ESSAI DC DÉDOMMAGEMENT D1 COMMERCE . I I
avant la guerre. Mais, bonnes âmes, outre que ce cas était rare,, parce que les stocks n'ont pas duré si longtemps quand le marchand vend 3oo ce qu'il a payé 100 trois ou quatre ans avant, oubliez-vous qu'il va être obligé de payer ce même objet, pour le remplacer quand le premier sera vendu, 270 francs environ!1 Kt s'il vendait 100 francs, comment pourrait-il l'acheter?
Il \ a eu mieux. On a inventé des délits de spéculation illicite, qui s'appliquent parfaitement au cas qui vient d'être exposé. En sorte que la situation du commerçant et celle de L'industriel sont rapidement devenues intenables. D'un coté, ils risquaient la faillite, et de l'autre, la prison.
Mais il faut dire que les prix ont haussé beaucoup plus qu'il ne l'aurait fallu. Pourquoi :' Parce que la hausse attire l'achat, qui la produit ensuite. Ceci, mêlé à la spéculation naturelle, a porté les prix à un aiveau excessif.
Passons maintenant au paysan, ('/est chez lui qu'on petit le mieux se rendre compte de ce qui a été si souvent répété au cours de ces chapitres : à sa\<>ii\ que le Prince est impuissant quand il se heurte aux* Iréjugés, aux habitudes de (eus les hommes, et sur- But de ceux qu'on appelle les plus grossiers. Le paysan a sur la monnaie un sentiment très net. liés ancien. Et son sentiment est au reste parfaitement fondé.- Il se souvient des assignats. Il est méfiant. Il ne considère comme ne lui appartenant en proj>rc que ce qu'il voit, que ce qu'il touche. Toutes les rêveries des métaphysiciens de la monnaie le laissent indifférent. Autrefois, ou lui donnait de l'or ou de l'argent en échange de ses denrées. Maintenant, on lui propose avec beaucoup de politesse du papier. S'imaginet-on qu'il va prendre le change si facilement ? Qu'on
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dani. on s'arrache ses produits. Il va donc 1. ses prix, Et \)\n> il \;i sus*}, au boul de peu de temps i paver plus cher ses outils, la nourriture de bêles, les réparations de sa maison , En fin de compte, il veut avoir uu bénéfice, et qu'j i t-M d'injusti cela? Et quand il a réalisé ce bénéfice, il n'a devant lui qu'un pelit tas de papier bien imprima C< ne le satisfait qu'à demi. iSous Terrons par la su néanmoins, que son enrichissement est réel. Parce qu'il se hâte de se débarrasser de son papier, en achetant des terres ; et que ces terres, il les achète sur le pied de leur valeur locatif e oui, elle, n'a pas augmei puisque c'est un revenu (i\e. 11 va donc acheter cette terre au tiers de sa valeur réelle, puisqu'il la paie, eu mauvaise monnaie, le prix ancien. Là. oui. il ^enrichit, mais parce qu'il lui est possible d'acheter avec son argent des biens qui ont perdu les deux tierce leur valeur. Il fait un gain, à cause de l'appauvrissement de son propriétaire. On en verra les conséquences.
Il reste à faire plusieurs remarques au sujet des effets de l'inflation sur le commerce et sur l'industrie au cours de ces dernières années.
La première est la suivante : comme. àtoutmoment. les besoins fiscaux de l'État variaient, le commerce et l'industrie étaient à la merci d'une augmentation nouvelle de la circulation, donc à la merci d'un accroissement des moyens d'achat, et donc à la merci d'une hausse de toutes les matières. Les calculs se trouvaient tous faux, plus ou moins, et en tout
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état de cause très incertains. 11 fallait se tenir au courant de la situation de la Banque de France, d'éléments incliiiirablcs. et pins encore, connaître Les intentions d'un gouvernement en désarroi. Ceux qui avaient la bonne fortune d'être des amis de gens en place, et qui savaient par avance quelles émissions allaient être faites, jouaient à coup sur. 11 leur sullisail d'acheter des marchandises et d'attendre la hausse qui ne pouvait manquer de se produire, puisque la monnaie augmentait de quantité. Ces commerçants occasionnels se coin raient ainsi de la perte. M. lis tout le commerce simple, tous ceux qui transformaient des matières, et qui les revendaient dans les conditions incertaines que Ton sait, étaient les victimes désignées d'un revirement de la situation.
La seconde remarque que l'on peut faire a Irait à certaines industries, qui assurent les services publics; comme notamment, les entreprises de transport en commun, les chemins de 1er. les concessionnaires de distribution d'eau ou d'électricité dans les \illcs. Ces industries étaient tenues par des contrats avec les villes et avec l'Etat. Kl les n'ont pu que très difficilement hausser les prix de vente de leurs produits ou de leurs transports. Il a fallu de très longues disent sions. il a fallu lutter contre la répugnance naturelle des usagers à paver plus cher. Kt, dans un temps où l'on ne parlait que des profits excessifs du commerce, il paraissait scandaleux que la Compagnie des Omnibus augmentât ses tarifs, que les chemins de 1er doublassent les leurs. Le résultat auquel il fallait s'attendre et qui s'en est naturellement suivi, c'est que les Compagnies concessionnaires, payant tout trois fois plus cher, et ne trouvant toujours que les mêmes recettes, devaient rapidement être en dessous de leurs
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affaires. Même quand le relèvement des tarifa a • autorisé, il a été insuffisant. Et alors on «i découvert que toutes ces industries faisaient de lourdes pert< L'Etat ou les villes, pour éviter letu déconfiture, ont
été forcées de les racheter. Et, comme il convient en pareil cas, il s'en est suivi une augmentation des impôts. Ce qu'on n'avait pas voulu payer d'un coté. on l'a dû payer de l'autre. Mais ce qu'il faut seulement retenir ici, c'est que toutes les industries qui n'ont pas assez haussé leurs prix se sont ruinées.
Une troisième remarque qui s'impose est celle qu'on peut faire en examinant les bilans de nombreuses sociétés financières. On peut assurer, sans crainte de se tromper, qu'il n'y en a que bien peu, à l'heure actuelle, qui tiennent debout. Ils sont en équilibre, à cause de l'habitude de compter en numéraire, c'est-à-dire, en somme, en valeurs imaginaires. Mais, dans la réalité des faits, qu'observe-t-on ?
Voici, par exemple, une Société dont le capital actions est de 10 millions versé avant la guerre. C'est 10 millions en or quelle a reçu, et qui sont inscrits à son passif. Supposons qu'au passif encore, elle ait 5 millions de réserves, et i million de bénéfices nets, avant la guerre. Supposons maintenant qu'à l'actif, avant la guerre, elle ait 5 millions d'immobilisations, 5 millions de marchandises en stock. 5 millions de débiteurs divers, et i million en caisse.
Le" bilan se totalise par 16 millions d'un côté et 16 millions de l'autre. Les bénéfices nets sont de i million, pour un capital de io millions, soit io0/
Maintenant, si cette société faisait son bilan conformément aux réalités, elle devrait porter son capital, au passif pour 3o millions, ses réserves pour i5,
ESSAI DE DEDOMMAGERIEZ! Dl COMMERCE !l<)
Ses bénéfices devraient être <le 3 millions. Or, on remarque que les bilans portent toujours 10 millions, les réserves 5. Mais à l'actif, si ses immobilisations sont portées pour ô millions, elles sont sousestimées aussi. D'autre part, si les marchandises avaient triplé, c'est l5 millions qu'elle devrait avoir ii stock* [5 millions en débiteurs divers (à cause de marchandises), et 3 millions en caisse. Dans ce cas, Tactil serait maintenant de 38 millions. Or son passif. elle le laisse à i5 millions. Qu'elle porte io millions aux réserves : elle n'a toujours que 20 millions au passif. La différence entre les deux comptes actif et passif est de i3 millions. Si elle distribue des bénéfices u\ à ceux d'avant-guerre — égaux numérairement — elle donnera io % encore. Mais si elle voulait don lier des bénéfices réellement égaux, elle devrait donner 3o "() sur le nominal de ses litres. Si elle ne. le fait pas, c'est, ou bien qu'elle ne fait pas d'aussi bonnes affaires qu'en ioi3, ou bien que le bilan est faux. Et comme on ne peut raisonnablement supposer que tous les bilans sont truqués à ce point, il faut admettre que les industries n'ont pas en somme réalisé des bénéfices si extravagants, que bien mieux, elles n'ont pas même réalisé le bénéfice d'avant-guerre, le bénéfice actuel, pour être égal, devant être triple. On saisit l'occasion de parler ici de ce qui se pas&c en Allemagne. En Allemagne, dit-on. les société donnent des dividendes de \o à 8o %. Quelle prospérité ! s'écrie-t-on de toutes parts. Eh oui, eu ce sens tpieces bénéfices de !\o ou plutôt de 8o % montrent que les industries allemandes font les mêmes bénéfices qu'avant. En effet, les prix ont haussé en Allemagne à peu près ^au décuple, souvent plus II e>t dons normal que là où une Société donnait 'i ou N
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clic donne maintenant jo 00 80 % sur le Dominai. Car enfin, io ou 80 % sont parfaitement équivalents, en monnaie actuelle allemande, i \ ou 8 % avant la guerre. Mais si les sociétés allemandes donnaient maintenant 10 ou 20 %,cel.i indiquerait un marasme effrayant.
On observeainsi en France que ce qu'on ;j supposé qui devait se produire en raison, et qui est que Ifprix ne haussent pas longtemps dans la proportion où la monnaie a baissé de valeur, est exact. Et le résultat en est que l'industrie et le commerce \onl peu à peu, et déjà pendant la hausse, subir des pertes. Ces pertes seront néanmoins souvent compensées, et au delà, par l'extension des affaires.
Une quatrième remarque vient à l'esprit. Car, diront certains, s'il est entendu que la monnaie étant en quantité trois fois plus grande qu'il ne faut, les prix doivent au moins tripler, comment se fait-il que le commerce ne puisse soutenir ces hauts prix, puisqu'en tout état de cause, les billets en circulation n'ont pas diminué de nombre. Puisque, même en admettant que les rentiers sont ruinés et n'achètent plus, leur argent est passé entre les mains d'autres personnes qui, elles, vont pouvoir dépenser ce que les rentiers dépensaient auparavant.
La réponse n'est pas difficile. D'abord, les prix étaient beaucoup plus forts que ne le commandaient les émissions. Ensuite, les richesses sont passées entre les mains des paysans, qui ne les dépensent qu'en achats immobiliers, et dont on n'a jamais entendu dire qu'ils fissent marcher le commerce. Ensuite, entre les mains d'enrichis rapides qui en font le plus absurde usage. Enfin et surtout entre les mains des étrangers, qui les ont transformés et emportés chez eux.
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Il \ a plus. La France est la France, et le Dombre des rentiers \ esl très considérable. Personne n'ignore qu'avant la guerre, notre balance du commerce était déficitaire, et que nous ne soutenions notre change que parce que nous avions prêté des capitaux très abondants en dehors. Beaucoup de ces capitaux sont perdus, d'une part ; d'autre part, quand on ruine les rentiers, on ruine la meilleure partie de la France, et il s'ensuit une inquiétude, un malaise qui n'est pas propre à favoriser l'essor du commerce. D'ailleurs, il faut se souvenir que l'argent n'est pas une grande partie de la richesse d'un pays. Il compte I peine pour 3 % de la fortune totale. Ce qui fait que le commerce s'accroît, c'est beaucoup moins la masse d'argent dont on dispose, que la rapidité de circulation de cette masse. Et, à vrai dire, cette circulation n'est rapide que quand la confiance règne. Si elle est ébranlée personne n'ose plus rien aventurer. chacun s'attache à sa richesse stérile. Quelle que soit l'abondance de l'argent, s'il ne circule pas, c'est un peu comme s'il n'existait pas. L'inflation fiduciaire en apportant l'incertitude sur la valeur de cet argent, a amené la paralysie ; le mouvement est arrêté. Et c'est ce qui explique que, quoique les moyens de paiement soient presque aussi abondants qu'avant, le commerce ne peut cependant soutenir les hauts prix.
Cette réflexion amène à penser que des émissions nouvelles seraient absolument inopérantes, La valeur du billet changerait encore une fois. La confiance serait encore une fois diminuée. Et aucune circulation ne serait plus intense qu'elle n'est ; au contraire.
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