ce contraste existe-t-il bien réellement ? Est-ce que tous les souvenirs sont rappelés spontanément et sans effort, est-ce que, pour arriver à retrouver un souvenir qui m'échappe, je ne suis pas obligé de me livrer à un travail de reconstitution par tâtonnements, qni ne va pas sans difficulté et sans efforts, et qui ressemble singulièrement, à une création de l'imagination, puisque, avant d'arriver au souvenir exact, je fais une série de combinaisons approximatives, qui ne correspondent pas à la réalité, et sont par conséquent imaginaires? Il n'y aurait donc pas de différences entre l'acte par lequel je cherche un souvenir et celui par lequel j'imagine une représentation. Je ne m'y trompe pas cependant, et je sais toujours, au cours de la reconstitution de mon souvenir que les représentations que j'évoque successivement sont fausses. Je ne sais pas ce qu'est exactement la représentation cherchée, puisque je la cherche, et cependant je sais que les représentations qui se présentent à moi, si vraisemblables quelles soient, ne sont pas celle que je cherche. Le contraste entre le souvenir et l'imagination, résultant de la différence d'effort et de spontanéité, n'existe donc pas. Le second existe-t-il plus ? Que la représentation dans le souvenir s'impose à moi par une véritable nécessité, cela ne peut guère faire de doute. Mais que j'aie la liberté de modifier les représentations dans l'imagination, cela n'est rien moins que prouvé. De quoi donc sont composées nos représentations imaginaires, sinon de souvenirs associés d'une manière différente de la i-éalité, d'une façon nouvelle? La volonté et la conscience y président-elles tant que cela; les évoquons-nous ou les subissons-nous nécessairement?

Entre l'hallucination, le rêve et l'imagination, il n'y a que des dilïérences de degré. Or, dans ces trois états, il y a une chose qui est commune, c'est l'affaiblissement de la conscience, affaiblissement plus ou moins marqué dans l'imagination, beaucoup plus dans l'hallucination, et plus encore dans le rêve. Parallèlement à cet affaiblissement de la conscience nous voyons les impressions présentes ne plus donner lieu qu'à des perceptions vagues, et même presque nulles comme pendant le sommeil. Or cet affaiblissement de la conscience n'est que la traduction d'un affaiblissement de l'activité cérébrale, lequel a pour conséquence une diminution dans l'association et la coordination des états dynamiques des différents centres cérébraux.

Chaque centre fonctionne en quelque sorte pour son propre compte, sous l'influence de causes variées, circulation, excitations périphériques quelconques, etc. Les états moléculaires et dynamiques ainsi provoqués reproduisent des images anciennes plus ou moins complètes, mais sans rapport avec celles des autres centres, d'où l'incohérence des rêves. Cette incohérence est d'aulant plus faible que le sommeil est moins profond, que la perception consciente est moins diminuée. Aussi sont-ce les rêves qui se produisent le matin, au moment du réveil, qui sont le mieux coordonnés et qui sont le plus capables d'être rappelés à l'état de souvenirs après le réveil. 11 en est de même, d'ailleurs, comme l'a montré Delbœuf \ des hallucinations ou des actes suggérés pendant le somnambulisme hypnotique. Si on réveille le sujet pendant qu'il accomplit encore l'acte suggéré, il se souvient des actes précédents qui s'enchaînent avec son acte présent. Sinon il ne peut s'en souvenir, quelles que soient les images, capables de le lui

(1) La Mémoire chez les hypnotisés. Rev. Phil., 1886, t. I, p. 441.

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rappeler, qu'on évoque chez lui. Dans les rêves ordinaires, il est vraisemblable que ce ne sont que les centres récepteurs qui sont en activité, puisque la perception consciente et le souvenir font défaut. Le potentiel cérébral s'abaissant, la propagation de l'excitation, de la vibration nerveuse, ne se fait pas plus entre les centres percepteurs et les centre récepteurs qu'entre les centres récepteurs eux-mêmes. Dans les centres percepteurs il doit se passer ainsi que dans tout le reste du cerveau des modifications moléculaires et dynamiques, comme dans toute matière vivante. Mais nous avons là une confirmation de la dissociation des centres percepteurs, intellectuels, de mémoire, et des centres récepteurs, de représentation.

Nous avons dit que dans les centres percepteurs se faisait l'évocation des représentations, sous forme d'un certain état dynamique aussi différent de la représentation elle-même, que l'état dynamique des centres récepteurs produit par une excitation extérieure l'était de cette excitation elle-même. Les modifications qui se passent dans les centres récepteurs provoquent des représentations plus ou moias complètes, mais sans lien avec celles qui se produisent dans les autres centres, d'où des associations d'images bizarres et incohérentes. Dans les centres percepteurs les modifications moléculaires et dynamiques correspondent sans doute à des états qui provoqueraient l'évocation de certaines représentations, si le potentiel était suffisant pour que l'excitation se propageât aux centres récepteurs, de sorte qu'il peut y avoir un processus d'évocation que nous ne pouvons que supposer mais non constater, puisqu'il n'y a pas de représentation par suite de la rupture d'association dynamique entre les centres percepteurs et les centres récepteurs, comme entre les centres récepteurs euxmêmes. Dès que le potentiel augmente, le cerveau commence

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à percevoir les impressions du dehors, ce qui indique que les associations entre les centres récepteurs et percepteurs se rétablissent. La réaction des premiers sur les seconds est réciproque. Aussi voit-on les représentations devenir plus nettes, s'associer plus logiquement entre elles, se coordonner, et, une fois le réveil arrivé, pouvoir être reproduites, ce qui prouve qu'elles ont déterminé un état dynamique assez intense.

Dans riiallucination, nous avons vu que c'étaient les centres récepteurs qui agissaient isolément, donnant ainsi lieu dans les centres percepteurs à une véritable perceptio», comme si l'excitation était d'origine extérieure. Nous n'y reviendrons pas. Dans Timagination ce n'est qu'un degré de moins ; mais souvent la difïérence est bien faible. On sait combien les hommes d'imagination arrivent iacilemeut à Thallucinatiou. Les exemples de poètes, de dramaturges, qui ne faisaient que transcrire leurs hallucinations, sont trop conuus pour que je les signale ici. Que faisons-nous lorsque nous nous laissons aller à la rêverie, sinon de fermer nos seus aux excitations extérieures et laisser notre cerveau fonctionner automatiquement? Nous nous immobilisons, nous fermons les yeux, nous ne faisons attention à aucun bruit, et nous assistons aux images qui se déroulent dans notre esprit. Bien loin que rimagination s'accompagne d'un efiort, même l'imagination créatrice vraie, je crois au contraire qu'elle l'exclut et que c'est plutôt la mémoire qui la nécessite. Déplus, l'imagination étant un phénomène d'association automatique de représentations, d'autant plus caractérisé que la conscience manque davantage, on ne voit pas trop comment elle contraste avec la mémoire par le fait que ces représentations seraient librement évoquées et modifiées. Le fait même de la diminution de la conscience entraîne la diminution de l'évocation volontaire. Le sujet qui a des représentations imaginaires les subit

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donc bien plus nécessaire méat que celui qui a des représentations d'itûages réelles passées. Il les subit si peu dans la mémoire que toutes celles qui s'offrent à lui, quand il recherche un souvenir perdu, il les repousse comme fausses. S'il y avait liberté et faculté de modification dans un des deux actes, ce serait donc plutôt dans celui de la mémoire que dans celui de l'imagination. On pourrait m'objecter que le contraste se trouve ainsi renversé, mais n'en existe pas moins. Mais à la vérité il n'est pas besoin de faire appel à aucun contraste, et nous ne sommes pas plus libres dans un cas que dans l'autre.

Tout ce que nous venons de dire du processus des représentations imaginaires, qu'elles se présentent sous forme de rêves, d'hallucinations ou de conceptions, nous montre qu'il se passe au niveau des centres récepteurs, des centres de reproduction, de représentation. Dès lors nous sommes ramenés au cas précédent de la perception et du souvenir. Les centres percepteurs sont en effet atteints, comme dans la perception d'origine externe, par une vibration à propagation centripète, et l'état dynamique qui y est déterminé ainsi est consécutif à celui des centres de représentation et non simultané, encore moins antécédent, comme lorsque l'évocation précède forcément la reproduction. La reconnaissance qui est le corollaire de cette simultanéité ne saurait donc se produire. Le problème se trouve ainsi ramené à savoir, non pas comment nous distinguons un souvenir d'une représentation imaginaire, mais comment nous distinguons celle-ci d'une perception réelle, puisque nous avons admis que le processus se passe dans les deux cas au niveau des centres récepteurs.

Mais dans la perception réelle, l'état dynamique du centre récepteur est déterminé par une excitation venue du dehors; dans la conception imaginaire, elle vient du dedans. Dans le

souvenir aussi elle vient du dedans, avons-nous vu ; où donc est alors la différence? En ceci, que dans le souvenir c'est le centre percepteur, centre de mémoire et d'évocation, qui envoie aux centres d'association et de représentation l'impulsion nécessaire pour les faire entrer en activité, tandis que dans l'imagination cette impulsion vient de la vibration communiquée par d'autres centres. Le centre percepteur perçoit donc à la fois l'état dynamique du centre récepteur et l'état dynamique des autres centres qui entrent en vibration avec lui. On peut représenter les choses de la façon suivante, P étant le centre percepteur, R le centre récepteur, ou de représenta-

E Fig. 2.

Fig. 3.

Fia:. 4.

tion, E l'excitation externe et e l'excitation interne d'un centre associé à R. Dans la perception (fig. 2) le courant nerveux est centripète; dans le souvenir (fig. 3) il est centrifuge, dans l'imagination (fig. 4) il est à la fois centripète et centrifuge.

La représentation évoquée en R par e est évidemment plus faible d'intensité que l'image provoquée par E dans la perception. Mais cette différence d'intensité n'est pas plus suffisante pour expliquer la distinction entre le souvenir et la conception imaginaire, qu'elle ne l'est pour la distinction entre le souvenir et la perception. L'hallucination est là pour le prouver. Il en est de même des différents contrastes que

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nous avons vu proposer. Je crois donc que, comme pour le souvenir et la perception, c'est surtout le sens du courant nerveux qui permet d'établir les distinctions entre le souvenir et la conception imaginaire.

Mais pour admettre cette manière de voir il faudrait établir que nous pouvons avoir conscience du fonctionnement de notre cerveau et des modifications actives qui s'y produisent, tantôt sur un poiut, tantôt sur un autre. Avons-nous donc connaissance de notre activité cérébrale ? Je crois avoir mis en évidence Texistence de la cénesthésie cérébrale dans mes rejcherches sur Thystérie. J'ai montré que le cerveau se comporte comme un organe quelconque et qu'il est doué d'une sensibilité propre, dont la perte ou le retour s'accompagnent de réactions spéciales d'ordre psychique, et de réactions sensitives identiques à celles qu'on observe quand les autres organes perdent et recouvrent leur sensibilité. J'ai rapporté de nombreux faits cliniques et des expériences d'où il résulte que le cerveau peut être divisé en deux grandes régions : l'une, que j'ai appelé le cerveau organique y reçoit les impressions de tous ordres provenant de la périphérie, — sensitives, sensorielles, kinesthésiques et cénesthésiques, — et est composée d'uue série de centres spéciaux ayant une certaine autonomie et associés les uns aux autres par des fibres qui permettent aux vibrations nerveuses de se propager suivant certaines directions préétablies. Car, soit dit en passant, on ne saurait concevoir des associations dynamiques sans associations anatomiques. J'ai qualifié l'autre région de cerceau psychique, parce que les réactions qui accompagnent le retour de son fonctionnement sont d'ordre psychique, de môme que celles qui accompagnent le retour du fonctionnement de la première sont sensitives.

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Or ces deux parties peuvent recouvrer séparément leur fonctionnement et nous avons ainsi le moyen de contrôler objectivement ces faits. Prenons une hystérique anesthésique totale, et par un procédé quelconque restaurons sa sensibilité des membres et des viscères. Au fur et à mesure que cette restauration se fait nous constatons que le crâne, qui était totalement anesthésique, lui aussi, recouvre en certains points sa sensibilité, et si nous recherchons quels sont ces points, nous nous apercevons facilement qu'ils correspondent à la région sous-jacente du cerveau renfermant le centre sensitif ou moteur de la partie du corps qui vient de recouvrer sa sensibilité. De telle sorte qu'au bout d'un certain temps, lorsque la sensibilité a reparu dans tout le corps, et avec elle ^le fonctionnement normal des différents organes, toute une vaste région du crâne est redevenue sensible, elle aussi : c'est la partie qui recouvre les circonvolutions motrices et sensitives du cerveau, et c'est cette partie que j'ai appellée le cerveau organique. Or, en même temps que la sensibilité périphérique reparait et que le cerveau recouvre son activité, le sujet éprouve des sensations spéciales dans les divers points qui entrent en activité, et les localise parfaitement. Il a donc bien nettement connaissance du travail intérieur qui se passe dans une partie de son cerveau.

Mais à celte première constatation vient s'en ajouter une autre. Toute la région frontale du crâne, correspondant à la région antérieure du lobe frontal du cerveau, est restée anesthésique. Or le sujet n'a que des sensations actuelles qui ne réveillent pas ses sensations anciennes, et il n'eu conserve qu'à peine le souvenir. Il a une personnalité actuelle, qui n'est pas reliée à sa personnalité passée. Mais continuons la restauration de la sensibilité, et nous observons alors que la sensibilité de la région frontale reparaît, et qu'elle s'accom-

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