‹ Le problème de la mémoire: essai de psycho-mécaniqueChapitre 17 sur 20 · ANALYSE DE L ACTE MXESIQUE. — RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L ACTE MXESIQUE. — RECONNAISSANCE

pagae de sensations tout à fait spéciales, se succédant toujours dans un ordre parfaitement déterminé, puis qu'à un moment donné reparaissent tous les souvenirs, qui se déroulent devant le sujet d'une façon tellement nette que , si on arrête cette restauration, il se croit à l'époque même où se passaient les événements qu'il se rappelle. Le retour de l'activité du lobe frontal, dont la sensibilité de la région frontale du crâne n'est que la traduction, a donc entraîné l'évocation des souvenirs.

Mais ce n'est pas tout encore. Car, sous l'influence de ce travail qui s'accomplit dans les lobes frontaux, on voit la sensibilité de la région postérieure du crâne se modifier, c'est àdire par conséquent l'activité du cerveau organique, et parallèlement les réactions motrices et sensitives des membres et viscères. L'évolution moléculaire et dynamique du cerveau psychique détermine donc dans les centres organiques une série d'états dynamiques successifs, qui reproduisent les états passés et en provoquent la représentation consciente.

Je ne veux pas insister pour le moment sur ces phénomènes si intéressants, me réservant d'y revenir longuement et de les critiquer dans le chapitre prochain sur le siège et la nature de la mémoire. Qu'il nous su[rise maintenant de savoir que le cerveau a une sensibilité propre, qui lui permet de prendre connaissance des phénomènes physiologiques qui se passent en lui, et que c'est seulement dans les lobes antérieurs, dans la région préfrontale du cerveau, que se font la perception des impressions présentes, et l'évocation des impressions passées, tandis que c'est dans les lobes moyens et postérieurs, dans le cerveau organique, moteur et sensitif, que s'accomplissent la reproduction des impressions passées et l'état dynamique correspondant aux impressions présentes.

Nous voici amenés à une question de la plus haute impor-

tance : quel est le rôle de la conscience dans la mémoire ? Plusieurs points doivent être examinés. Tout d'abord, est-il nécessaire que les impressions qui agissent sur notre cerveau soient conscientes pour pouvoir être conservées et reproduites? Des impressions qui ont été inconscientes peuventelles s'accompagner de conscience quand elles se reproduisent? Que deviennent nos souvenirs pendant que nous ne les évoquons pas? Enfin, comment peut se faire le passage de la mémoire consciente à la mémoire inconsciente et réciproquement ?

Il serait évidemment nécessaire de définir au préalable ce que Ton doit entendre par conscience. Malheureusement une définition précise de la conscience est eucore à donner. Admettons simplement qu'il s'agit de la connaissance que nous avons, au moment où nous accomplissons un acte, que c'est nous qui l'exécutons, que c'est de nous que part l'excitation, et, lorsque des excitations du dehors viennent nous frapper, que les phénomènes que nous sentons en nous-mêmes sont produits par elles.

Pour être reproduites sous forme de souvenirs, les impressions qui frappent nos sens, ou ébranlent nos nerfs et par eux atteignent notre cerveau, doivent-elles être conscientes? Beaucoup de philosophes l'ont admis et l'admettent encore. Mais de nombreux faits prouvent le contraire. Pour être conscient un phénomène doit avoir une certaine durée. Une impression trop rapide n'est pas perçue consciemment. Elle a cependant agi sur les centres récepteurs de l'écorce, mais le sujet l'ignore et ne s'en souvient pas. C'est ce qui arrive, par exemple, dans des chocs brusques, qui laissent souvent après eux une amnésie, pouvant même quelquefois porter sur une période antérieure à l'accident (amnésie rétrograde. Or, dans ces cas, si on peut plonger le sujet dans le sommeil hypno-

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tique, on constate que les faits qu'il semble ignorer à l'état de veille, il les connaît dans l'état hypnotique. Les conditions du souvenir ne sont sans doute pas normales, mais il n'en reste pas moins démontré que l'impression qui n'avait pas eu le temps d'être consciente peut cependant être reproduite d'une façon consciente. De même certains rêves, dont, à l'état de veille, on ne conserve aucun souvenir, peuvent être parfois évoqués dans l'état de somnambulisme hypnotique. Certains états délirants dont les sujets ne paraissent avoir aucune conscience, reparaissent souvent à la mémoire quand la guérison est survenue. Dans ces cas ce n'est pas la durée de l'impression qui a empêché la conscience de se produire, c'est son intensité.

On peut mettre en évidence expérimentalement ce fait qu'une impression inconsciente peut être reproduite sous forme de souvenir avec conscience de la manière suivante : Je prends un sujet hypuotisable, en puissance d'hystérie, mais n'en présentant aucune manifestation actuelle et n'ayant aucun trouble sensitif ni fonctionnel. Je Tendors et lui anesthésie le bras gauche par exemple. Je constate, au niveau de la zone rolandique de l'hémisphère, droit, une plaque d'anesthésie qui m'indique que le centre sensitivo-moteur du bras est bien diminué dans son fonctionnement. Mais je ne pousse pas l'anesthésie jusqu'à la paralysie complète. Je réveille le sujet je fais alors exécuter passivement à ce bras différents mouvements, et je le pique. Le sujet n'a conscience ni des mouvements, ni des piqûres. Il n'en a pas plus souvenir dans l'état de sommeil que dans l'état hypnotique. Je le rendors et lui fais recouvrir la sensibilité du bras. Il se souvient aussitôt de ce que je lui ai fait faire et des excitations douloureuses produites par les piqûres. Il s'en souvient également à l'état de veille. Je produis maintenant une anesthésie complète avec

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paralysie flasque et je fais de nouveau exécuter passivement des mouvements du bras, que je pique encore. J'ai beau, cette fois, restaurer la sensibilité du membre, le sujet n'a aucun souvenir de ce que j'ai fait, ni dans le sommeil hypnotique, ni dans Tétat de veille.

A quoi tient cette différence? Dans le premier cas, le centre moteur n'étant pas complètement arrêté a subi une certaine modification moléculaire, accompagnée d'un certain état dynamique, qui a excité le centre percepteur trop légèrement pour que la conscience ait lieu. Dans le second cas, aucun changement moléculaire ne se produit dans le centre récepteur ; il ne se produit donc aucun retentissement de l'état dynamique de ce centre sur le centre percepteur.

Deux conclusions sont à tirer de ces faits. La première, c'est que les impressions absolument inconscientes ne donnent pas lieu à des souvenirs, et que c'est seulement lorsqu'elles sont subconseientes qu'elles peuvent être reproduites par la mémoire. La seconde, c'est que la vivacité de la reproduction dépend seulement de l'état potentiel du centre récepteur et non de l'intensité de l'évocation, ou, si l'on veut, de l'état dynamique du centre percepteur. En effet, que se passe-t-il dans le premier cas, où l'anesthésie du bras a été incomplète i L'excitation E, au lieu de produire dans le centre récepteur un état dynamique D, n'a produit qu'un état d, lequel n'a provoqué dans le centre percepteur, au lieu du potentiel P, que le potentiel p, trop peu élevé pour s'accompagner de conscience. Mais tandis que l'état fonctionnel du centie récepteur ne lui permet pas de présenter un état dynamique supérieur à dy sous l'influence de l'excitation maximum E, le centre percepteur étant parfaitement normal aurait pu s'élever au potentiel P. Lorsque je restaure la sensibilité du bras le centre récepteur seul a donc à recouvrer son fonctionne-

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pient normal. Le centre percepteur reste le même avec son potentiel p s'ajoutant, comme nous Tavons vu précédemment, à la somme des potentiels déterminés par la série des impressions successives antérieures. Si le fait de rétablir le fonctionnement normal du centre récepteur permet la reproduction consciente de l'excitation E, cela prouve donc que Texcitation produite par le potentiel p du centre percepteur suffit à déterminer dans le centre récepteur l'état dynamique D correspondant à l'excitation E agissant sur lui quand il est normal.

Ainsi s'explique comment une très faible évocation peut amener des souvenirs très vifs. Et dans ce cas particulier nous voyons même que l'évocation est produite par un potentiel trop faible pour s'accompagner de conscience. Nous avons donc aussi le moyen de comprendre la réminiscence, dans laquelle il y a reproduction d'une impression ancienne d'une façon assez nette, mais où il n'y a pas de reconnaissance de cette impression. Cela tient

Fig. 5.

simplement, à ce qu'il semble, à ce que le processus d'évocation s'accompagne d'un potentiel trop faible pour être conscient. Nous nous trouvons rameoé, si nous voulons représenter graphiquement le processus, comme nous l'avons fait plus haut pour la perception, le souvenir et l'imagination, à une figure qui diffère également de ces deux derniers phénomènes (fig. 5).

En effet l'excitation part de P (centre d'évocation) comme dans le souvenir (fig. 3). Mais cette excitation centrifuge n'étant pas consciente à cause de sa faible intensité, c'est comme si elle n'existait pas. Cependant l'état dynamique provoqué par elle dans le centre récepteur étan^t assez intense pour que la représentation se produise, réagit sur le centre P lui-même

par une vibration centripète, non contre-balancée parla première centrifuge beaucoup plus faible et en outre antérieure à elle, et y détermine ainsi un état potentiel assez élevé pour s'accompagner de conscience, comme dans la perception (lîg. 2) ou rimagination (fig. 4).

Mais dans les cas que nous venons d'examiner, la perception est subconsciente parce que le centre récepteur de rimpression fonctionne mal. L'inverse peut se produire : le centre récepteur réagit normalement sous l'influence de l'excitation soit externe, soit ioterne, mais le centre percepteur a un fonctionnement insuffisant. Dans ces conditions la perception consciente ne se produit plus, ni par conséquent non plus la représentation des impressions passées, le centre percepteur étant aussi incapable d'évocation que de perception. D'ailleurs, dès l'instant qu'il est iqcapable de percevoir consciemment un état dynamique du centre récepteur, provoqué par une excitation présente et externe, il ne saurait davantage percevoir le même état dynamique, capable de reproduire l'impression faite antérieurement par cette excitation, sous une autre influence quelconque externe ou interne. Dans ces conditions les impressions produites sur le cerveau ne peuvent être reproduites sous forme de représentations, de souvenirs. Il y a amnésie non seulement antérograde, mais encore rétrograde. Nous verrons dans le prochain chapitre les conséquences que ce fait a au point de vue du mécanisme de la mémoire et de son siège. Pour le moment nous n'avons à nous occuper que des rapports de la mémoire avec la conscience.

Que se passe-t-il dans ce cas, fréquemment observé et facilement provoqué expérimentalement chez les hystériques? Tout d'abord il est exceptionnel que le centre percepteur soit complètement arrêté dans son fonctionnement, si même cela

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