LA MONNAIE DE PAPIER
On n'a pané jusqu'ici que de la monnaie de métal. Mais il y a une autre monnaie d*un usage ass
récent pour les Occidentaux, mai- très ancien pour
les vieilles civilisations de l'Orient : c'est la monnaie de papier, qu'on appelle aussi billet de banque, ou papier de banque. Ainsi que son nom l'indique, la monnaie de papier n'est pas une monruiie au même titre que la monnaie de métal, puisqu'on principe elle n'est pas frappée, ou plutôt imprimée par le souverain. Pour cette monnaie, il ne va même pas une seconde y avoir lieu de se demander d'où vient sa véritable valeur, si c'est de ce que le prince lui donne une forme, ou de ce qu'elle contient une certaine Quantité de matière précieuse. Il est bien clair qu'elle ne peut tirer sa valeur que de la matière. Et cette matière ne .peut être que de l'or ou de l'argent. Qu'est-ce alors que le billet de banque ?
Le billet de banque n'est pas autre chose, originairement, qu'un reçu, délivré à l'occasion d'un dépôt d'espèces dans les coffres de la Banque, et. en même temps une promesse de rendre, sur présentation de ce papier, les espèces déposées. Supposons qu'un particulier ait chez lui de l'or, dont il compte faite
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usage pour ses paiements. Au lieu de garder cet or, qu'il risque de perdre, au lieu de le voiturer à ses risques et périls, il peut préférer le remettre à une banque, qui a des coffres solides, à l'abri du vol, et des moyens qu'il n'a pas lui, particulier, pour transporter les espèces. Cette banque remettra des reçuspromesses, qui reconnaîtront ce dépôt d'or. Et le particulier paiera ses dettes avec ces papiers, qui permettront à celui qui les recevra daller à la banque et de toucher son or. Ces reçus promesses plus faciles ;» garder et à transporter que des espèces, sont des billets de banque. Ils ne sont que la représentation, le signe d'une somme d'espèces déposées dans une banque. La banque n'émettra de ces billets que contre une remise d'or.
Mais le billet de banque pourra $treémisà l'occasion d'autre chose qu'un dépôt d'or ou d'argent. En effet, supposons que ce particulier n'a pas d'or, mais des marchandises. Quand il les aura vendues, il touchera des espèces. Mais on sait que, dans la plupart des cas, l'acheteur ne paie pas immédiatement en monnaie. Il remet un papier par lequel il s'engage à payer de la monnaie au bout de peu de temps, I, ou 2, ou 3, ou 6 mois. Ce papier, billet à ordre, ou lettre de change, exprime qu'une marchandise a été vendue, à tel prix, et que ce prix sera versé à telle date Il certifie qu'une somme d'espèces déterminée sera \erséc, dans un avenir proche. Ce vendeur alors pourra, sur cette promesse rapprochée, se faire prêter de l'argent Comptant, ou mieux, vendre cette promesse contre argent comptant. 11 la vendra à une banque, qui lui paiera le prix qu'elle Indique, moins les intérêts à courir entre la date ou le papier . est remis et celui où il sera payé (escompte) Mais la
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banque, qu'a-t-clle entre les mains? Elle s de I genl futur, dont l'échéance esl proche. Bile i reçu on dépôt, ou mieux une promesse de dépôt d'or. Il inutile Ici <!<• rappeler que les u ments
du commerce son i faits de telle sorte que le paiemi de la somme d'or, à l'échéance, esl rigoureusement assuré. Les papiers de comm< 'fit entourés de
garanties très fortes. Mais,*comme le paiement doil être absolumnii certain, de façon que la remi-' d'un papier de commerce éqoivaille à un dépôt d futur, les seules banques qui vont pouvoir remetl des billets contre ce papier seront celles qui n'accep teront à l'escompte que du papier entouré de garanties encore plus fortes que le papier ordinaire ; ainsi. la Banque de France n'escompte que du papier à trois signatures, dont les endosseurs successifs, responsables du paiement à l'échéance, et sont sérieux, et ont une surface suffisante.
En somme, le bon papier de commerce est de l'argent futur, à échéance rapprochée. On va donc pouvoir remettre des billets de banque contre remise de ce papier.
De cette vue rapide du billet de banque, on peut conclure que le billet de banque est un reçu-promesse d'un dépôt d'or, présent ou futur, et dans ce dernier cas, il doit être bien entendu que ce futur doit être rapproché, et qu'il ne doit y avoir aucune incertitude, aucun doute sur la matérialité du dépôt à l'échéance. • Et alors, si ce billet de banque est, en somme, de l'or, ou des espèces, on va pouvoir s'en servir comme monnaie, puisqu'il a la \aleur de l'or. Et on s'en sert, en effet. Il a de grands avantages sur la monnaie de métal, puisqu'on le transporte plus facilement qu'elle, puisqu'on le garde à moins de frais.
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Il faut toujours en revenir à cetlc QOtioD simple du billet de banque. Et tout billet de banque qui n'a point les caractères qu'on vient de dire, n'est pas un billet de banque : il es t peut être du papier-monnaie, du papjer-monnaie inconvertible, du papier politique. Il participe plus de la métaphysique que du commerce.
Ceci nous amène à parler d'un autre billet de banque, ou plutôt de ce même billet, dégénéré, pourrait-on dire. C'est le billet inconvertible, à \u<', en or. En effet, <>n entend bien que si, par exemple, un événement grave survient, qui arrête le commerce et l'industrie, il va falloir accorder aux personnes qui doivent payer les lettres de change des délais. Pour que la banque puisse le l'aire, il ne Tant pas qu'elle soit contrainte à payer immédiatement tous les billets qu'elle a émis, puisque nombre d'entre eux ne représentent que de l'argent futur, et que cet argent elle ne l'a pas. On établira alors le cours forcé, c'està-dire qu'on obligera les particuliers à prendre les billets, sans pouvoir exiger leur transformation eu or. Rien de plus juste en soi, ni de plus expédient. Et si la confiance dans la banque est grande, le cours forcé pourra durer quelque temps sans inconvénient. Ce temps sera mis à profit par la banque pour faire face à ses engagements. L'inconvertibilité n'entraînera pas nécessairement la dépréciation : la dépréciation n'apparaîtra que si on émet du billet en trop grande quantité et qu'on s'en aperçoit.
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