C.IIVIMTHE
L'ÉTAT OU L'ENSEMBLE OlT PV^
L'Etat entier, c'est-à-dire L'ensemble i\c* nationaux, et non le Souverain, pont être considéré soil on lui-même, on au dedans, soit dans sos rapports avec l'étranger, on au dehors.
Section première. — L'État considéré u dedans.
Ceci ne demande pas de longs développements. ÏI ost clair, on effet, que la richesse do la nation on argent ne souffre aucune diminution du fait que la monnaie a été altérée. Ainsi, que la France ait une richesse en monnaie qui se monte à [3 milliards de francs, mi ;i 39 milliards de francs qui Devaient chacun que le tiers des anciens lianes, le total est le même. Les choses se passent exactement comme si le Prince décidait que les mètres cubes seront diminués de moitié comme volume. Il \ aurait plus do mesures, plus de mètres cubes, mais évidemment pas plus de marchandises, ni moins.
Si certains particuliers perdent parce qu'ils reçoivent la même quantité, mais non la mémo qualité do monnaie, cola ne diminue en rien la richesse du pays. L'Etal peut ftre considéré comme un seul homme, qui serait à la fois son débiteur et son créancier
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total. M regagnerai! manifestent ni d'un i qu'il perd il<- l'autre.
D'autre part, il esl en principe indifférent à la nation que les richesses soient entre telles mains ou en
telles autres, que les rentiers perdenl <\ que lesven
deurs ne perdent pas. \u point de vue de la rich< totale, cola esl sans conséqueh<
Section seconds. — L'Etat cossïd^ré m dehors.
Mais si la nation no souffre aucun préjudice poui
ce qui regarde l'intérieur du pays, il n'en est pas de même dans les rapport- avec l'étranger, On no va Irai
ter ici que de ce qui se produit au regard do- on. gements antérieurs à l'affaiblissement. Pour cou\ qui seront pris pendant la durée de l'affaiblissement, il faudrait d'abord savoir si les prix baussent dans la proportion où la monnaie a baissé de valeur. Dans ce cas, il ne se produit encore une fois rien de grave. Mais si les prix ne haussent pas, alors on so retrouve dans une hypothèse approchant de celle qui sera étudiée ici. Et tout ce qu'on va dire s'appliquera alors à ces engagements postérieurs à l'affaiblissement, encore que les remarques qui vont être faites ne portent que sur les engagements antérieurs à l'affaiblissement. Nous savons qu'il y a un principe incontestable en matière de commerce extérieur. C'est que les monnaies ne s'y échangent que sur le pied de la valeur réelle, et non sur le pied de la valeur nominale. Il faudra donc, de toute nécessité, que les marchandises non compensées par les nôtres soient payées en monnaie qui ne sera prise-que pour ce qu'elle vaut réellement. Et. dans le cas d'un affaiblissement des deux liers, il faudra que nous donnions trois fois plus d'argent qu'avant.
L'ÉTAT 01 IF, !>\ï- y.i
Or, dans ce cas, deux choses peuvent se passer :
i" Ou bien le Prince laissera soi tir les capitaux ; Ou il interdira leur transport au dehors.
Dans le premier cas, il devra sortir une très grande quantité d'argent, et comme nous ne récupérons aucun numéraire, chaque année nous serons plus pauvres. Dans ce cas, c'est bien la nation entière qui perdra de plus (Mi plus. El alors, connue c'est une chose qui n'a pas encore été démon liée fausse, que c'est l'abondance du numéraire qui lait la puissance d'un État, cl que c'est la nation qui a le plus d'or et d'argent qui dicte la loi aux autres, il s'ensuit (pie cette sortie continuelle des espèces provoquera, à la longue, un épuisement de tout le corps de l'Etat. Cette extrémité est si grave que le Prince ne laissera pas sortir les capitaux.
Dans le second cas, c'est-à-dire si la puissance publique décide que les capitaux ne pourront èttre exportés, et surtout si elle arrive à se l'aire obéir, la conséquence nécessaire est que les dettes ne sont pas payées. Et dans cette conjoncture, elles s'accroîtront d'année en année, jusqu'à provoquer un fardeau écrasant. L'effet de ces dettes se fera naturellement sentir sur le change ; et plus le change sera contre nou<. plus nous aurons à payer de dettes, et ainsi de suite. C'est une manière de cercle vicieux dont il faut maintenant mesurer les conséquences.
Il peut se passer deux chose- :
Ou bien le prince est obéi ; et alors, le change sera de plus en plus contre nous, et la perte que le commerce subira avec l'étranger sera telle que les échanges s'arrêteront progressivement ; et cela pour deux rai sons. La première, qui est que le français perdra tant, sans espoir de trouver acheteur aux piix qu'il sera
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( ontraint de pi atiquei , qu'il q bu h» Ici a plu . Li ( onde, qui esl que l'étrangei ne sera pas< n< lin à trait* i avec un pays où le coaimerce esl languissant, où pai conséquenl une Infinité de banqueroutes sonl à craindre, et où il risque de perdre ses marchandises sans être payé.
Si donc l'Etal qui se trouve dans une telle situa lion n'a pas la supériorité «lu commerce, il risqi en interdisant la sortie des capitaux, d'être réduit une extrémité qui est la pire de toute- : l'arrê) du négoce et de l'industrie.
Ou bien, le Prince n'est pas obéi ; et pratiquement c'est ce qui se passe. Malgré les !<>i- les plus sévèn s, l'argent sera néanmoins porté au dehors, parcs que le commerce risquera tout pour é\iter la perle formidable sur le change, perte croissante et bientôt mortelle. Encore un coup, il n'y a pas de loi. pas de supplice même qui puisse empêcher les hommes de vouloir vivre, ou simplement s'enrichir par les voi naturelles du commerce. 11 est même plaisant de con> tater que c'est précisément parce que l'exportation capitaux est interdite qu'elle se produit ; puisque cette interdiction amène une augmentation des pertes de change, qui deviennent par là si considérables qu'il n'y a pas de risques que le commerce ne courre pour les éviter.
Donc, ou bien les espèces sortiront, et il en résultera un épuisement terrible ; ou bien elles ne sortiront pas, en principe, et il s'ensuivra une impossibilité de commercer avec l'étranger ; mais, comme il n'y a aucune force qui puisse lutter contre la nécessité de vivre, les espèces sortiront néanmoins, et on retombera dans le premier cas.
Il y a autre chose encore. On n'a parlé ici que de
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l'interdiction de transporter des sommes dues à raison de commerce. Mais il Paul compter avec la fraude. En effet, quand le Souverain affaiblit 1rs monnaies, il s'en faut que tout le monde apporte dans les hôtels des monnaies, ses pièces pour qu'elles > soient diminuées de va leurréelle. Beaucoup conservent les leurs. De même dans le cas où c'est une. banque qui détient les espèces, il s'en faut qu'elle les détienne, toutes Et alors ces pièces, qui ont gardé leur valeur intrinsèque, si on ne trouve à les échanger dans le pays <|ue pour leur valeur nominale — et c'est ainsi en effet que les choses se passent — vont être portées à l'étranger. Il est hors de doute que si une pièce de 20 francs en or ne s'échange en France que contre un billet de '2G francs, et qu'en Suisse, on la paie sa valeur réelle, c'est-à-dire 60 francs, il n'y a pas de lois, pas de mesures de police qui empêcheront qu'on ne veuille réaliser un gain aussi considérable et aussi certain. Les étrangers et les Français s'en mêleront à la lois. Et, pour éviter que de tels faits ne se produisent, il faudrait que les frontières fussent aussi bien gardées qu'une place forte investie; ce qui est bien évidemment impossible. Qu'on punisse très sévèrement 10 ou 20 contrevenants, cela n'empêchera pas les autres de continuer. L'expérience des siècles est là pour le montrer jusqu'à l'évidence.
Maison saisit ici l'occasion de parler une fois pour toutes assez net au sujet de ce que ces mesures ne sont pas seulement inopérantes, mais même qu'elles sont infiniment peu fondées en justice. Ces mesures ne sont pas les seules qui appellent des réflexions de cet ordre. Il \ en a bien d'autres. Dans les périodes où le Prince affaiblit la monnaie, et qu'il agit de la manière la [dus injuste qui >« >i t , il est remarquable
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qu'il accuse tous les sujets de crimes absolu m en I imaginaires. Il invoque i loul bout de champ des arguments sentimentaui dont la place est ailleurs. On comprend assez que l'Etal agisse ainsi de façon que les soupçons ne se portent pas sur lui, comme ces tire-laine qui crient plus fort que les bonnet gens quand on découvre l'un deux. Mais il □ • pas moins vrai qu'il \ i lieu de ne pas hire étala de tant d'honnêteté quand on en a peu soi-même, ou qu'on fait tout pour que la fraude survienne. Eb qu ce profit que fait le Prince en affaiblissant les monnaies, ces mesures qu'il prend el qui ruinent les citoyens, voudrait-il donc qu'on n'essayât pas d< dédommager? Il donne l'exemple, et s'étonne qu'on le suive. Et quand des malheureux, à qui l'on a tout pris, se hasardent à essayer de sauver quelques débris de ce qui leur reste, on invente, pour les punir, des délits nouveaux. En vérité, l'Etat aimerait-il mieux que Ton se révoltât directement!' On reparlera de tout ceci plus tard. Il suffit de marquer ici que les mesu res que le souverain prend pour empêcher la sortie des espèces sont sans force, et qu'il y a beaucoup à dire sur la justice de pareilles mesures. On ne lui reproche pas de les prendre. Mais qu'il dise alors honnêtement : je fais ceci parce que je suis le plus fort, et que la nécessité m'y pousse. Mais qu'il ne lance pas l'anathème et n'ameute pas les honnêtegens contre des faits qu'il appelle des crimes, simplement parce qu'une telle appellation lui est utile.
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