LA SITUATION PRÉSENT] DES FRANÇAIS I
Définitive que transporter la richesse ou les sommes perçues par cet impôt, à ceux <pii travailleront pour fÉ ta t. Pour parler net, on spoliera ceux qui possèdent pour enrichir ceux <pii travaillent, ou du moins qui te disent.
[1 ne s'agit pas de savoir si une telle opération est fendée en justice ou non. El s'agit seulement de savoir si cette opération, qui n'est qu'un impôt, est de nature 1 enrichir un pays. Kl aussitôt, on s'aperçoit qu'une Belle proposition est contradictoire dans les termes, [impôt, qui diminue pardéfinjtion la richesse des par Iculiers, ne pouvant en même temps l'augmenter.
Aussi bien les défenseurs des (unissions ne persistent ils pas longtemps dans cette voie, et en viennentus plus simplement à dire : l'inflation fiduciaire était nécessiter par la situation financière. Et les nouvelles missions le sont aussi. Il a fallu faire du billet, el il faudra encore en faire, parce que ("'est la seule façon de s'en tirer.
La question se trouve ainsi placée sur sou \éiitahle terrain, el ramenée à des termes sincères. Il faut maintenant étudier la question de l'inflation à son point de vue véritable, qui es! celui-ci : l'inlla Bon est-elle un bon moyen pour l'Etat île sortir de ses difficultés financières !J
D'abord, a priori, il semble que non. Car enfin, si (inflation permettait à l'Etat d'en sortir en effet, mais en ruinant l'ensemble des nationaux, on ne voit pas bien ce qu'en définitive, il \ aurait gagné, l'Etat, encore une fois, ne pouvant être riche quand les particuliers ne le sont pas. On voit peut être ce qu'un ministre \ gagne ; on le voit même bien : car. par crt expédient, le ministre gagne du temps. Il est du re-tc. parfaitement irresponsable.
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Ensuite, toujours a priori, il semble encore qu< non. Car enfla, l'Etal ne peul faire du billet indéfi nimcnt. Et le jour ou il s'arrêtera d'en faire, od ^< retrouvera dans la même situation qu'ayant. L'émission do billets ne sérail logique que si l'Etal \> ou faire tellement qu'il paie toutes ses dettes inté rieures avec. Cela fait, comme il ne devrait pluil serait dans une excellente situation financière... d les nationaux seraient tous ruinés.
Mais voyons cela plus en détail :
i On a déjà vu, au chapitre v de la première partie, dans quelles difficultés, au bout de peu dr temps, l'altération des monnaies jetait l'Etat; le mon tant des impots à changer, des traitements â réajuster, les marchandises à payer au triple, et la dette extêj rieure toujours aussi lourde. Si. maintenant, on veul bien se souvenir que la dette intérieure de la France dépasse 200 milliards, et l'extérieure 80, on devra bien reconnaître que d'émettre du papier-monnaie n'a pas diminué et ne pouvait pas diminuer une dettj aussi énorme. Le seul résultat qui ait été obtenu a été de la transformer en francs-papier, au lieu de continuer à la compter en francs-or. C'est exactement la même chose pour l'Etat de devoir 3oo milliards de francs qui valent 3o centimes, ou 100 milliards qui en vaudraient 100. Mais, dira-t-on, cette inflation, pendant la guerre, a permis de payer. Elle n'a, en toul cas, donné que 26 milliards de ressources nouvelles. Et c'est un bien mince chiffre sur plus de 3oo milliards. On voit mal l'argument de nécessité jouer ici, et surtout l'argument d'utilité.
20 Si, dans le budget de cette année, il y a un déficit de plus de 3o milliards, il faudrait encore faire, en.supposant qu'un emprunt donne quelque chose,
LA ^1M \ MON PRÉSENTE D1 S FRANÇAIS l3~
,iu moins m ou 1 5 milliards de papier. On ne voit pas bien ce que l'Etal \ gagne. Sans doute, il peut paver. Mais encore une l'ois, en fabriquant une sorte de fausse monnaie. Et, en fin de compte, il aura levé un impôt, et cet impôt est le pire de tous, car il met un tel trouble dans les alla ires que la matière imposable est non seulement énervée, mais bientôt inexistante.
3e 11 ne serait pas difficile de montrer qu'une ban quéroute franche est plus honnête et moins coûteuse que cel expédient honteux, par lequel l'Etat ruine la communauté, saus en tirer profit. Mais il sullit de dire que les conséquences graves qui se sont déjà produites deviendraient plus graves encore, et, qu'en lin de compte, il faudrait tout de même faire banqueroute.
Mais arrivée à ce point, la question déborde l'économie politique. On entre dans la politique pure. On en dira un mot à la fin. Il doit rester seulement que l'inllation n'est pas un moyen pour l'Eta t de renié lier à une situation financière fâcheuse. C'est tout au plus un expédient plus onéreux qu'un Impôt franc, plus onéreux pour le Souverain et pour la communauté des citoyens. Il convient, si l'on cherche plus de détail, de se reporter à tout ce qui a été dit sur ce point au chapitre ix, première partie.
Deuxième section. — La su i m ion des biens.
Puisque la monnaie dépréciée va circuler comme si elle était de bon aloi entre tous ceux qui ont des rapports à cause d'argent, c'est-à-dire, en somme, pour tous ceux qui onl dos fortunes acquises, il esl clair que toute une classe, la classe bourgeoise qui tire principalement sa subsistance de revenus fixes, ou de
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traitements de Fonctionnaires, ira m trouvei apj \i\c et même ruinée. Il est non moine clair, 'I autn part, que tous c< u\ qui vendent des marchandises ou leur travail, puisqu'ils baussenl leurs prix ou qu'il* tentent de le faire dans la propoi Li< m m i la
monnaie a liai---''' de valeur, ne von! pas perdre. Ilvont même gagner aussitôt <|u'il> vont transi rmer leurmauvais argent en biens qui n'ont pas augmi do valeur, et qui sont les biens mêmes des i que ceu\-ci ne peuvent point conserver! pan e qu'ils ne rapportent toujours crue le même revenu, qui est maintenant payé en maiiv, iiM- monnaie. Ces vendeurs vont se trouver dans la situation où se trouvent des étrangers dont la monnaie lait prime sur la nôtre. Ces étrangers, pas plus que les vendeurs, ne gagnent en achetant des marchandises, puisqu'elles ont haus dans la proportion même ou la monnaie s'est dépréciée. Mais ils gagnent lorsqu'ils achètent des maisons ou des terres, qu'ils ne paient en somme que le tiers de leur valeur réelle, puisque cotte valeur est exprimée maintenant par le même nombre, ou même un nombre inférieur de francs, lesquels valent trois fois moins qu'avant. Mais c'est ce que les vendeurs ne font pas.
Les vendeurs gagnent directement, s'ils font un commerce plus étendu qu'auparavant. Mais ceci provient de la guerre, et non de l'inflation ellemême. En effet, supposons qu'un vendeur faisait avant la guerre un chiffre d'affaires de 100.000 francs. A 10 % de bénéfices, il gagnait 10.000 francs. Maintenant que ces marchandises ont triplé il fait un chiffre d'affaires de 3oo.ooo francs, et à 10 % de bénéfices, il gagne 3o.ooo francs. Il ne gagne donc rien de plus en valeur réelle, So.ooo francs actuels ne valantpas plus que io.oooen 1910. Mais du fait que
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beaucoup d'hommes onl été mobilisés, «lu fait encore que L'Etal a eu d'immenses besoins, ce vendeur peut s'être trouvé dans le cas de voir ses concurrents disparaître, ce qui augmente déjà son chiffre d'affaires, cl d'avoir plus de commandés à lui tout seul que ses concurrents et lui n'en auraient eu aupara vant. Si son chiffre d'affaires passe à .'>.ooo.ooo, c'est, à H» "0< 3oo.ooo Francs qu'il se trouve gagner.
Les \endeurs gagnent encore indirectement en ce que leurs loyers et certaines charges n'ont pas aug— mente <>u onl moins augmenté qu'il ne l'aurait fallu, el c'esl un gain qu'ils fonl chaque jour.
Les vendeurs font donc un gain triple :
i " En ce qu'ils ne perdent pas ;
•2" En ce que leur commerce a pu être plus étendu à cause de la guerre :
.'V' En ce qu'ils sont en inouïe d'acheter des biens qui n'ont pas augmenté. El c'esl là qu'est leur gain véritable, et leur gain injuste. Mais ce n'est pas eu\ qui sont les auteurs de cette injustice. Cette injustice est légale, permise, nécessitée parla loi qui affaiblit la monnaie.
De cette manière on voil que les classes pos dan tes vont être dépouillées de leurs biens au profil de ceux qui vendent (ou des étrangers), et au profit, temporaire, de L'Etat. I^a plus grande partie de la fortune du pays a été déplacée, a changé de mains, te rapidement ; ce déplacement, qui n a pu se produire, qui ne s'est produit que par le fait de la loi qui a permis la fabrication du billet, a le caractère d'une spoliation. Il a été rapide, inique, el n'est que le Fait du Prince. I a déplacement de richesses aussi considérable, opéré par le moyen de la confiscation déguisa ne mérite pas d'autre nom que celui de révolution.
I Jo LE PROBI i Ml l'i i I M'»\\ LIE
M. u- alors, ou m trouve en face d une situation pleine de périls. Un déplacement de riches cette nature amené la disparition d'une i ! I Is
naissancecl'une autre qui s'installesur ses ruines etj de ses dépouilles. Les premiers ne seront \ "j
lamés à la gêne ; ni les seconds s l'opulence, lu il est constant qu'il faut plu- de tem|>> pour qu'une classe se reconstitue cl poss<'-d<- les qualités fie l'ancienne, que pour- qu'une classe disparaisse. Dans un état aussi nécessairement troublé, aussi in<i;il>lr. ne faut-il pas craindre que des ambitions comprimées ne se fasa jour, que des espoirs qui paraissaient insensés ne prennent corps, que certaines puissances de trouble et de désorganisation n'agissent avec pins de force, d le temps même que l'organisme auquel ils s'attaquent a perdu de sa vigueur ? Car enfin, les hommes ne résistent au changement que parce qu'ils ont peur d'y perdre. Mais, quelle résistance imagine-t-on que les classes dépossédées, qui étaient un élément de stabilité et de cohésion et dont le mécontentement grandit, opposeront à une tentative d'ambitieux ? On dit bien que les classes moyennes disparaissant ont été remplacées par les paysans, qui sont devenus propriétaires delà terre. On se flatte qu'elles joueront le rôle modérateur dévolu aux. classes bourgeoises. C'est avoir une expérience un peu courte de l'histoire et des réalités. D'abord, elles ne forment pas une classe.
II y faut plus de temps. Ensuite, les paysans sont éloignés des lieux où les révolutions se produisent. Et elles lui sont, de toute manière, indifférentes. Il faudra toujours manger. Et ce sont les paysans qui sont à la source de bien des denrées. On ne pourra jamais rien leur faire, ni les obliger à rien. Quoi qu'il arrive, le paysan mangera toujours. Et il faudra bien
LA BITUÀTIOfl PRÉSENTE i>r^ FRANÇAIS I \ I
qu'on le ménage si on \<'ut manger dans les villes. l'A , bien plus, ce fait que les paysans sont maintenant propriétaires de leurs terres n'es! pas un gage de paix sociale, au contraire. Car un fermier est obligé de travailler pour plus que pour Lui-même, puisqu'il a son fermage à payer. Mais un propriétaire peut parfaitement ne produire que pour lui seul, et les produis de la terre seront très réduits en quantité. La révolution no peui donc pas le toucher, directement. Et comme, d'autre part, ceux qui se portent à renverser Tordre de choses établi ne s'occupent pas tellement du danger qu'il \ a pour la durée du nouveau régime à ce que la terre soit mal cultivée, il semble qu'or] ne doive pas beaucoup compter sur les paysans pour s'opposer à une entreprise violente.
Dans ce trouble, dans rette incertitude où nous nous débattons, l'affreux étal de nos financés et de notre trésorerie ajoute à la confusion. Le gouvernement sera contraint, tôt ou tard, et le plus tùt serait le mieux, d'avouer son impuissance à payer ce qu'il doit. Ce qui achèvera de ruiner les classes moyennes.
La situation actuelle apparaît ainsi comme révolutionnaire au premier chef. Et cela est dangereux au moment où de> mouvements si amples, conduits par des hommes dont il ne faut nier ni l'intelligence ni surtout la volonté, ont déjà bouleversé l'Europe.
Que toutes ces conséquences sortent de l'inflation fiduciaire, il serait puéril de l'avancer. Mais il serait puéril aussi de nier que l'altération de notre monnaie n'ait mis notre pays en état de réceptivité, de moindre résistance. La masse des mécontents grossit de jour en jour. Le désarroi grandit. Ceux qui imaginent, dans le calme de leur ;\me timorée et un peu lâche, que les rentiers ne feront pas la révolution,
Ahthiys. — Problème de la monnaie. Il)
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ont bien évidemment raison. Mais C6UI qui ont une âme | > 1 1 1 -> violente, un caractère plus brav< sentent bien qu'autour d'eux, il v .1 d<- moins en moine <l<force qui puisse B*opposer à la leur, el leur se trouve accrue par la faiblesse de l<
On n'a voulu indiquer par là que le boulevei ment extraordinaire qui s'esl produil dans le régime des biens el les risques que ce bouleversement peut l'aire craindre ; ce déplacement des richesses est du, pour partie à la guerre, el surtout à l'absurde politique monétaire qui a été suivie. On dira peu( être qu'en fin de compte, on ne peut prendre l'argent que là où il est ; el que le Prince le prenne, en affaiblis sant la monnaie, ou en prélevant un Impôt, I»- résultat est le même. Oui. sans doute, pour la richesse acquise ; mais pour la richesse en formation, c'esl-àdire le commerce et l'industrie, le résultat est très différent. C'est là qu'est le point noir ; l'inflation fiduciaire apporte une nouvelle et formidable incertitude au négoce, déjà incertain de sa nature, et amène rapidement son alanguissement.
On se trouve aujourd'hui dans cette situation paradoxale que les rentiers sont ruinés, et que le commerce et l'industrie traversent une crise grave. Ce qui fait que les rentiers ne peuvent se dédommager de leurs pertes en travaillant. De nouvelles émissions n'arrangeraient rien. Elles augmenteraient nécessairement la ruine des rentiers, et l'accroissement du commerce et de l'industrie serait tout à fait casuel et incertain. Outre le risque du décri, sur lequel on reviendra, et que de nouvelles émissions augmentent, le coup de fouet donné au commerce ne durerait pas. Et toute la question est de savoir si on ne perd pas plus d'un côté qu'on ne gagne de l'autre, si la perte
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n'est pas plus sure que le gain, et surtout plus étendue. Si l'on parvenait à faire quelque chose pour les régions libérées par cette voie, le seul résultat dont on soit sur, c'est que les entrepreneurs s'enrichiront, et, naturellement en spoliant, toujours sous le couvert de la loi, les possesseurs de biens à revenu fixe. Mais, pour le reste, on risque de se trouver dans cette situation d'un homme qui, ayant eu sa maison détruite, la reconstruirait avec des matériaux pris dans d'autres maisons, qui se trouveraient en ruines à la lin de cette belle opération ; ou d'un capitaine qui, ayant le l'eu sur son navire, le coulerait pour qu'il ne soit pas incendié. Il en coûterait moins de déclarer la guerre à l'Allemagne, et de se payer sur elle, en la détruisant d'abord, ce qui diminuerait sa capacité de production, et, par comparaison, augmenterait la notre, ensuite en lui prenant tout ce qui est saisissable, l'or, les titres étrangers, et en exploitant ses bois, ses mines, et ses usines.
Il faut maintenant voir quelle est la situation do la France, au regard de l'étranger. C'est une question importante. Ce n'est que l'étranger qui peut nous enrichir, en achetant nos marchandises; et c'est lui surtout qui gagne à notre appauvrissement. Les cha pitres suivants traiteront donc du change et de tout ce qui s'y rattache ; et cette question sera toujours envisagée au point de vue qui nous occupe, qui est la dépréciation du franc.
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LE CHANGE
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A. — hh'e générale du change. — Avant d'entrei dans l'élude même de l'altération du change par le fait de l'inflation — si altération il y a — il faut d'abord donner une idée grossière du change. Non pas une idée
de ce qu'est le change, juridiquement, niais de ce qu'il est, économiquement.
Le cours des changes est l'expression tangible de la balance de ce que doit un pays aux autres, et de ce qu'ils lui doivent, reflétée dans la monnaie, dont il fixe momentanément la valeur relative. En période de papier-monnaie, vis-à-vis d'une monnaie saine, le change fixe la prime que fait l'or sur le papier national. Cette prime, ou valeur relative, est la résultante d'une nsemble de facteurs nombreux. Léchante, c'est l'effet, ou mieux, le résultat, exprimé en chiffres, de multiples opérations. Un change n'est ni déprécié ni apprécié. Il est favorable ou défavorable, voilà tout. De la même manière, le prix auquel un achat ou une vente se font n'exprime pas du tout la valeur en soi de la chose achetée ou vendue, mais l'estimation, en fonction des positions respectives d'acheteur et de vendeur, de cette valeur par l'acheteur ou le vendeur. Par exemple, supposons que je vende
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tous les ans pour 10.000 francs de quoi que ce soit à André» et qu'André me vende tous les ans pour 7.000 francs ; à la fin de l'année, il faudra qu'André me verse 0.000 francs. Vu lieu de me verser ces .'i.ooo francs, qui sortent de sa caisse, qui l'appauvrissent, \ndrc pourrait tout aussi bien me vendre toutes ses marchandises avec un rabais de 3o % : le résultat pour lui serait le même. Entre nous deux, en somme, une marchandise qui a la même valeur, en soi, chez lui et chez moi. a maintenant une valeur différente. Cette valeur d'é< liange de nos marchandises, entre nous, n'exprime pas du tout la valeur de chacune de nos marchandises, mais le rapport des créances et des dettes entre nous. Ce n'est pas une \aleur à proprement parler, c'est un résultat, un signe d'opérations.
Entre deu\ pays différents, il suffit de renverser les ternies de cet exemple, en ce sens que ce n'est pas la valeur de la marchandise qui variera, mais la valeur de la monnaie en quoi sont exprimés les prix. Le cours du change sera l'expression, non de la valeur intrinsèque des monnaies — pas plus que le change de Pexemple précédent ne donnait la valeur intrinsèque des marchandises, — niais de la valeur relative qui dépend, en thèse générale, de la proportion des échanges, entre deux pays considérés, ou plus généralement entre un pays et tous les autres. Il doit être bien entendu que le mot échanges ne comprend pas seulement celui des marchandises, mais aussi celui des sommes d'argent, et de l'argent lui même.
Mais ceci dit, il est clair que >i les choses qu'on échauge n'ont pas, en s<>i, même valeur, la halanec totale sera influencées Ceci nous amène à faire une seconde observation.
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h. ■ — La combinaison de lavalew en toi, "< ■ proportion entre les échanges. — Si on suppoM qu'au lieu d'échanger, dans des proportions inégales, des choses qui ont même valeur en elles mêmes, • omi par exemple du vin de même qualité, on échai maintenant du vin ordinaire contre du vin vieui renommé, <>n n'échangera pas une barrique decederaier vin contre une barrique <lu premier, mais, pai exemple, une barrique de l'un contre trois barriques de l'autre. Entre deux pays, il en sera de même, el si l'on aà échanger des monnaies, il faudra d'abord '-limer ces monnaies, par rapport à la valeur propre chacune d'elles. Cette estimation laite, el étant reconnu par hypothèse que telle monnaie, en soi, vaut ti fois une autre, on fera ensuite le compte de ce que l'un doit à l'autre, les monnaies étant estimées le pied de leur valeur réelle, et, de ce compte final, ressortira le cours du change, mais de ce compte final seulement, et non du premier, qui ne donnait que la valeur des monnaies, en elles-mêmes.
Et ainsi, toute marchandise, ou toute monnaie, a d'abord une valeur en soi, comme une grande maison a une plus grande valeur qu'une petite : puis elle a une seconde valeur, qui provient de la quai] ti té réciproque des marchandises ou des monnaies qui sont, ou ont été, échangées. On conçoit facilement que, si on échange 3.ooo barriques de vin ordinaire, qui vaut intrinsèquement 3 fois moins que le vin vieux, contre 1.000 barriques de ce dernier vin, le vendeur de vin ordinaire n'aura rien à paver en sus et que la compensation sera parfaite.
11 va donc falloir tenir compte, pour tout ce qui regarde le change, de ces deux valeurs : la valeur en soi des monnaies, puis la proportion qu'il y a entre
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les comptes des deux pays (laits en fonction de cette première valeur), proportion qui donnera le cours du change (sous réserve, naturellement, d'autres influences).
C. — Difficultés de la matière. — Une première difficulté naît tout naturellement de ce qu'il va falloir chercher la valeur en soi d'une monnaie, (M d'une marchandise. Quand on a de la monnaie d'or, la mesure di1 la valeur en soi de la monnaie est aisée. Il suffît, en effet, desavoir dans quelle proportion l'affaiblissement de la monnaie a été fait. On sait alors quel est le poids d'or actuellement contenu dans la monnaie. Mais quand on n'a plus que du papier-monnaie, G est à-dire une espérance et non une chose, il est bien clair que la valeur de celle monnaie, qui pourrait être livée théoriquement, va pratiquement dépendre beaucoup plus de la confiance que d'autre chose. Ktqu\ a-t-il de plus variable que la couliauce? C'est là un point très important. Car il s'ensuit, d'une part, <pie le hillcl contenant une promesse de remboursement au pair, sa valeur variera suivant l'espoir qu'on se formera sur la possibilité de ce remboursement, et sur sa date; d'autre part, que si même on diminue le nombre des billets, il ne s'ensuivra pas nécessairement une hausse du change, puisque la valeur — en spéculation — de ce billet dépend surtout de la confiance. On ne pourra alors que dire : à telle époque, le papier-monnaie s'échangeait contre telle quantité de telle marchandise. On dira : le pouvoir d'achat de ce papier-monnaie était, à telle date, de tant. Mais parler de pouvoir d'achat, c'est proprement ne rien dire de bien précis. En ctTel, supposons que, dans un pays donué, la France, les marchandises aient d'abord augmenté de prix dans la proportion même
i '| j il ri-,' IB1 i mi ni i I Moxa 111
où la monnaie a baissé de valeur, el qu'ensuite, l« • prix aient baissé. Le pouvoir d'achat du Irani dai ces conditions dernii turait augmenté. Mais valeur, évidemment non. On parlerait beaucoup plus justemenl de valeui en Boi— d'après l'idée-qu'on k fait-de-cette-valeur. Cette notion correspondrait beaucoup phisâ l.i réalité. Mais elle n'offre paa un terrain bien solide pour une discussion théorique. El puisque nous avons en vue une discussion théorique, il vaudra autant que l'on parle de la valeur-oi d'un papier-monnaie, que de son pouvoir d'achat. Pour cette raison simple que l'or est une marchand comme les autres; et que, par conséquent, on pourra parler aussi bien du pouvoir d'achat d'un papiermonnaie vis-à-vis de l'or, que vis-à-vis d'autres marchandises quelconques. Et connaître le pouvoir d'achat d'un billet vis-à-vis de l'or, c'est connaître en somme quelle quantité d'or ce billet représente, quelle quantité d'or il a derrière lui. Et l'or ayant, à un plus haut degré que les autres marchandises, la qualité d'avoir un cours mondial, on arrive ain-i. en parlant de valeur-or d'un papier, à avoir une id précise de sa valeur en soi. On l'a d'autant mieux dans un pays comme la France, où il reste, à la Banque de France, une encaisse-or et une encais>epapier de commerce équivalentes à de l'or. Mais, encore une fois, cette vue est toute théorique, pour ce que la valeur propre d'un papier-monnaie dépend beaucoup plus delà confiance que d'autre chose. Et, par suite, l'estimation de la valeur en soi d'une monnaie de papier va être sujette à des variations : c'est ce que nous verrons quand il sera parlé des éléments psychologiques qui influent sur le cours des changes.
Une seconde difficulté naît de ce qu'il va falloir
LE CHANGE I Jg
chercher la valeur en soi d'une marchandise, parce que les marchandises ont leur valeur mesurée en argent. Et alors, il se passe ce qui a déjà été observé pour le commerce intérieur, (l'est à-dire que. si les prix pouvaient continuellement hausser dans la proportion où la monnaie a baissé de valeur et se maintenir à ce taux, le fait que la monnaie a baissé de valeur ne serait d'aucune influence, puisqu'on s'en dédommagerait en vendant plus (lier. La valeur en soi des marchandises serait donc toujours connue et fixe. Mais comme il vient rapidement un temps où les marchandises ne sont pas vendues autant di4 lois plus cher que la monnaie a baissé, la valeur des marchandises va être variable, leur valeur en soi, bien entendu.
De L'idée rapide qu'on vient de donner de ces difficultés, il suit qu'il va falloir tenir compte, pour déterminer le change :
De la valeur en soi de la monnaie;
De la valeur en soi des marchandises, mesurée en monnaie, et dépendant de l'étal du commerce à l'intérieur du pays; valeur variable :
De la proportion entre la quantité de marchandises et d'argent qui est dut1 par deux pays l'un à l'autre;
Kl, enfin, d'une foule d'éléments psychologiques.
Il \a de soi que tous ces éléments dont il va* falloir tenir compte jouent ensemble. C'est tout à fait artificiellement qu'on va ici èhe amené à les distinguer et à les étudier séparément. Il faudra ensuite les superposer, et même les amalgamer. Les conclusions auxquelles on viendra après l'examen de chacun des facteurs, devront être tenues pour provisoires, et accep tées sous réserve de tout ce qui suivra. Tout <•<• qui regarde l'homme et la réalité des choses est complexe
100 i i taOBLEM DI LA M'»\s mi
Bl iiK)ii\;iiit. Mais il faut bien ;m;il f§m ■ décompO*
pour expliquer.
Ainsi, on étudiera d'abord la théorie qu'on peul proposer pour rendre compte <lu chan| • meut ; ensuite le mécanisme du change selon i • théorie, son application au change français aujourd'hui, et enfin, on examinera le rok puissant des éléments psychologiques, et, partant, de la spéculation.
Il y aura lieu, en terminant, de se demandei si I altération du change est nuisible en elle-même.