‹ Le problème de la mémoire: essai de psycho-mécaniqueChapitre 6 sur 20 · ANALYSE DE L ACTE MNESIQL'E. — FIXATION · texte numérisé non relu

ANALYSE DE L ACTE MNESIQL'E. — FIXATION

suivant les perceptions. Richet ^ a bien montré d'autre part qu'il y a une phase réfractairo succédant à chaque excitation, et pendant laquelle une nouvelle excitation est incapable de déterminer aucune vibration nerveuse. Cette phase réfractaire est d'environ 1 dixième de seconde. Si donc une impression dure moins d'un dixième de seconde elle ne peut arriver à la conscience et risque fort de ne jamais revivre à l'état de souvenir conscient, et de plus, si une impression succède à une autre, môme consciente, à un intervalle moindre d'un dixième de seconde, elle n'est même pas perçue, et ne saurait par conséquent se fixer.

La répétition favorise la fixation. Ce procédé produit ce que M. Dugas appelle la mémoire brute. La façon dont la répétition d'une môme impression détermine la fixation découle de ce que Ch. Richet a montré se passer pour le nerf soumis à des excitations répétées, mais s'arrôtant au seuil, et insuffisantes par conséquent pour provoquer une vibration nerveuse. Or, au bout d'un certain nombre d'excitations, l'excitabilité du nerf augmente et la vibration se produit. Il y a en somme accumulation des excitations, puisque aucune d'elles seule ne suffisait. Il faut donc qu'entre chacune d'elles il y ait conservation d'un certain changement dans le nerf, une vibration latente qui s'ajoute aux suivantes. Pour le nerf et le muscle, cette vibration ne dure guère plus d'une seconde. Mais pour les centres nerveux elle peut persister quelques minutes. Et Ch. Richet compare ces vibrations latentes à de la mémoire, qu'il considère comme une vibration prolongée. Sans nous arrêter à cette interprétation pour le moment, nous retiendrons seulement ce fait qu'une impression qui

(1) Les origines et les modalités de la Mémoire. Rev. Philos., 1886, t. I. p. 561.

aurait été insuffisante pour ébranler les centres nerveux, en devient capable quand elle se répète.

Mais cette répétition n'agit pas seulement d'une façon immédiate, et de telle sorte que les impressions répétées ne laissent entre elles aucune place pour d'autres impressions différentes. La répétition d'une même impression, reproduite à intervalles plus ou mains longs, agit de la même façon. On ne peut invoquer ici le mécanisme mis en évidence par les expériences de Ch. Richet. Il ne saurait y avoir une vibration latente suffisamment prolongée pour s'ajoutera une nouvelle résultant d'une impression identique à la première, et insufsante comme elle à déterminer dans l'écorce la modification nécessaire à sa fixation. Cependant les faits d'observation ne paraissent pas laisser de doute. On sait par exemple combien il est plus facile d'apprendre une leçon étudiée la veille et non sue, quand on a laissé passer une nuit entre les deux études. Et il est même remarquable que dans ces conditions le nombre de fois qu'on aura besoin de la répéter sera moindre si on l'étudié à deux reprises, que si on l'avait apprise en une seule fois. Il nous arrive fréquemment aussi, après avoir écouté une mélodie avec attention, de ne pas pouvoir nous la rappeler malgré tous nos efforts. Puis un beau jour elle surgit dans notre mémoire. Elle y était donc restée. Mais pourquoi, si elle y était fixée, ne pouvions-nous l'évoquer? Elle ne s'est pas répétée, l'impression première n'a donc pu se renforcer. Plus nous nous sommes éloignés du moment où nous l'avons entendue, plus son image aurait dû s'affaiblir, puisqu'elle était déjà si peu forte que nous ne pouvions l'évoquer peu après. On dira que c'est le pouvoir d'évocation qui nous manque. C'est évident, mais cela n'est pas une explication. Si je peux au bout d'un certain temps évoquer l'image d'une impression que je ne pouvais évoquer

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