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ANALYSE DE L ACTE MNESIQUE. — LOCALISATION

gie électrique. Son poteatiel s'élève sans cesse, jusqu'à ua certain maximum, de telle sorte que la somme de ses potentiels successifs/) + p' + p", etc., n'est jamais la même à deux moments. Or nous n'avons conscience que du moment présent. Quand nous avons un souvenir conscient d'un événement passé, ce n'est pas du passé que nous avons conscience, c'est de l'état actuel de notre cerveau qui permet la représentation de ce passé. Toute impression cesse donc d'être consciente dès qu'elle cesse d'être présente. Le potentiel P, qui lui correspond dans le centre percepteur, est augmenté du potentiel correspondant à l'impression qui lui a succédé, et c*est ce nouveau potentiel P' qui est accompagné de l'état de conscience. Mais P' n'a pas détruit P. Il l'implique au contraire ; P ne cède pas la place à P', comme les états moléculaires des centres récepteurs correspondant à deux impressions différentes successives; il se l'adjoint. P' se superpose à P et le masque, mais P étant plus petit que P' le centre percepteur a toujours à sa disposition l'énergie qui correspond à P, car qui peut le plus peut le moins. Et lorsqu'il met en jeu cette quantité d'énergie, il détermine dans le centre récepteur un état dynamique spécial qui correspond luimême à la représentation de l'impression ayant primitivement agi sur lui.

Ainsi s'explique à la fois l'effacement des perceptions, leur conservation et leur évocation possible. Nous chercherons à prouver cliniquement et expérimentalement ces vues particulières dans le prochain chapitre, et les conséquences qui en découlent.

Localisation. — Nous passerons rapidement sur la localisation des souvenirs dans le passé, qui est autre chose que le report dans le passé que nous avons cherché à expliquer plus-

haut. Pour localiser uu souvenir je dois forcément le placer entre deux autres contigus dans le temps: au contraire, pour savoir que la représentation que j'ai actuellement est un souvenir, je n'ai piis besoin de la placer entre d'autres souvenirs. Le mécanisme des deux actes de reconnaissance et de localisation, encore que le second implique le premier, n'est donc pas le même.

Pour expliquer comment nous localisons nos souvenirs, on a imaginé le procédé des points de repère. Mais il est facile de s'apercevoir que cette explication n'en est pas une, car les points de repère ne sont eux-mêmes que des souvenirs plus précis et bien localisés, et l'on est par conséquent en droit de se demander comment ces points de repère nous apparaissent d'une façon si nette. Décrire un procédé et en démontrer le mécanisme sont deux choses différentes. J'ai moi-même ^ ramené à deux les procédés de localisation.

i rcLro^ 1*3.(1 fi Localisation par progression continue. . , °

{ ânterograde.

Localisation par oscillations ^ ^^^'"o s.

f convergentes.

Il me paraît inutile d'entrer ici dans le détail de ces procédés. 11 n'y a guère qu'un fait à signaler, c'est quïl est indispensable que des souvenirs renferment une idée de temps pour servir de points de repère. Cela peut sembler si évident qu'il est superflu de le dire.

C'est ce qui nous explique cependant comment toutes les images interposées entre ces points de repère, et qui ne sont pas associées intimement à l'idée de temps, ne s'éveillent pas et restent dans l'inconscient, alors môme qu'elles sont de même ordre, de même nature. Au contraire, il suffit que deux idées,

(I) Troubles de la mémoire, 1 vol. RuelT. Paris, 1892.

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si différentes soient-elles, comportent avec elles une notion de temps, pour pouvoir nous servir de points de repère dans la recherche et la localisation de souvenirs n'avant souvent avec elles aucun lien spécial. Mais, si l'on y regarde de près, ce n'est pas seulement une notion de temps qui entre dans les souvenirs servant de points de repère, c'est aussi et surtout une notion de personnalité. Lorsque nous cherchons à localiser un souvenir, ce qui est évoqué en nous c'est l'état que nous présentions au moment où l'événement à remémorer est survenu. Lorsque la représentation de cet état de personnalité s'est faite, le souvenir qui en fait partie apparaît forcément. Où noushésitoos, c'est lorsque à plusieurs reprises nous avons présenté des états de personnalité à peu près semblables, et que c'est au cours de l'un d'eux seulem:ent qu'un phénomène s est passé. Si, par exemple, j'accomplis fréquemment, dans des circonstances presque identiques, un voyage au même endroit, il me sera très difficile de rétablir pendant lequel de ces voyages un incident me sera arrivé, ou j'aurai appris une certaine chose. Sans l'élément personnel on peut presque dire que la localisation ne serait pas possible. Et c'est ainsi, par exemple, que nos souvenirs de choses apprises, nos souvenirs d'ordre abstrait ou intellectuel, dans lesquels il y a eu simplement connaissance et non sentiment, où en d'autres termes nos centres sensoriels sont seuls intéressés et nos centres cénesthésiques ne le sont pas, que ces souvenirs reparaissent sans localisation.

Une constatation qui a été faite justement, c'est le raccourcissement énorme que présente la durée des phénomènes dont nous évoquons le souvenir. Ce raccourcissement ne semble obéir à aucune loi, et n'est nullement proportionnel à l'éloiguement dans le temps. On n'en a donné aucune

explication. Il est une remarque qui peut jeter un certain

jour sur ce poiiil, c'est la suivante, que je signalais tout à l'heure : lorsque nous avons une représentation du passé, nous avons conscience non du passé, mais de l'état actuel du cerveau qui provoque cette représentation. Lorsqu'un phénomène s'accomplit, la rapidité des perceptions successives est subordonnée à celle des impressions qui en émanent. Les changements qui s'opèrent au niveau des centres récepteurs ont exactement la même durée que les impressions qui les provoquent. Lorsque la représentation de ce phénomène se produit, ce n'est plus la rapidité de succession des impressions qui règle celle de la reproduction, mais la rapidité du courant nerveux d'évocation.

Comme cette vitesse est très grande, il nous semble que le phénomène évoqué se présente en bloc, d'un seul coup, et non avec la suite d'images qu'il avait produites au moment où il s'était déroulé. Aussi y a-t-il un grand nombre de souvenirs auxquels n'est liée qu'une notion de durée extrêmement vague et que nous négligeons même. Lorsque le phénomène a agi sur plusieurs centres cérébraux, et a déterminé en particulier un état cénesthésique, dont la constitution est toujours plus longue à se faire et la reproduction aussi, les associations nécessaires pour la reproduction complète du phénomène sont plus complexes et par conséquent plus longues à s'établir. Nous avons alors l'impression d'une durée plus longue que dans le premier cas. Et si, même, la reproduction de l'état de personnalité qui a accompagné le phénomène est complète, l'événement se déroule avec une grande lenteur. C'est ce qui arrive, par exemple, chez les grandes hystériques, sous l'influence de la restauration de leur sensibilité. Cette restauration demande un temps plus ou moins long pour s'accomplir, et la reviviscence qui en est la conséquence présente des différences considérables dans la

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rapidité de son évolutioQ. On voit par moments une longue période se dérouler très rapidement, et peu après une très courte période se représenter avec une très grande lenteur. Grâce à la facilité qu'on a d'observer longuement la marche de ces phénomènes, on peut s'assurer de la raison de ces différences. C'est le contenu des souvenirs qui les détermine. Lorsque, pendant une longue période, l'état de la personnalité est resté sensiblement le même, qu'aucune cause n'est venue modifier la sensibilité du sujet, les souvenirs de cette période se succèdent avec une rapidité extrême, surgissant presque d'une façon panoramique. Si, au contraire, il est survenu un événement qui a apporté un changement notable dans l'état de la sensibilité et, partant, de la personnalité du sujet, la reproduction de cet état demande un temps beaucoup plus long ; toutes les phases par lesquelles s'est opéré le passage de l'état ancien à l'état nouveau se reproduisent, et, avec elles, tous les souvenirs correspondants. C'est ainsi qu'un sujet qui recouvre sa sensibilité traversera en cinq minutes l'espace d'un mois pendant lequel rien ne lui sera arrivé que les événements journaliers ordinaires, et mettra une demi-heure pour reconstituer les souvenirs d'une seule journée où il aura eu une forte émotion. 11 lui faudra se représenter l'événement qui a causé cette émotion dans les moindres détails, et il ne pourra continuer la restauration de sa sensibilité et de sa personnalité que lorsque tous ces détails se seront reproduits. On voit plus d'une fois la progression s'arrêter, et un retour en arrière se faire, parce qu'un souvenir appartenant à cette journée a été omis dans la reproduction.

Ce qui parait donc commander le sentiment que nous avons de la durée des phénomènes dont nous évoquons le souvenir, c'est la durée du processus de reproduction des

états de personualité qui ont été liés à ces phénomènes. Nous avons vu plus haut que, pour servir de points de repère dans la localisation, les souvenirs devaient comporter un élément personnel. Nous voyons maintenant que Tappréciation de la durée des phénomènes que nous nous représentons à l'état de souvenirs résulte du temps que mettent à se produire les états de personnalité qui les ont accompagnés. Si nous comparons la rapidité et la netteté d'une impression visuelle ou sensorielle, avec celles d'une impression viscérale quelconque, nous ne serons pî*s surpris que la reproduction d'un souvenir sensoriel soit beaucoup plus rapide que celle d'un souvenir céneslhésique. La rapidité des processus nerveux, dans le premier cas, est telle qu*aucune appréciation de durée ne peut être faite ; dans le second ca«, au contraire, encore que celte rapidité soit très grande comparativement à celle avec laquelle se sont réellement succédé les impressions, la durée du phénomène cérébral est suffisante pour donner lieu à un état de conscience qui se prolonge, se modifie et nous donne par conséquent, en raccourci, une idée de temps, laquelle implique changement.

Nous voyons, en somme, combien les éléments constitutifs de la personnalité sont importants pour la mémoire, car Ton peut dire que sans elle il ne saurait y avoir de mémoire précise. Si la mémoire est indispensable pour la formation de la personnalité, le sentiment de la personnalité est nécessaire pour la constitution complète des souvenirs.

On pourrait dire qu'il y a deux sortes de mémoires ou plutôt de souvenirs : mémoii'e des impressions seositivo-sensorielles (y compris le sens musculaire) et mémoire des impressions cénesthésiques. Les premières sont très rapidement perçues, et très nettement; les secondes très lentement et très confusément; les unes sont ordinairement conscientes,

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les autres ordioairement subconscieates. La reproduction des premières se fait très rapidemeut coniuie leur perception; celle des secondes très lentement. Taudis que les unes se succèdent avec une grande rapidité, et avec une extrême variabilité, les autres au contraire ne présentent que des variétés très peu nombreuses et ont une évolution continue et assez régulière, presque périodique dans certains cas. H en résulte que, pendant que les centres cérébraux qui reçoivent les impressions cénesthésiques sont le siège d'un processus très peu actif, et que leur état moléculaire et dynamique se modifie très peu, les centres préposés aux impressions sensitivo-sensorielles sont dans un état d'activité très intense, de perpétuel changement. Les centres percepteurs, où aboutissent ces deux ordres d'impressions, offrent donc, sous cette double influence si diflérente, un état dynamique et potentiel qui «st composé d'un facteur en quelque sorte constant, le facteur céneslhésique, et d'un facteur beaucoup plus grand, beaucoup plus variable comme quantité et comme intensité, le facteur sensitivo-sensoriel. Si nous désignons le potentiel résultant du facteur céneslhésique par PC et celui résultant du facteur sensitivo-sensoriel par PS, nous voyons qu'à deux moments différents on pourra considérer le potentiel P'C comme sensiblement semblable à PC, tandis que le potentiel P'S sera absolument différent de PS.

Par suite, la différence entre les deux états de perception sera représentée par celle qui existera entre les potentiels PS et PS, c'est-à-dire résultera seulement de l'apport des impressions sensitivo-sensorielles. Alors même que la représentation ultérieure de ces deux états comporterait à la fois l'élément sensitivo-sensoriel et l'élément cénestliésique, ce dernier, en raison de son caractère constant, sera négligé au cours de la représentation comme il l'a été au cours de la

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perception, et les images sensitivo-sensorielles paraîtront seules constituer nos souvenirs.

Qu*au contraire, en même temps que des impressions sensorielles variées, un événement provoque des impressions cénesthésiques plus intenses qu'à l'ordinaire, et détermine ainsi un état assez fort de personnalité, le potentiel P'G va différer notablement de PC. La distinction entre PC + PS et P'C + PS ne se fera donc plus par la mesure de la différence existant entre PS et PS, PC et PC n'étant plus égaux, Il pourra même arriver l'inverse du cas précédent. La différence entre les deux états de perception sera représentée par celle qui existera entre PC et P'C, l'état de personnalité ayant varié pendant que les impressions sensitivo-sensorielles restaient les mêmes. Dans ce cas, ces dernières sont presque accessoires dans la constitution de la perception de l'événoment et par conséquent de sa représentation.

Nous pouvons comprendre ainsi comment, tout en étant toujours associés ensemble, c'est tantôt la représentation des états sensitivo-sensoriels, tantôt celle des états cénesthésiques, qui paraît seule se faire. Il paraît vraisemblable que, lorsque le centre percepteur est ramené à un état de potentiel qui évoque la représentation d'une impression sensitive ou sensorielle passée, il se produit dans les centres cénesthésiques un état dynamique, correspondant aux impressions de cet ordre qui existaient au moment où Timpression sensitive ou sensorielle se produisait.

Seulement en vertu de la constance relative de ces impressions, rétat dynamique ainsi évoqué se confond avec celui qui résulte des impressions actuelles. La conscience de révocation se confond avec celle de la perception. Nous n'avons donc une conscience nette que de révocation de la représentation sensitive ou sensorielle. Quant à la personnalité, elle

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n'y joue en apparence aucun rôle, puisque la représentation de Tétat passé ne diffère pas de la perception de l'état présent sous le rapport personnel.

Mais lorsque c'est sur la personnalité elle-même que porte le souvenir, il n'y a pas fusion entre les représentations sensitives ou sensorielles des impressions ayant accompagné autrefois l'état de personnalité ancienne, et les impressions de même ordre actuelles. Ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que, au moment où nous évoquons le souvenir d'un ancien état de personnalité nous nous retrouvons dans le même milieu où nous l'avons éprouvé. De sorte que nous ne pouvons pas négliger, dans les souvenirs de nos états de personnalité, l'élément .sensitivo-sensoriel, comme nous pouvons le faire pour l'élément cénesthésique dans nos souvenirs sensitivo-sensoriels. Aussi nous semblet-il que les premiers sont beaucoup plus complets, beaucoup plus vivants, si je puis dire, que les seconds. Ils sont, en effet, une véritable reviviscence du passé, qui, lorsque les circonstances du milieu s'y prêtent, peuvent produire une illusion momentanée touchant à l'hallucination.

On pourrait aussi comprendre comment l'élément cénesthésique disparaît de nos souvenirs sensitivo-sensoriels, et comment l'élément sensitivo-sensoriel ne disparait pas complètement des souvenirs cénesthésiques, en considérant le sens du courant nerveux dans la perception et l'évocation. Nous avons vu que dans la perception il est centripète et va des centres récepteurs aux centres percepteurs ; dans la représentation il est centrifuge et va des centres percepteurs, où se fait l'évocation, vers les centres récepteurs. Or, qu'arrive-t-il dans le cas d'un souvenir sensitivo-sensoriel ?

Le courant centrifuge qui va influencer les centres récepteurs sensitivo-sensoriels est d'une intensité supérieure au

SoLLiER. -r. Prob. de la mém. li

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courant centripète des irapressioas actuelles, puisque, malgré elles, c'est la représentation d'un état passé qui se produit. Quant au courant qui va des centres percepteurs aux centres récepteurs cénesthésiques, il est annulé par le courant qui Ta de ces derniers vers les premiers, puisqu'il est de sens inverse, et que le courant centripète, produisant les perceptions de la personnalité actuelle, est égal ou même supérieur au courant centrifuge de la représentation d'une personnalité passée, les potentiels des états dynamiques de personnalité étant toujours à peu près égaux entre eux, et les états présents étant toujours aussi des états plus forts que les états passés, de même que la perception est toujours normalement plus forte que le souvenir. Les deux courants d'évocation et de perception cénesthésique s'annulant comme de sens contraire, il ne reste que le courant d'évocation du souvenir sensitivo-sensoriel. Quand c'est un souvenir cénesthésique qui reparait, le courant d'évocation est plus fort que le courant de perception, d'où représentation de Taucienne personnalité, en ce qui regarde l'élément cénesthésique, mais il ne peut y avoir annulation entre le courant dévocation et de perception sensitivo-sensorielle, l'élément sensitivo-sensoriel présent étant forcément différent du passé, puisque le milieu est différent.

On a discuté la question de savoir s'il y avait une mémoire affective. Les nombreux cas de retour à d'anciens états de personnalité, dans lesquels les sujets revivent tous les étals physiques et moraux qu'ils ont déjà traversés et éprouvent toutes les sensations d'ordre quelconque qu'ils ont déjà éprouvées, est une réponse péremptoire à cette question qui paraît véritablement oiseuse aujourd'hui. Je ne crois même pas utile d'y insister, tout ce qui s'applique à la mémoire en général s'appliquant aux souvenirs affectifs.

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