‹ Le problème de la mémoire: essai de psycho-mécaniqueChapitre 18 sur 20 · ANALYSE DE L*ACTE MNÉSIQUE. — RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L*ACTE MNÉSIQUE. — RECONNAISSANCE

se rencontre, ce que je ne crois pas. Mais il suffit qu'il soit diminué dans une certaine mesure pour que la conscience des perceptions disparaisse et que l'évocation consciente des représentations soit impossible. Néanmoins on doit admettre que les centres récepteurs, réagissant normalement sous Tinfluence des excitations périphériques, déterminent dans les centres récepteurs une certaine vibration, un certain état moléculaire, accompagné comme toujours d*un certain potentiel. Si ce potentiel n'est que p, incompatible avec la conscience, ce n'est pas comme dans le cas précédent parce que l'excitation E n'a déterminé dans le centre récepteur qu'un état dynamique d au lieu de D, mais parce que c'est le centre percepteur lui-même qui est incapable d'élever son potentiel jusqu'à P sous l'influence de D. Restaurons le fonctionnement de ce centre percepteur, — ce que j'ai montré (§ Genèse et niture de Vhijstérie) qu'on peut faire facilement et contrôler par le retour de la sensibilité objective du crâne, chez les sujets qui sont dans ces conditions spéciales, soit spontanément, soit expérimentalement, — et nous voyons aussitôt, non seulement la conscience des perceptions actuelles reparaître, mais l'évocation consciente des impressions anciennes redevenir possibles, en un mot la mémoire se rétablir et tous les souvenirs surgir de nouveau. Et nous les voyons surgir, ces souvenirs, dans l'ordre même où les impressions se sont succédé, depuis le moment où le centre percepteur a cessé de fonctionner normalement et consciemment, jusqu'au moment présent. Or cette progression se fait parallèlement au retour du fonctionnement des régions cérébrales supposées destinées à la perception consciente et à l'évocation, c'est-à-dire à la mémoire, fonctionnement dont on peut suivre la marche ascendante, par la restauration de plus en plus parfaite de la sensibilité du crâne au niveau de ces régions du cerveau.

Le relèvement du potentiel des centres percepteurs amène donc révocation des souvenirs des impressions qui avaient été s«bconscientes. Et comme les centres récepteurs étaient normaux et envoyaient aux centres percepteurs des vibrations proportionnelles aux excitations qu'ils recevaient euxmêmes, le rapport entre les différents potentiels ainsi déterminés dans les centres percepteurs est conservé, bien que tous soient inférieurs à l'intensité nécessaire pour qu'il y ait conscience. Il en résulte que, lorsque les centres percepteurs recouvrent leur fonctionnement, leur potentiel s*élève uniformément, et qu'il n'y a pas prédominance de telle ou telle espèce de souvenirs. Aussi dans ces conditions la i-eproduction porle-t-elle sur tous les ordres d'impressions, sensorielles, sensitives, kineslliétiques el cénesthésiques, et assistet-on à une véritable reviviscence des états de personnalité successifs par lesquels le sujet a passé sans aucune solution de continuité.

Donc, que les impressions soient subconscientes parce que Ifes centres récepteurs fonctionnent insuffisamment, ou au .contraire les centres percepteurs seuls, elles peuvent toujoui*s se reproduire sous forme de souvenirs conscients, lorsque ces centres recouvrent leur fonctionnement normal. Lorsque les impressions ont été absolument inconscientes, n'ayant déterminé aucune modification moléculaire et dynamique, soit dans les centres récepteurs, soit dans les centres percepteurs, il n'y a aucune reproduction possible, quelque bon fonctionnement que recouvrent les centres. Il n'est même pas nécessaire que leur fonctionnement soit complètement arrêté — en admettant que physiologiquement ce soit possible, — il suffît qu'il soit diminué d'une façon très considérable, pour que le sujet conserve à jamais des lacunes de la mémoire.

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Mais que deviennent nos souvenirs pendant que nous ne les évoquons pas? On a dit : Toubli est la condition de la mémoire , montrant aiosi , sous une forme d'apparence paradoxale, que « sans Toubli total d'un nombre prodigieux d'états de conscience et Toubli momentané d*un grand nombre, nous ne pourrions nous souvenir » (Ribot). « A mesure que le présent rentre dans le passé, dit-il encore, les états de conscience disparaissent et s'eiïacent. Revus à quelques jours de distance, il n*en reste rien ou peu de chose : la plupart ont sombré dans un néant d'où ils ne sortiront plus et ils ont emporté avec eux la quantité de durée qui leur était inhérente; par suite un déchet d'états de cons* cience et un déchet de temps. Si pour atteindre un souvenir lointain il nous fallait suivre la série entière des termes qui nous en séparent, la mémoiœ deviendrait impossible à cause de la longueur de l'opération. » Il serait préférable de dire que la condition de la mémoire c'est le passage du conscient à l'inconscient et non l'oubli. En effet, si pour nous rappeler un phénomène nous sommes obligés de faire abstraction de beaucoup d'autres, nous ne les oublions pas en réalité, puisque, dans un moment, nous allons pouvoir nous les représenter à leur tour.

Il faut d'ailleurs distinguer entre ce qui se passe dans les centres récepteurs des impressions et les centres percepteurs de ces impressions. Nous avons vu qu'une impression détermine dans les premiers un état moléculaire particulier correspondant d'une façon telle que, chaque fois que cet état moléculaire se reproduit, nous avons la représentation de l'impression primitive. Mais les impressions successives qui viennent frapper les centres récepteurs y provoquent des états moléculaires absolument différents les uns des autres, tant au point de vue de l'agencement des molécules impressionnées

que de Tétat dynamique qui résulte de l'excitation, de la vibration de ces molécules. La condition même de la distinction entre les diverses impressions frappant un même centre récepteur est la substitution complète des différents états moléculaires successivement déterminés par elles, et cette substitution exclut complètement leur conservation dans ces centres et par conséquent la mémoire.

Mais il n'en est pas de même dans les centres percepteurs. Là il n'y a pas oubli par substitution, par transformation, il y a effacement par superposition, par accumulation, et, si nous voulons nous servir d'une expression qui fait image et qui a été déjà employée, disons par stratification. Nous réserverons pour le prochain chapitre d'expliquer ce qu'il faut entendre par ce terme qui est beaucoup plus exact que certains n'ont paru le croire. Que se passe-t-il en effet dans les centres percepteurs? Sous l'influence de l'excitation provoquée par l'état dynamique du centre récepteur, il se produit dans le centre percepteur un état dynamique nouveau, qui ne détruit pas le précédent, mais s'y ajoute et l'implique. Comme nous l'avons vu, en effet, notre sensibilité s'accroît en capacité avec le temps, notre pouvoir de discernement augmente, notre potentiel cérébral s'élève, bien que l'intensité de nos sensations n'augmente pas, ni non plus celle de nos perceptions. Il faut donc que ce soit par sommation que se fasse cet accroissement. 11 semble qu'il se passe quelque chose d'analogue à ce qui arriverait en chargeant un accumulateur électrique avec une série de piles, l'accumulateur représentant nos centres percepteurs et les piles nos centres récepteurs. Ces piles peuvent être accouplées de façons différentes, dégager une quantité plus ou moins grande de courant électrique, ayant lui-même une intensité plus ou moins grande, l'accumulateur emmagasine une quantité toujours croissante d'éner-

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