ANALYSE DE LACTE MNESIQUE — CONSERVATION
peut même admettre, vu le chifire des cellules, qu'elle n'eu garde qu'une. Et M. Ribot trouve lui-même que cette hypothèse d'une impression unique n'a rien dlnacceptable. On suppose doue que Fexcitation X atteint la cellule A et la transforme en A' ; puis que Texcitation X' atteint la cellule B et la transforme en B', et ainsi de suite. Quand ensuite une excitation interne ébranle A', B', etc., il se produit les représentations de X, X^ etc. Une pareille hypothèse est-elle soutenable? C'est ce que nous allons examiner avec quelques détails, car Taine et Ribot ont paru l'admettre et sa simplicité séduit.
Tout d'abord demandons-nous, ce que personne, que je sache, n'a fait, si le nombre, même le plus élevé, des cellules cérébrales est suffisant pour que chacune ne subisse qu'une modification.
Prenons une existence moyenne de 60 ans. Pendant ces soixante années combien est-on capable de percevoir de sensations conscientes, c'e&t-à-dire demandant au moins un dixième de seconde pour se produire. Soyons généreux pour les partisans de l'hypothèse de l'impression unique, et estimons à quinze heures seulement la durée de la veille pendant laquelle nous sommes conscients. Le calcul est facile à faire. Dans une journée nous sommes susceptibles de percevoir consciemment S4.000 excitations. En un an nous en percevrions 20.710.000, et en soixanteans 1.242.600. 000. Ce chiffre est sensiblement égal à celui qu'on nous donne comme représentant le nombre des cellules de l'écorce. Ce résultat rendrait donc l'hypothèse vraisemblable si nous n'avions laissé de côté bien des facteurs. Tout d'abord nous n'avons tenu compte que des impressions conscientes. Or, il en est une foule d'inconscientes ou subsconscientes, qui n'en laissent pas moins une trace dans la mémoire, puisque dans de certaines conditions on
les voit surgir. Ces impressions inconscientes doivent donc, comme les conscientes, modifier chacune une cellule. Nous n'avons supposé aussi qu'une seule impression consciente à la fois. Or c'est un fait qui ne se produit jamais, on peut le dire. Nous avons toujours plusieurs impressions conscientes simultanées. Voici donc notre nombre de cellules devenu insuffisant. Dira-t-on que les excitations identiques frappent la même cellule chaque fois qu'elles se produisent ? Nous avons montré tout à l'heure que s'il en était ainsi la distinction entre les souvenirs de ces diverses excitations ne se pourraitplus. Les impressions d'intensités différentes, quoique de même nature et de même origine, doivent donc modifier des cellules différentes. Les cellules une fois modifiées par une perception deviennent donc impropres à de nouvelles perceptions et ne sont plus aptes qu'à la représentation de cette perception. Telle serait la conclusion logique à laquelle on se trouve conduit.
Mais de nouvelles difficultés s'élèvent. Admettons encore que le nombre des cellules de l'écorce soit suffisant pour que chacune ne garde qu'une impression unique. Mais parmi ces cellules il en est qui forment des centres de projection, c'està-dire de réception, d'autres des centres d'association, d'autres enfin, celles du lobe frontal, dont le rôle n'est pas encore défini. Le nombre admis doit donc être singulièrement réduit, et nous avions déjà trouvé qu'il était à peine suffisant. Mais il y a plus : nous n'avons supposé qu'une existence de 60 ans. Quand elle dépasse ce terme, où se font donc les perceptions nouvelles? Quelles cellules atteignent les excitations sensorielles ? Et ce n'est pas tout encore. Si grande que soit la quantité des cellules de l'écorce, celle-ci est subdivisée en territoires ayant des attributions distinctes et spéciales, et tous ces territoiresne renfermentqu'un nombre rela-
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tivement restreint de cellules. Qu'arriverait-il si par hasard le nombre des excitations destinées à un territoire précis devenait supérieur à celui des cellules qu'il contient, hypothèse des plus vraisemblables d*aillQurs? Iraient-elles atteindre des cellules déjà différenciées et adaptées à d'autres excitations ?
La supposition inverse peut être faite, et on peut imaginer des cas où il n'y aurait pas, au cours de l'existence, un nombre suffisant d'excitations pour agir sur toutes les cellules, supposition qui, d'ailleurs, devrait être tenue comme l'expression de la vérité tant que l'existence n'est pas terminée. Donc dans un cas il pourrait arriver que des impressions ne rencontrassent que des cellules déjà adaptées pour d'autres ; et dans le second cas il y a des cellules inemployées. Les deux suppositions sont aussi invraisemblables l'une que l'autre.
Les considérations d'ordre anatoraique rendent plus insoutenable encore cette hypothèse déjà invraisemblable pour toutes ces raisons. Les connexions anatomiques qui réunissent le point d'origine périphérique de l'excitation X à la cellule A sont immuables. Chaque fois donc qu'une excitation de même nature que X se produit dans le même point de la périphérie, elle doit atteindre A, et ne saurait stimuler B, si voisine qu'on la suppose. Mais nous savons, il est vrai, que A émet des prolongements nombreux qui la mettent en rapport d^e contiguïté plus ou moins étroit avec les cellules voisines. Le stimulus X' pour atteindre B devra en tout cas passer par A'. Comment ne met-il pas cette cellule déjà différenciée en état d'activité ? Comment ne provoquet-il pas sa réaction sur les cellules motrices qui lui sont associées, en déterminant une action réflexe, au lieu de la traverser simplement pour aller atteindre la cellule B encore indifférente ? Le nombre des prolongements de A n'est pas illimité. Il arrivera donc un moment où, en admettant que les
SoLLiER. — Prob. de la mém. o
choses se passent ainsi, les excitations X', X^', etc., auront atteint toutes les cellules contiguës B, C, D, etc. Lors donc qu^une nouvelle excitation, partie du point d'origine de X, se produira, il faudra qu'elle traverse non seulement Â, mais encore B ou C ou D, etc., pour atteindre de nouvelles cellules en rapport avec elles par leurs prolongements.
Aucune donnée physiologique n'autorise de pareilles suppositions. Eusuite une question nouvelle, et non de petite importance surgit : Si un stimulus traversant une cellule A sans y produire aucune modification dynamique va atteindre une autre cellule B contiguë, ce ne peut être qu'au moyen d'un des prolongements de A. Or il faut admettre que successivement chaque excitation nouvelle^ suit un prolongement dilïérent pour gagner une cellule différente. Il y a donc dans un prolongement déjà traversé par une excitation antérieure une trace de ce passage, une modification qui empêche qu'un second passage ait lieu. Si, en effet, l'excitation pouvait passer indifféremment par l'un ou l'autre prolongement, elle risquerait d'aller atteindre une autre cellule déjà modifiée par une excitation antérieure. Les difficultés soulevées à propos de A se retrouveraient identiquement les mêmes. Il n'y aurait qu'un intermédiaire déplus. Si les choses se passaient ainsi, plusieurs conséquences en découleraient. La première, en contradiction formelle avec tout ce qu'on sait sur la conductibilité nerveuse, c'est qu'une voie nerveuse traversée une fois par un courant, devient réfractaire à un nouveau passage de ce courant ; c'est absolument le contraire qu'on observe. La seconde, c'est que la modification, inconnue dans sa nature, imprimée à la cellule A par l'excitation X, n'atteint pas ses prolongements, puisque ceux-ci ne présentent que plus tard une différenciation, du fait du passage du stimulus, pour gagner une cellule contiguë à A. Rien n'autorise à penser