‹ Le problème de la monnaieChapitre 2 sur 44 · AVA\ I PROPOS · texte numérisé non relu

AVA\ I PROPOS

Qu'on ne croie pas que l'entretien de cette illusion soit

"un fait exceptionnel. Dans l'ancienne France, et dans beaucoup d'autres pays, on u longtemps considéré que le pouvoir que les princes ou les gouvernements avaient

de chanqer la valeur intrinsèque des monnaies, pouvoir dont % exercice était rendu facile par la force de cette illusion <lont on vient de toucher un mot. était le secret même du gouvernement, /'arcanmn imperii. Ce secret n'en est pas un longtemps, et C histoire du monde est pleine des troubles et des méfaits que n'ont pas manqué de provoquer les opérations /dites sur les monnaies, par application de ce fameu.c arcanc.

Si ton en vient à penser que les maux provoqués par la politique monétaire de ee gouvernement sont immenses, qu'on ne croie pas néanmoins (/ne ce livre a été écrit pour faire naître une mé/ianee de mauvais aloi. Mais on sait bien, enfin de compte, ou plutôt on saura bien à </uoi mène une confiance mal placée. Car la vérité, ou mieux la réalité des choses finit toujours par être plus forte (que tous les mensonges ; il faut précisément prendre garde quelle n'éclate enfin à tous les yeux avec trop de brusquerie et de violence, et qu'une méfiance excessive ne soit provoquée par la découverte de ténor mité et de la malignité d'une longue duperie. On doit craindre que la masse du peuple ne se laisse porter alors à <les découragements , et des désespoirs nécessairement inutiles ou dangereux.

(''est pourquoi il a paru expédient d'attirer en/i/i l'attention sur les conséquences que ne peut manquer de produire un avilissement arbitraire de la monnaie. Déjà certains ouvrages Courageux ont posé la question. Un livre de M. Georges Valois, quelques articles dans la presse, un mouvement, encore timide de l'opinion font peu à peu connaître la triste vérité en ces matières.

Ici, le problème posé par la dépréciation intrinsèque de notre signe monétaire ure\ étudié dans ton enum l>lf. On verra le trouble extraordinaire répandu dam huiles les transactions des Français entre eux, rincsrti Inde îles fortunes, Iss difficultés que rencontre le cam meree. l'aggravation de la situation final de foui

ïl'lhit. Qe troublé est facile à imaginer, si ton veut bien se souvenir que la monnaie est le moyen d'échange de Ions les biens, el le commun dénominaU ur >, à mesurer leur valeur.

Ces difficultés ne son! pus nouvelles ni mystérisi Comme on Ta déjà dit, le problème de la monnaie un des plus anciens qui séient. Tous les pays ont eu plus ou moins leur vie économique singulièrement bouleversée par l'arbitraire des gouvernants, qui pensaient améliorer leur situation fâcheuse en modifiant la valeur de la monnaie. Les Romains en ont fait plusieurs fois l' expérience ; les Français, pendant tout le cours de noire histoire ; el presque foules les nations de l'Europe à différentes époques.

Mais l'opération faite en France pendant et après cette guerre, opération réalisée par l'inflation fiduciaire, forme moderne de l'affaiblissement des monnaies, a pris une ampleur, non pas extraordinaire si on la compare à d'autres opérations du même ordre dans des pays pauvres et habitués, pour ainsi dire, à ces jongleries de leurs gouvernements, mais étonnante si on pense que la France a été pendant plus d'un siècle une des nations modèles de l'Europe, et si l'on sent que certains se sont flattés qu'une si vaste tromperie passerait inaperçue, ou quelle serait sans grandes conséquences. Ce dernier point mériterait qu'on l'examinât avec plus de soin, et qu'on fut en mesure, cet examen fait, d'assurer que beaucoup ne se sont pas conduits

\\ \\ i l'uni'ns

d'après une maxime simple et assez odieuse : après moi le délaye.

Il est, au reste, plaisant île se rendre compte (pie. depuis la fin des hostilités, et même pendant les hostilités, on a décoré du nom de hante politique une méthode rpii consistait uniquement à égarer l'opinion, et à lui faire prendre, en définitive, des ressics pour des lanternes, dette méthode portera ses fruits, qu'on le veuille ou non.

De l'aveu de bon nombre de ceux qui ont été mêlés au pouvoir, récemment, ce <jui empêche que des réformes sérieuses soient entreprises, que des coups de frein utiles $ûient donnés, que la France puisse enfin travailler à son relèvement, c'est précisément l'état de l'opinion publique, qui ignore le commencement même delà vérité. On fl trop et trop longtemps menti. On a fait des promesses insensées. On en fait encore. Et ceux qui n'ont pas Pair de croire à ces admirables mirages sont rapidement traités de ce magnifique nom de défaitiste, qui est si agréablement employé à tort et êi travers. Les discours des hommes politiques de ce temps sont remplis de protestations du genre de celles-ci : le coupon de rente est sacré, les droits des sinistrés sont intangibles. Tout cela est bel et bon. La seule ombre ace tableau harmonieux et réconfortant . c'est que personne ne sait le moins du monde comment on s'y prendra pour (pie le coupon de rente soit payé, pour que les sinistrés reçoivent autre chose que de bruines paroles. On a fabriqué avec la plus heureuse fougue une loi étonnante, dite du 17 avril Î949, sur la réparation des dommages de guerre, sans se préoccuper un instant de savoir si elle était applicable. Et on s'est aperçu au bout de peu de temps qu'on n'en pouvait rien tirer, bien mieux, qu'elle empêchait sûrement toute action réelle-

ment féconde. Enfui décompte, lé coupon de /■

lêé droits des sinistrée sont si peu intangibles que te

rentiers de lËtai sont à peu prés complètement mû

— et ce nest pas fini, — et que les malheureu

pulations du Nord ont vu beaucoup plu

nions et de ministres que de pierres pow lew mai'

sons.

I ne duperie aussi prolongée, aussi étendue, / toute action impossible, flest bien clair, eneffet, qu\ sitôt qu'un homme de bonne volonté veut agir, il foui qu il tienne compte des réalités, qui sont bien différenles <1f ce que les imaginent les nationaux, bernes par d'intenables promesses : il est clair que cet homm< peu! donner la lune que les autrei ont promise. Et alors, il est immédiatement pris à partie par de sol, -miels ** rêveurs qui, soutenus par tout un peuple confiant, crient au scandale, et font ainsi le jeu des habiles.

Que si un optimisme robuste fait croire que la situation n'est pas aussi sérieuse qu'on la verra dam liri%e. que si certains ne veulent pas voir l'importance du problème monétaire et du problème financier, que si l'on continue à espérer qu'un dieu bienveillant remettra un beau matin toutes choses en ordre>% on peut leur répondre que déjà des siqn.es avant-coureurs fie la suite la plus grave de l'inflation fiduciaire, le décri, apparaissent. On commence à discerner des craquelures, des lézardes dans ces constructions métaphysiques, et par où la vérité fuse. Certains tribunaux, en particulier celui de Nérac, dans un jugement récent, osent se demander, se demandent s'il ne faut pas tenir compte de la valeur de notre monnaie pour mesurable véritable prix d'un cheptel. Il est entendu que cet arrêt, contraire à l'article 1S9.~j du Code civil, qui détermine qu'on ne doit jamais que la valeur numéraire et non la

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valeur réelle, sera cassé. Mais l'avertissement est net. D'aittre part, le commerce extérieur, devenu un jeu de hasard à cause de r instabilité des changes, et qui

perd souvent à ce jeu, cherche à se passer de l'intermédiaire de la monnaie, et reconnaît par là que notre monnaie est devenue telle qu'elle ne peut plus être utilisée. Les mesures inopérantes, illégales, absurdes, décidées contre le commerce cl l'industrie, finissent par provoquer des résistances, même des révoltes. Car toutes ces mesures ne tiennent pas compte de ce fait essentiel, qui est que, la monnaie ayant baissé de valeur, pour que le commerce soif juste et honnête, il faut que les prix haussent, il ne se peut pas que les prix ne tendent ù hausser. Si les prix ne haussent pas, il s'ensuit la diminution du commerce, et enfin son anéantisse ment, c'est-à-dire l'appauvrissement de tout F Etat .

Tout cela ne devrait-il pas ouvrir les yeux, et la presse officielle ne devrait-elle pus enfin dire la vérité en ces matières, au lieu de ne la faire — si j'ose dire — que peu à peu suinter, et d'une telle manière que personne ne comprend la (jravilé du problème ?

On s'étonnera peut-être qu'après avoir donné une image de la situation présente, on ne préconise pas certains remèdes. C'est qu'il n'y a pas de remèdes ah solumenl simples. Le seul qui existe, et dont le principe est qu'il faut, dans toutes les transactions, tenir compte île la valeur réelle de la monnaie au manient du contrat, est d'une application difficile, qui exige une prudence et une force de gouvernement dont il n'est pas évident que nous ayons des marques. En tout cas, c'aurait été sortir du cadre <le cette étude que d'y exposer les remèdes (pion peut entrevoir. Celte matière exige, pour être convenablement traitée, de longues discussions.

-S \\ \\ | PROI

// fallait (F abord poser U problème avant de tenter d$ li résoudre, connatlrt U mal avant gner le

malade. C'est tout Cobjei de te petit lu if. où Fou q voulu seulement attirer f attention sur [importance <ln problème monétaire, et sur le troubk extraordin qu*a amené en France, la fabrication ( a dupa

pier monnaie.

Paris, avril i <\'j i .

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