L'AFFAIBLISSEMENT DES MONNAIES
L'habitude décompter en auméraire el non en poids, la loi, et surtout une apparente nécessité vont inclinei
le souverain d'alTaiblir les monnaies. Que veut-on dire par là P ('/est très simple.
Supposons que le souverain ait de grandes dépenses à faire, ou qu'il ait de lourdes dettes vis-à-vis de ses sujets, et qu'il ait ses coffres msuffisamment remplis. Au lieu d'emprunter, au lieu de lever de lourdimpôts, il va ordonner que toute la monnaie deu-r« être remise aux Hôtels des monnaies. Il va démonétiser la monnaie ayant cours, et en faire une nouvelle. Quand toutes les monnaies seront entre ses mains, il va frapper de nouvelles pièces qui ne contiendront plus que la moitié, par exemple, d'or ou d'argent. Et avec le reste de l'or et de l'argent ainsi conservé, il va frapper encore de nouvelles pièces, affaiblies aussi de moitié ; il aura ainsi doublé le nombre de pièces. Il en gardera la moitié dans ses coffres et fera ses paiements avec. Naturellement les nouvelles pièces auront la même valeur nominale que les anciennes. Le résultat évident qu'il obtient, c'est de diminuer la valeur intrinsèque de chacune des pièces de monnaie, autrement dit de les affaiblir.
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affaiblir la monnaie, c'est donc simplement donner une valeur nominale aux pièces, supérieure à la va leur intrinsèque.
L'avantage initial que le souverain trouve à faire cette opération est considérable, puisqu'il va pouvoir payer ses dettes très facilement, en mauvaise monnaie, et qu'en outre il prélève la moitié du métal existant.
Il n'est pas nécessaire de donner ici une description détaillée des différentes manières qui ont été employées pour affaiblir la monnaie. On dira seulement qu'il y en a cinq, qui sont:
Affaiblissement sur le poids ; sur le titre ; sur la proportion de quantité entre les monnaies "de matières différentes ; sur la valeur extrinsèque ou nominale ; sur la proportion de valeur entre les monnaies de matières différentes. On peut évidemment combiner entre eux ees divers affaiblissements ; et tout l'art du souverain consiste à affaiblir la monnaie en attirant le moins qu'il peut l'attention des sujets, de manière à les tromper sans qu'ils s'en aperçoivent aussitôt.
Nous étudierons seulement le cas le plus simple, l'affaiblissement sur le poids. C'est le moins employé, mais c'est le plus clair.
Supposons que la masse des espèces monnayées d'or dans un pays, soit de 10.000 kilos, divisés en pièces de 10 grammes. Il y a donc i million de pièces. pesant 10 grammes chacune, et valant 3o francs chacune (par hypothèse). Le prince démonétise ces pièces, les refond, et remet en circulation, d'abord, i million de pièces ne pesant plus que 5 grammes chacune, mais ayant toujours la valeur nominale de 3o francs. Le bénéfice du Prince est de 5.ooo kilos d'or. Et comme il n'a fait l'opération que pour' payer ses dettes ou se procurer des ressources, avec ces
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5.ooo kilos d'or, il va frapp i encore i million de pièces n<4 pesant plus que 5 grrammes. \ la fin de l'opération; il \ aura dans Le paya a millions de |
alors qu'avant il n'y en avait qu'un million. M » i comme Lee pièce* circulent aux le pied de la valeui auméraire, il ae aéra valablement libéré de ses dettes en faisant ces paiements avec les nouvelles j qui
ne valent, intrinsèquement, que la moitU acien-
nea. Mais il est clair qu'il n'aura augmenté par là en rien la masse d'or existant dans le pays.
D'autre part, comme le prime aura doublé ainsi le nombre des pièces, la fiction imitera la nature. et l'offre de monnaie ayant doublé, et la demande étant restée la même, il s'ensuit que la monnaie va baisde valeur dans la proportion même où elle a augmenté de quantité. Et ainsi, les prix de toutes chos vont doubler.
Il est évident, d'autre part, que la monnaie, en soi. a " perdu la moitié de sa valeur. Mais le public peut ne pas le savoir, si l'opération est bien faite. Il le saura néanmoins très vite par le détour qu'on \ient d'indiquer, puisque la monnaie étant plus abondante, baissera de valeur.
Quand la monnaie est de papier, on voit aussitôt que l'opération de l'affaiblissement devient beaucoup plus facile. En effet, les sujets sont habitués à payer en billets, et à recevoir des billets. Si la Banque émet deux fois plus de billets qu'on ne pourrait en émettre suivant ses encaisses, or et papier de commerce, cette Opération se fait en secret ; ou. du moins, elle est difficilement perceptible. Une pièce d'or, ayantperdu la moitié de son poids d'or, un changeur la reconnaîtra assez vite. Mais un papier, qui conserve les mêmes apparences, la même forme, comment voir
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qu'il ne vaut pas autant que l'ancien ? Néanmoins on s'en apercevra assez vite dans le commerce, parce que ce papier devenant plus abondant, obéira à Ja loi de l'offre et de la demande, et vaudra moins que Tan cien, qui était plus rare.
Cet affaiblissement des monnaies, quand il est l'ail sur du papier, prend le nom d'inflation, si on le considère en lui-môme, et de dépréciation, si on le considère dans ses suites.
Mais l'élude de L'affaiblissement sur le billet demande quelques éclaircissements, pour ce que certains prétendent que le billet n'est pas tout à l'ait une monnaie comme la monnaie d'or, et que l'inflation n'est pas nécessairement un affaiblissement. Voici comment on raisonne :
Le papier de commerce <pii est remis à la banque n'est pas de l'argent présent, mais futur, Eh bien, ne peut-on concevoir que le billet sera émis en représen tation d'argent un peu plus futur (pie celui du papier de commerce, et tout aussi certain. Si cela est possible — et ce l'est, en elîet, — l'inflation ne diminue pas la valeur intrinsèque du billet, mais permet de créer plus de billets ayant toujours leur même valeur intrinsèque.
Émettre du papier-monnaie au delà des encaisses. ce n'est donc pas nécessairement affaiblir la monnaie.
Il faut reconnaître que ce raisonnement est fondé. En effet, quand le cours forcé est établi, et que la Banque commence à émettre de nouveaux billets, elle peut le faire pour deux causes. Ou pour venir en aide à des particuliers, ou pour venir en aide à L'Etat. Si le public a une grande confiance dans la sagesse de la banque, s'il sait que cette banque ne viendra en aidequù des particuliers momentanément gênés, mais
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qui auronl de gr i leur a< tif, dan un
tempe assez proche, la confiance aidant, le i redit remplaçant pour un moment les es] l'émission
de billets pourra parfaitement ne paa entraînai de dépréciation. Si la banque vient <-n aide à l'Etat, et
■>t le cas ordinaire, el que l'Etat, qui a d'immen richesses, s'engage à rembourser rapidement la Banque, et (|n il le puisse réellement, il n'\ aura paa non plus de dépréciation, ou mieux, il n'\ aura pas d'affai blissement. Dans ces deux hypothèses, la Banque fait en somme qu'étendre l'opération qu'elle fait couramment, et qui c>t l'escompte du papiei de com merce. Elle émet du billet contre de l'argent futur, contre de l'argent plus futur que dans le cas <lu papier de commerce, mais à échéance sure, et, somme toute, suffisamment proche.
Néanmoins, il faut observer aussitôt que si la Banque met ces billets en circulation, la fiction imitant encore une fois la nature, il y aura, on l'admet, ai mentation de bonne monnaie, mais cette augmentation risque d'entraîner une diminution de la valeur, pour ce que elle est plus abondante qu'avant. (Loi de l'offre et de la demande.) Il n'y aura pas, si l'on veut, affaiblissement de la monnaie en soi, mais affaiblissement de la valeur d'échange.
Il faut aussi observer que même si l'inflation est limitée sagement, si elle n'est pas soutenue par la confiance, la dépréciation est immédiatement très grande. À ce propos, il n'est pas sans intérêt de rappeler que c'est le sentiment de tons les hommes qu'il convient de toujours prendre en considération, lorsqu'on parle de monnaie. Et quel est ce sentiment? Il n'y en a qu'un seul qu'on retrouve toujours: c'est la croyance dans la valeur de l'or. Une longue habitude du* compte
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numéraire, une confiance dans le papier entretenue par une bonne politique peuvent amener les hommes à regarder les réalités de moins près, et à leur faire oublier pendant un temps (pie c'est l'or seul qui a de la valeur. Ce sentiment nouveau qu'ils peuvent avoir soutiendra la valeur de la monnaie de papier. Mais il est loin d'être aussi solide et aussi répandu que celui qui accorde à For, au métal précieux, une valeur universelle.
Mais ceci dit, il faut remarquer que de telles émissions, laites non en représentation de dépots d'or ou d'opérations commerciales, ont très vite leurs limites. Si un pays, par exemple, avait comme moyens de paiement 6 ou 7 milliards, en or et en papier, et qu'il porte la circulation à 10, même 10 milliards, dans des conditions très favorables, il se peut qu'il n'y ait pas dépréciation. Mais si la circulation de moyens de paiement est portée à 20 milliards, ou 3o, du 4o, il est absurde de supposer que ces émissions ne vont pas réaliser un affaiblissement très sérieux.
Car, enfin, et d'abord, quand bien même on dirait et on admettrait que ces quarante milliards sont quarante milliards de francs dont la valeur intrinsèque n'est pas diminuée, il n'en resterait pas moins que, si 7 milliards étaient en équilibre avec les marchandises ou si l'on veut à la rigueur, l3 milliards, r|o milliards ne seront plus en équilibre avec elles. Autrement dit, si 10 milliards correspondaient à une masse donnée de marchandises, étaient demandés par cette masse, si la demande de monnaie était de i3 milliards, une offre de quarante milliards doit nécessairement faire que la valeur d'échange de ces quarante milliards n'excédera pas celle de i3 milliards ; que donc, pratiquement, la valeur d'échange du liane sera-diminuée des
Aiuhiys. — Problème de la monnaie. 3
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u/.'i, que le pouvoir d'achat «lu frai* il m ra plus qu« du tiarSi qu'il [audra donnât troii fois plvi <l • billete pour la mène marchandiae.
M;iis Bttppoaef que cea quarante milliârda sonl francs qoo dépréciés en aux*méim ire.
Quand bien même on dirait sue ces billeta oui émis en représentation de quelque chose, d'une H chesse réelle, il va de soi que cotte iicln-sse est très future, très lointaine. Et alors, puisqu'on raisonne là dessus comme sur du papier de commerce, à qirelle conclusion Vient-on iJ A celle-ci.
D'abord, le paiement du papier de connu' garanti. Mais le paiement d'une avance à l'Htat l'eal . il aussi fortement. Car il faut bien se souvenir que L'État est* le Prince, et que c'est lui qui fait la loi. El f s'il ne veut pas payer, qui l'obligera P
Ensuite, et surtout, quand une Banque escompte du papier de commerce, elle déduit l'intérêt. Si le paiement d'une obligation était à échéance très éloignée, 80 ans par exemple, combien croit-on qu'elle donnerait, escomptée, présentement ? Une somme très petite, évidemment.
Par conséquent, quand un pays porte sa circulation à un montant très supérieur à celui que lui permettent ses encaisses et ses opérations commerciales, il ne fait rien d'autre que d'affaiblir, et très gravement, la monnaie. Il l'affaiblit même beaucoup plus que s'il affaiblissait de la monnaie de métal. Car, quelque affaiblie que soit une monnaie de métal, elle conserve une valeur, diminuée sans doute, mais une valeur incontestable. Mais quand il n'y a plus que du papiermonnaie, il y a un affaiblissement double :
Premièrement, en ce que le papier n'est pas une chose, mais une promesse d'avoir une chose.
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Secondement, en ce que la chose qui l'ait l'objet de cette promesse n'existe plus dans la quantité <»ù elle était quand la promesse a été faite. Il y a ainsi allai blissement sur affaiblissement.
Pour résumer tout ce qui vient d'être dit, il est possible d'avancer, dans le cas de L'inflation :
Oue celui qui a du papier-monnaie n'a qu'une promesse de toucher de l'or ;
Qu'en outre, cette promesse qui portait sur une somme d'or correspondante à la valeur nominale, ne porte plus que sur une partie de cette somme.
Il y a, dune part, certitude qu'on ne louchera jamais qu'une partie de l'or, ou de la monnaie à laquelle le billet donne droit; et d'autre part, incertitude même de toucher cette partie, ou mieux, simplement espoir de la toucher. L'affaiblissement est donc plus important encore que celui qui porte sur la monnaie de métal, où on n'a que le désavantage de ne toucher qu'une partie de l'or qu'exprime la valeur nominale, sans avoir celui de ne détenir qu'un papier et non une chose.
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